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14-Juillet : pas de révolution pour François Hollande

le 14 Juillet 2014 à 20:00 | Lu 211 fois

Pas de grandes annonces et un constat d'échec sur le front du chômage : pour sa troisième interview du 14-Juillet, François Hollande a choisi la modestie et la sobriété, pariant sur les effets conjugués de la pédagogie et de la « reprise » économique.


14-Juillet : pas de révolution pour François Hollande

1. Chômage : l'aveu de l'échec

Contrairement à son ministre du travail, François Hollande a reconnu qu'il n'était pas parvenu à tenir son engagement d'inverser de la courbe du chômage à la fin 2013. « J'avais dit qu'on allait inverser la courbe du chômage, c'était toute la passion qu'on avait mise, toute la volonté qui était la nôtre, et puis ce n'est pas venu », a-t-il reconnu.

Il a assumé l'idée que son tournant social-libéral, avec l'annonce du pacte de responsabilité et de solidarité le 31 décembre 2013, découlait directement de cet échec : « J'ai dit [...] on n'a pas réussi, on va donner une nouvelle impulsion, une nouvelle accélération. »

Dans les faits, le chômage continue de battre des records : le nombre total de chômeurs a atteint 3 651 800 en mai. Et les perspectives ne sont pas rassurantes. « Il y a actuellement 190 000 emplois en sureffectif compte tenu du niveau de la production. Et comme la population active continue de s'accroître, il faudrait au moins 1,8 % de croissance pour que le chômage recule », assure Eric Heyer, économiste à l'OFCE. Un chiffre bien éloigné du 0,7 % de croissance prévu pour 2014 par l'Insee.

Lire en édition abonnés : Pourquoi le chômage continue de battre des records

Quelles solutions propose le président ? Deux vieux objectifs de campagne : 100 000 jeunes en service civique et 500 000 apprentis d'ici à 2017.
2. Impôts : objectif classes moyennes



14-Juillet : pas de révolution pour François Hollande
Des « centaines de milliers » de contribuables verront leur impôt baisser en 2015, a promis le chef de l'Etat. Une déclaration qui ne fait que prolonger les annonces qu'il avait confiées aux deux grandes figures de son gouvernement, Manuel Valls et Arnaud Montebourg. Le premier ministre a en effet indiqué mardi 8 juillet qu'interviendrait en 2015 « une baisse de l'impôt sur le revenu des classes moyennes ». Et le ministre de l'économie a promis, vendredi 11 juillet, de « restituer 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux Français », grâce à une « loi sur la croissance et le pouvoir d'achat », annoncée pour septembre.

Un chiffre difficile à vérifier et qui reste sujet à polémique dans la mesure où le pouvoir d'achat des Français dépend lui aussi de la croissance (puisque l'Etat ne peut pas actionner les mécanismes de la politique monétaire, prérogative de Francfort). Le pouvoir d'achat fait du surplace depuis plus de dix ans, et le gouvernement vient d'annoncer la baisse à un niveau historiquement bas du placement préféré des Français, le livret A.


3. Pas de contrition sur la finance

Au cours de l'entretien, François Hollande s'est félicité d'avoir tenu parole dans son combat contre la finance : « Nous avons créé la taxe sur les transactions financières. »

En réalité, c'est Nicolas Sarkozy qui a décidé de ne pas attendre les autres pays européens pour instaurer une telle taxe, à l'approche de l'élection présidentielle. Votée par la droite, elle a vu son taux doublé par la gauche, qui l'a fait passer de 0,1 à 0,2 % (de prélèvement sur les achats d'actions de quelque 109 sociétés françaises pesant plus de 1 milliard d'euros en Bourse).

Cette taxe reste très décriée en raison de son manque d'efficacité, le trading haute fréquence ayant notamment réussi à passer entre les mailles du filet et la question de la taxation des produits dérivés étant renvoyée aux calendes… européennes.

Lire : Comment les lobbies détricotent la taxe sur les transactions financières
4. Réformes : du neuf avec du vieux ?

Faute de nouvelles annonces, le président s'est contenté de dérouler son calendrier des réformes d'ici à la fin du quinquennat.

En 2015, la priorité sera donnée à la santé et à l'éducation :

Généralisation du tiers-payant (engagée en juin dans le cadre de la loi de santé publique)
Accompagnement du « grand âge » (qui devait entrer en vigueur en 2015)
« Grand plan pour le numérique à l'école » (déjà initié par Jean-Marc Ayrault en février 2013)

En 2016 viendront les réformes de société et institutionnelles, qui devront être « le fruit d'un consensus » :

La réforme du Conseil supérieur de la magistrature : abandonnée à l'été 2013, elle avait déjà été relancée par François Hollande en janvier.
Le droit de vote des étrangers : tout en assurant y être toujours favorable, le président s'est montré très fuyant sur ce sujet, et beaucoup moins confiant que lors de sa précédente interview, en mai 2014.
La proportionnelle : François Hollande a glissé très discrètement qu'il pourrait y avoir une réforme des modes de scrutin, accréditant l'idée qu'il pourrait relancer sa promesse d'introduire une dose de proportionnelle pour les législatives.