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15 milliards F Cfa n’est-ce pas trop cher payé pour un seul scrutin ?

Les élections locales 2014 auront bel et bien lieu ! Et à bonne date, c’est-à-dire le 29 de ce mois de juin. Toutes les dispositions relatives à l’organisation matérielle de ce scrutin ont d’ores et déjà été prises. Mieux, la principale difficulté redoutée, constituée par la nécessité d’imprimer les bulletins de vote de quelque 2700 listes en compétition, eh bien cette difficulté aussi a été surmontée par les services de la Direction générale des Elections (DGE) dépendant du ministère de l’Intérieur.


Rédigé par leral.net le Dimanche 15 Juin 2014 à 14:14 | | 1 commentaire(s)|

15 milliards F Cfa n’est-ce pas trop cher payé pour un seul scrutin ?
En effet, l’impression massive de plus de 100 millions de bulletins qui constituait l’enjeu majeur de l’organisation matérielle est presque terminée. Tout cela pour dire que le 29 juin prochain sera le jour « j » du scrutin où les populations vont élire leurs conseillers municipaux et départementaux. Une chose est d’ores et déjà sûre : jamais dans l’histoire du Sénégal indépendant, des élections locales auront enregistré autant de candidats que celles de cette année.

En effet, il n’y a pas un coin ou recoin du pays où plusieurs listes ne s’affrontent pas. Sauf à Touba où une seule liste est en lice ! Des candidats sérieux aux candidats de témoignage en passant par les imposteurs et autres « guignols » politiques, c’est des dizaines de milliers de candidats qui vont solliciter les suffrages des électeurs dans l’espoir de pouvoir arborer plus tard l’écharpe tricolore de la République. Et devant la masse des 2.707 listes officiellement validées, le ministre de l’Intérieur, M. Abdoulaye Daouda Diallo, n’avait pas manqué de s’indigner.

A l’issue d’une visite dans des centres de distribution de cartes d’électeurs du département de Pikine, il avait déclaré ceci : les élections locales vont nécessiter « un budget global qui tourne autour de 15 milliards fcfa. Un coût excessivement élevé ! C’est quelque chose de préoccupant ! » avait-il déploré avant de laisser entendre que rien que l’impression des bulletins va coûter environ 4 milliard fcfa à l’Etat.

Et pour maîtriser l’inflation des frais relatifs à l’impression de ces budgets, mais aussi pour dissuader les candidatures farfelues, le ministre avait préconisé d’exiger une caution à tous les candidats ou aux listes. Ou alors, de réclamer un certain nombre de signatures pour faire valider ces candidatures. Toujours est-il que, 15 milliards cfa pour organiser des élections locales, c’est trop cher surtout pour un pays aussi pauvre que le Sénégal.

Et, surtout, encore une fois pour un scrutin aux allures d’un sondage local puisqu’il permet, en général, aux politiques ou « apolitiques » de tester leur notoriété ou leur popularité afin de se tailler une place d’influence dans l’appareil d’Etat, plutôt que de se préoccuper du développement de la cité. Mais quoi qu’il en soit, l’organisation d’élections libres et démocratiques constitue le pilier de la République c’est-à- dire un fondement solide de stabilité. Donc, elle a un coût. Mais pas à ce prix !

Et surtout, encore une fois, dans un pays comme le Sénégal où le déficit budgétaire se traduit par des emprunts que l’État doit contracter au cours de l’année. Sans oublier les emprunts nouveaux destinés à amortir les emprunts antérieurs que l’ancien régime de Me Abdoulaye Wade avait contractés et dont certains arrivent à échéance. Face à cette situation économique difficile, il est permis de se demander si cette enveloppe de 15 milliards fcfa pour organiser les locales du 29 de ce mois n’est pas excessive.

Une chose est sûre : ce budget estimé à 15 milliards fcfa semble être du « copier-coller » du fait qu’il nous renvoie au même montant que celui dépensé lors des élections de 2012 : 15 milliards fcfa ! Or, à l’époque, avec le même budget, c’est-à-dire 15 milliards fca, le ministère de l’Intérieur, par le biais de la Direction générale des Elections (DGE) avait organisé trois scrutins en 2012 : Les deux tours de la présidentielle et les élections législatives.

Certes, pour ces trois scrutins, il y avait moins de candidats, donc théoriquement moins de bulletins de vote à imprimer. Et ce contrairement aux présentes locales. Une différence de taille, cependant, entre la présidentielle et les législatives, d’un côté, les locales, de l’autre, c’est que, pour ce dernier scrutin, les Sénégalais de l’extérieur ne votent pas. Par conséquent, il y a moins d’électeurs et moins de bulletins de vote. Il n’empêche, rétorqueront certains, les 2.707 listes validées vont alourdir le coût de l’impression des bulletins de vote.

Là aussi il convient de relativiser car, sur les 2.707 listes ou listes coalisées, seule une quinzaine sont présentes sur l’étendue du territoire national. Et ce même si elles seront déclinées localement en autant de collectivités locales que le découpage administratif le permet. Pour le reste, l’écrasante majorité des listes ne seront en lice que dans quelques collectivités locales seulement, voire une pour la plupart.

Ce qui a donc pour effet de limiter singulièrement le coût de l’impression des bulletins de vote puisqu’ils devront correspondre au nombre des électeurs inscrits dans la collectivité considérée. En dehors de celui représenté par l’impression des bulletins de vote, l’autre poste de dépenses important, c’est la mise sous plis du matériel électoral (circulaires, bulletins de vote, registres etc.) et le transport de la logistique (urnes, isoloirs, encre indélébile, lampes etc.) vers les gouvernances, préfectures et sous préfectures. A cette occasion, sont recrutés des vacataires (personnels de préfecture ou de mairie, demandeurs d’emplois, étudiants, élèves et autres…) dont les rémunérations sont élevées…

Au chapitre réduction des coûts, certains font observer qu’en 2012, pour ne prendre que cette année électorale-là, il y avait sept organes intervenant dans le processus lors des trois scrutins organisés : la Justice, la Cena, le ministère de la Communication, la Sécurité, l’Administration territoriale, le ministère Affaires étrangères et la Dge. Par contre, pour ces locales 2014, il y a au moins un organe qui n’est pas partie prenante. Il s’agit du ministère des Affaires étrangères puisque les sénégalais de la diaspora ne sont pas concernés par les élections locales. Or, l’organisation d’un scrutin à l’étranger occasionne des dépenses supplémentaires qui sont donc économisées pour les locales.

Dès lors, on est en droit de se demander comment se fait-il que, avec la même somme de 15 milliards de francs qui a servi à organiser trois scrutins en 2012, il ne soit possible cette fois-ci d’en organiser qu’un seul ? L’inflation des listes, entrainant un gonflement des frais d’impression, n’explique pas tout, assurément !

Ce qui est dramatique au Sénégal c’est que, si les conditions d’organisation d’une élection font toujours l’objet d’un consensus national, son lourd budget n’a jamais été discuté ! Tous les commentaires post-scrutins sont caractérisés par deux mentions clés : « les élections se sont très bien déroulées » ou « le scrutin a été entaché d’irrégularités ». Dans la joie comme dans la déception, tout le monde s’accorde pour dire que les consultations se sont bien passées ou ne sont pas bien passées.

Il n’est jamais question de faire l’audit du budget électoral, encore moins de faire le bilan détaillé des dépenses électorales, ne serait que pour avoir un aperçu financier ou un repère budgétaire en vue d’autres prochaines organisations électorales. Parce que la prévision d’un budget électoral ainsi que sa gestion dans la transparence s’appuient sur un indicateur de dépenses antérieures découlant d’un audit sérieux ou un bilan sincère. Mais rien de tout cela au Sénégal où l’on semble se dire que, le scrutin s’étant bien passé, les dépenses électorales peuvent être passées par pertes et profits !

Tout cela pour dire que, compte tenu des difficultés financières de l’heure, le budget de ce scrutin local de 2014 pouvait ne pas atteindre la barre des 15 milliards fcfa. Parce que là où le ministère de l’Intérieur avait organisé trois scrutins avec la même somme de 15 milliards fcfa en 2012, il devrait logiquement être possible d’en organiser un seul pour beaucoup moins cher. Et ce même s’il comporte 2700 listes en lice mais dont la plupart ne se présenteront que dans une seule circonscription !

Le Témoin






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