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1914-2014 LA MEDINA DE DAKAR A 100 ANS


Rédigé par leral.net le Lundi 20 Janvier 2014 à 17:27 | | 2 commentaire(s)|

La Medina de Dakar va célébrer cette année son centenaire. Une fête qui concerne tout le monde, à commencer par l’Etat, la Ville de Dakar, la Commune d’Arrondissement de Medina, la Collectivité Lébu, les Organisations Communautaires de Base, les Chefs de Penc et Délégués de Quartier, etc. Elle concerne en premier chef, les enfants et amis de la Medina. Je pense au Ministre Seydou Gueye, aux Maires Birame Sassoum Sy, Pape Momar Diop et à la famille de feu Ameth Diene, premier maire de la localité. Je pense aussi au Président El Hadj Malick Sy Souris, à l’artiste musicien Youssou Ndour, au sculpteur Babacar Sadikh Traore, aux sportifs Cheikh Seck et Amadou Katy Diop, aux artistes comédiens Lamine Ndiaye, Sénégal Ndiaye et Ndeye Mour, à Sidy Sam, Bamba Fall, Yacine Diagne, Daha Ba et à tant d’autres personnalités et anonymes. Cette célébration doit être l’occasion de revisiter l’histoire, de dresser un bilan sans complaisance de la situation actuelle de la Medina en tant qu’établissement humain et de proposer des solutions aux problèmes recensés. En attendant, souhaitons plein succès au Comité d’Initiative du Centenaire et revisitons l’histoire...
 
Rappel historique
 
On aurait pu commencer l’histoire au 15ème siècle, voire plus tôt. Mais commençons-la au 19ème  siècle, plus précisément en l’année 1817 qui marqua la reprise de l’île de Gorée par les Français. A partir de cette date, des relations amicales s’établirent entre les Français installés à Gorée et les Lébu de la Presqu’ile du Cap Vert. Des traités furent signés entre les représentants de la France et ceux de la République Lébu. On peut citer celui du 10 Octobre 1826 règlementant les interventions lors des fréquents naufrages de navires, celui du 22 Avril 1830 concernant les révisions de taxes et impôts que les Français payaient aux autorités de la Presqu’île et celui du 10 Aout 1832 cédant aux Français un terrain situé à la pointe de Bel Air pour accueillir un cimetière. Tout changea le matin de Korité du 25 Mai 1857. Ce jour là, après avoir assisté à la cérémonie de prière à Bayé, actuel Place de l’Indépendance, Protêt et ses troupes défilaient dans les rues de Dakar, comme pour communier avec leurs amis musulmans qui fêtaient la fin du mois du Ramadan. En vérité, c’était pour marquer la prise de possession de Dakar où flottait dorénavant le drapeau français. Le jour même du débarquement, le machiavélique Capitaine de Vaisseau écrivait ceci au Ministre de la Marine : « J’ai l’honneur de vous informer que j’ai fait arborer le pavillon français sur le petit fort que nous avons construit à Dakar (…) J’ai profité, pour faire acte de possession, du jour du Ramadan qui est pour la population indigène de la Presqu’ile la plus grande fête de l’année…»  La rupture était consommée et Claude Faure de faire ce témoignage : « Pendant quarante ans (1817-1857), les relations entre Gorée et la Presqu’ile du Cap Vert furent celles qui existent entres deux puissances étrangères. » Hélas, les choses venaient de changer, car l’histoire avait pris un autre cours. En effet, dés la prise de possession de Dakar, la priorité des Français était de faire accepter leur suprématie et de réaliser leur vieux rêve d’occupation des terres du haut Plateau de la Presqu’île. La politique d’acquisition par l’achat et la location ne suffisant pas à la réalisation de ce rêve, ils  eurent recours à la réquisition.
 
Les premiers refoulements de populations autochtones
 
C’est ainsi qu’en 1858, pour causes d’alignements au profit du magasin bordelais de dépôt Maurel et Prom, les villages de Kaay,Tannu Géej et Mbakkënë situés sur la côte orientale du Plateau furent déménagés vers les dunes (tundd), au-delà de l’actuel rue Vincent. En 1887, lorsque Dakar fut érigé en Commune de plein exercice, les populations autochtones étaient toutes refoulées dans onze villages dispersés entre les dunes de sable. De fait, le Plateau était partagé en deux zones, une européenne, une africaine, pour ne pas dire une Française, une Lébu. En 1900, une épidémie de fièvre jaune frappa la cité. Elle fut pour les Français une aubaine. Ils purent, arguant les mesures sanitaires, refouler, toujours un peu plus loin, une bonne partie des populations autochtones de cette zone stratégique du Plateau. Plusieurs centaines d’habitations furent brulées.
 
De la convention Camille Guy à la création de la Medina
 
En 1905, la convention dite Guy ou Bañul, négociée et ratifiée par le Gouverneur Camille Guy, et dont la publication souleva des vagues de contestations chez les Lébu, fut l’occasion pour les Français de s’emparer de deux vastes terrains propriété commune de la Collectivité Lébu. Les terrains étaient situés à Bañul (Cap Manuel), et Tundd (Centre Ville). La convention a été contresignée par le Sëriñ  Ndakaaru et Chef de Canton de la banlieue Est, Alpha Diol. En 1914, une épidémie de peste éclata au mois de Mai. Et les populations autochtones à nouveau furent appelées à se déplacer, mais cette fois ci tout à fait hors du Plateau, vers Xuru Xan ou Xan Xur (dépression de Xan), aussi appelé Tillén (repère de Till : chacal), où les Français avaient fait construire un village de ségrégation qu’ils ont voulu baptiser Ponty-Ville par arrêté n° 1467 du 19 Septembre 1914 signé par le Gouverneur William Ponty. C’est grâce à l’intervention et aux prières du marabout El Hadj Malick Sy qui donna au village le nom de « Madinatoul Mounawara » (Médine), en souvenir à la ville sainte qui accueillit le Prophète Mohamed en 622, qu’une bonne partie de la population autochtone se résigna au déplacement. Mais pas toute. En effet, ce déplacement/exil fut stoppé net suite à trois évènements qui émoussèrent l’ardeur des colonisateurs à un moment où l’Europe était en état de guerre : d’abord une révolte qui éclata au Pénc de Kaay Findiw où plus de cinq mille personnes armées étaient prêtes à en découdre avec les bruleurs de cases et leurs mandants. Ce jour là, Abdou Cogna Diop mis à terre deux soldats qui voulaient l’empêcher de rejoindre  les émeutiers et déclara à l’intention de leur chef : « si vous mettez le feu à une seule baraque, je réduis en cendre le palais du Gouverneur». Youssou Bamar Gueye, Goornarou Gueye, Macodou Diéne, entre autres Dignitaires et Notables, furent accusés comme étant les instigateurs de cette révolte. Voici ce qu’en dit Armand Angrand : « C’était l’émeute. A l’Avenue Gambetta (actuelle Avenue Lamine Gueye), à l’angle de l’Avenue Faidherbe, la police trouvait devant elle une masse de trois à quatre mille indigènes armés, qui n’attendaient qu’un ordre pour prendre l’offensive (…) Les opérations furent suspendues et les lébous se dispersèrent. »  Ensuite, une intervention mystique du Jaraaf Farba Paye devant les trois émissaires blancs venus lui parler de déguerpissement. Selon son petit fils, El Hadj Ibra Gueye Paye, actuel Jaraaf, il leur fit voir le saignement du fromager géant du Pénc de Mbot en y plantant son sabre et entendre le bourdonnement des abeilles gardiennes de la cité. Ils moururent tous, de façon assez mystérieuse. Enfin, « le grand événement du début du siècle », l’élection de Blaise Diagne comme représentant de l’Afrique noire francophone au parlement français ; elle participa beaucoup à calmer la situation et à rétablir la justice. En effet, le premier député noir qui devint en 1920 premier maire  lébu de Dakar obtint, avec l’appui du Gouverneur Ponty, que les terrains de Tundd  reviennent à ses propriétaires légitimes, les Pénc lébu. Ce fut comme un exaucement des prières-prédictions du marabout El Hadj Malick Sy qui avait déclaré aux exilés du Plateau à peu prêt ceci : « Partez sans regret ! Tout comme le fut Madinatoul Mounawara pour le Prophète Mohamed, cette nouvelle ville qui porte le nom de la cité bénie sera pour vous une bénédiction et, d’ici peu, je vous le dis, une bonne partie de vos terres du Plateau vous seront rendue. » C’est peut être cela qui fait dire au sculpteur Babacar Sadikh Traore : « La Medina c’est « Daarul Habibi » (la maison du bien aimé),  où je rêve de bâtir un monument aussi beau que le Taj Mahal, une mosquée à la coupole d’or semblable à celle d’Al Qods ». C’est peut être cela aussi qui a fait chanter ces couplets à Youssou Ndour : « Medine, c’est la Medina. Que celui qui en doute consulte ma  grand-mère (…) Nous refusons de mettre la bouche dans le bol du chien. Car nos pères et mères ont peiné pour bien nous éduquer. Qu’est ce qui nous empêche alors de suivre la voie tracée par nos grands pères ? Pourquoi toutes ces tergiversations ? Rien ne devrait nous empêcher de bouger. En vérité aucune cité n’est plus agréable que la Medina (…) Là-bas, les habitants s’entraident, les anciens se fréquentent, les jeunes s’aiment (…) Un enfant de la Medina se reconnait par sa fière démarche… »
 
Evolution de la Medina
La Medina, érigée en Commune d’Arrondissement en 1996 par décret 96745 du 30 Aout 1996, fait partie des 19 Communes d’Arrondissements nées de l’éclatement de la grande Commune de Dakar. Elle est divisée en Medina Est et Medina Ouest séparée par l’Avenue Blaise Diagne. Elle est séparée de Dakar Plateau par l’Avenue El Hadj Malick Sy et de Gël Tape - Faas par le Canal IV. Au tout début, six Pénc y furent déplacés : Sañcaba, Cëriñ, Mbakkënë, Jekko, Ngaraf, Kaay Ousmane Diéne. Par la suite d’autres sous-quartiers y furent créés. Il s’agit de Abatuwar vers les abattoirs municipaux de Dakar, Guy Maryama qui accueillit les déplacés de la zone d’implantation de la Cathédrale de Dakar, Alwar  créé par le marabout Seydou Nourou Tall, Angal Gumba (croisement des aveugles) qui accueillit des familles entières de Guy Salaan, Angal Ndiobë créé par le marabout Serigne Cheikh Diop, Raas-Misiong  sur l’actuel site de la  RTS et alentours, Fic Mic, Kip Coco, Waxi Naan, Daruxan et Bastos créés par des migrants. La zone occupée par ces derniers quartiers abritera plus tard Gibraltar et Centenaire.
Autres quartiers créés dans les années 40
Vers les années 1940-1950 d’autres quartiers furent créés qui vidèrent d’avantage les Pénc du Plateau. Il s’agit de Mbotti Pom qui accueillit des familles venant du Pénc de Mbot ; de Faan Hok et de Kolobaan qui accueillirent presque tout le Pénc de Hok et une bonne partie de Cëddem… Plus tard seront créés les quartiers d’immigrants : Ndondi, Diaksao et Lamsar (sur le site occupé actuellement par le monument de l’indépendance et le lycée John Kennedy). Bien plus tard : Gël Tape et Faas. A noter que Medina, Gël Tape, Faas et Kolobaan  constituent la Grande Medina. La zone tampon séparant Dakar Plateau et Medina accueillit le quartier Rëbës à partir de 1945. Dans la même période fut créé Niay Coker dans le Plateau. Entre 1950-1951 fut créé Daagu Daan à Pikin qui a abrité les déguerpis du site des Allées du Centenaire, actuel Boulevard du General De gaulle, tracée en 1957, à la fête du centenaire de Dakar.
 
Autres centenaires
Pour finir, rappelons que l’année 2014 c’est aussi le centenaire du village de Camberene sur mer créé par Seydina Issa Laye. Pour rappel, c'est Seydina Limamou Laye fondateur de la confrérie Laayen qui créa en 1894 le village Kem Medina qui signifie « semblable à Médine ». Kem Medina fut déformé en Camberene aussi appelé Ndingala.  Seydina Limamou Laye fut rappelé à Dieu en 1909. Son fils ainé Seydina Issa Laye lui succéda. En 1914 le village de Cambérène subit, comme beaucoup d’autres villages du Sénégal, une épidémie de peste. Ce fut la création de Cambérène sur Mer en 1914 par Seydina Issa Laye. 2014 c’est aussi le centenaire de l’élection du premier député noir, en la personne de Blaise Diagne, au Palais Bourbon. Aussi, à partir de cette année 2014 jusqu’en 2018, l’humanité aura l’occasion de se remémorer la tragédie que fut la première Guerre Mondiale et donc travailler au rétablissement de la paix partout dans le monde.


ABDOU KHADRE GAYE,
Ecrivain, Président de l’EMAD,
Coordonateur du FESPENC,
Tel : 33 842 67 36, Mail : emadassociation1@gmail.com

 
 
 
 
 
 






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