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4e Congrès international du Gieraf sur la fertilité : Du bon usage de la procréation médicalement assistée

La prévalence de l’infertilité plus élevée en Afrique que dans les pays du Nord. Les infections sont responsables de 80 à 90 % des cas.

«Infections et infertilité en Afrique » : c’est sous ce thème général que le 4e congrès international sur la fertilité, organisé par le Groupe Inter africain d'Etude, de Recherche et d'Application sur la Fertilité (Gieraf) a vécu. Les communications présentées à cette occasion ont montré que la prévalence de l’infertilité est plus élevée en Afrique que dans les pays du Nord. Les infections sont les principales causes de ce drame sur le continent. La présidente de Gieraf, Mme Ernestine Gwet Bell, a profité des assises pour appeler au respect des pratiques de la procréation médicalement assistée.


Rédigé par leral.net le Mercredi 6 Mars 2013 à 13:19 | | 0 commentaire(s)|

4e Congrès international du Gieraf sur la fertilité : Du bon usage de la procréation médicalement assistée
En Afrique, une femme qui n'a pas d'enfant est mal vue. Parfois, elle est même exclue de la société, marginalisée, si elle n'est pas vue comme sorcière. Malgré la modernité, l'infertilité constitue toujours quelque chose de dramatique dans nos pays. C'est un véritable calvaire, une souffrance intérieure indicible, une torture morale que vivent les personnes, notamment les femmes, qui ne sont pas capables de mettre au monde un enfant ou qui sont dans l'impossibilité de contracter une grossesse. « Incapacité » et « impossibilité » de procréer pour parler d'infécondité et d'infertilité. Deux mots qui sont, la plupart du temps et dans beaucoup de sociétés africaines, pour des raisons socio-culturelles, sources de frustrations et d’angoisses pour les femmes, pouvant mener à de graves dépressions. Cette situation peut conduire le mari au divorce, à la polygamie ou au remariage parfois avec des femmes plus jeunes que la première. Ce qui a pour effet de rendre ainsi la vie plus difficile encore pour la femme incapable de procréer. Laquelle subit les quolibets du voisinage, en plus de faire l’objet d’un abandon de la part du mari. L'arrivée d'un enfant représentant un événement important dans la vie des couples de tous les pays, particulièrement en Afrique, la procréation est ainsi vue comme un élément de socialisation essentiel. Par voie de conséquence, et devant l’étendue du mal, l'infertilité constitue un véritable problème de santé publique en Afrique.
La femme qui ne peut pas avoir d’enfant se sent souvent coupable. Elle se considère comme étant responsable de l’infécondité et n’osepas mettre en doute la responsabilité de son partenaire. Les femmes infertiles décrivent leur vie sans enfant comme étant « dénuée de sens », « vaine », « misérable », « honteuse », « malheureuse ». Les qualificatifs ne manquent pas. Ces personnes incapables de procréer disent également éprouver des sentiments de culpabilité et de perte d'estime d’elles-mêmes. Oubliant que les hommes et les femmes sont à égalité dans la responsabilité de l’infertilité.
Certes, l’infertilité n’est plus une fatalité dans la plupart des cas car il est possible de la soigner. Seulement voilà, les couples africains, pour des raisons économiques et par manque d’informations, n’ont pas un accès facile à toutes les thérapeutiques qui leur permettent d’avoir un enfant. Les défis à relever dans ce domaine sont donc énormes. C’est pour cette raison que des spécialistes se sont réunis en 2009 à Lomé, au Togo, pour mettre en place un groupe de recherche dénommé Gieraf (Groupe Inter africain d'Etude, de Recherche et d'Application sur la Fertilité). Ce dans l’optique d’améliorer l’accessibilité du diagnostic de la fertilité mais également, et surtout, de fédérer les compétences et les énergies déployées dans la lutte contre l’infertilité du couple. Autrement dit, c'est pour mettre en commun les connaissances et partager leurs expériences acquises dans les différents centres que des praticiens (gynécologues, biologistes, sages- femmes, psychologues) et aussi des personnalités de la vie publique intéressées par les problèmes de fertilité s'étaient engagés pour la création, dans un cadre légal et réglementaire, de cette association scientifique à vocation internationale.
Depuis lors, de nombreuses actions ont été entreprises pour faire avancer la prise en charge de l’infertilité en Afrique. En effet, après trois congrès organisés depuis sa création à Lomé en 2009, à Douala (Cameroun) en 2010 et à Cotonou (Bénin) en 2011, le Gieraf a organisé une autre rencontre, à Dakar, du 13 au 16 février dernier, permettant ainsi de poser de nouveaux jalons dans la prise en charge du traitement de l’infertilité.
Cette rencontre organisée par le Groupe inter africain d’étude, de recherche et d'application sur la fertilité a porté, cette année, surle thème : « Infection et infertilité en Afrique ». Cette problématique constitue un défi quotidien pour les prestataires et plus particulièrement les couples qui sont confrontés à un difficile accès au traitement. Le congrès de Dakar s’est plus spécifiquement penché sur l’infection qui représente la première cause d’infertilité en Afrique et une menace à certaines procédures de traitement de l’infertilité. A côté de ce thème principal, le congrès s'est aussi penché sur l’apport des nouvelles technologies dans la prise en charge de l’infertilité. Ce sous-thème a permis aux spécialistes africains de mettre à jour leurs connaissances et de s’approprier ces nouvelles technologies en les adaptant à la pratique en milieu africain.
On parle d'infertilité «lorsqu'il n’y a pas grossesse après un an de rapports sexuels normaux, réguliers et non protégés ». S’agissant de l’infertilité féminine de manière générale, les causes en sont multiples. Selon les spécialistes de la santé, elles sont constituées essentiellement par « les troubles de l’ovulation et les obstacles mécaniques au niveau de l’appareil génital qui peuvent être les conséquences d’une malformation, d’une chirurgie pelvienne, d’une endométriose et/ou d’une infection». Pour les hommes, l’infertilité est le plus souvent liée à « des troubles de la spermatogenèse, à un obstacle sur les voies excrétrices et/ou à un trouble de l’éjaculation». La stérilité, par contre, peut être définie comme étant l’incapacité à obtenir des enfants oubien l’impossibilité de garder une grossesse.
Il y a actuellement une évidence probante qui montre que beaucoup de cas de stérilité en Afrique sont attribuables aux infections qui ont des effets néfastes sur les voies reproductives chez les hommes comme chez les femmes.
Malheureusement, les couples confrontés au problème d'infécondité dans les pays en voie de développement n'ont pas toujours accès aux méthodes modernes de traitement. De plus, les praticiens de ces pays n'ont pas souvent l'opportunité de se familiariser aux techniques avancées de prise en charge. C'est pourquoi la présidente de Gieraf, Mme Ernestine Gwet Bell, a mis l'accent sur le respect des pratiques de la procréation médicalement assistée. « Le travail doit se faire dans le respect de l'art et la formation. C'est pour cette raison que nous avons sorti un guide de bonnes pratiques que nous avons remis au Sénégal », a-t-elle dit.
D'ailleurs, notre semble en avance dans la mise en œuvre de ces techniques de réalisation de la « procréation médicalement assistée ». Les résultats obtenus dans ce domaine sont en effet flatteurs puisque, déjà, « quarante bébés sont nés au Sénégal sur 50 grossesses conçues par la procréation médicalement assistée. On a eu dix fausses couches et actuellement six femmes sont en état de grossesse », a révélé la gynécologue Rokhaya Thiam Bâ selon qui cette technique médicale est expérimentée depuis 2007 au Sénégal. Mieux, d’après le Pr Cissé, «ces bébés nés de la procréation médicalement assistée sont normaux comme ceux conçus naturellement.»
Cela dit, « 10 % des couples au Sénégal sont concernés par l’infertilité », a révélé le président du comité scientifique du 4ème Congrès international du Gieraf sur la fertilité tenu à Dakar. Le professeur Cheikh Tidiane Cissé explique que cette prévalence reste la même dans tous les pays du monde. Elle est plus élevée en Afrique que dans les pays du Nord parce qu’en plus des étiologies classiques, « les causes infectieuses y sont plus fréquentes ». Le taux d’infertilité en Afrique subsaharienne serait même un des plus élevés au monde. 15 à 30% des couples seraient touchés par ce problème contre 5 à 10% des couples des pays développés.
Expliquant les causes de l’infertilité, le Pr Cissé note qu’en Afrique 80 à 90 % des cas sont dus à des séquelles d’infections, que cela soit chez l’homme ou la femme. Il s’agit des infections contractées dans le jeune âge et qui n’ont pas été diagnostiquées ou qui n’ont pas été traitées correctement. A en croire toujours le président du comité scientifique des assises de Dakar, l’infertilité est une situation exogène surtout dans notre contexte où la femme est souvent accusée d’en être responsable dans le couple. Ce qui fait que cette femme « développe un sentiment de frustration. C’est pourquoi, nous devons développer ce soutien psychologique sur les traitements qui font intervenir la fécondation in vitro », préconise le professeur. Et d’ajouter : « 80 % des femmes infertiles ont les trompes bouchées », soulignant que la seule solution qui reste à ce stade est la procréation médicalement assistée qui coûte deux millions de francs Cfa au Sénégal actuellement. Un traitement hors de portée de la bourse de la plupart des couples. La meilleure solution, c’est, donc, « de travailler à la prévention », estime le Pr Cissé. Lequel s’est voulu rassurant en certifiant que toutes les techniques pour réaliser l’insémination artificielle et la procréation médicalement assistée existent depuis 2007 au Sénégal.
Insistant sur le fait quele coût de la prise en charge de l'infertilité est très élevé, le Pr Cissé a lancé un appel solennel aux autorités afin qu’elles mettent en place« les barrières nécessaires de lutte contre l'infertilité. Ce phénomène est devenu un obstacle pour les couples à cause de la cherté des médicaments. Et nous pensons que les autorités seront attentives à une meilleure prise en charge de cette stérilité », a-t-il dit.
Lui répondant, le secrétaire général du ministère de la Santé et de l'Action sociale, M. Moussa Mbaye, a soutenu que le problème de l'infertilité ne peut laisser indifférent aucun gouvernement. Et de promettre que, « pour faciliter l’accès à la prise en charge très coûteuse, nous allons réfléchir à la mise en place d’un cadre juridique et d’un plateau technique approprié à la procréation médicalement assistée (Pma) ». M. Mbaye dit en effet avoir observé que « l'infertilité expose la femme au sein de la société et fragilise sa vie conjugale. Et même si les infections sont causées par les hommes, les femmes souffrent le plus. C'est pourquoi, des mesures seront prises pour une meilleure prise en charge de ces infertilités mais aussi pour la procréation médicalement assistée » a promis le secrétaire général du ministère de la Santé et de l’Action sociale.
Au cours de la rencontre de Dakar, trois thèmes ont été débattus dont « la question des infections et infertilité en Afrique », avec des sous-thèmes comme « les technologies et l’infertilité, le repositionnement de la contraception et la lutte contre l’infertilité ».
Maïmouna Faye

« Le Témoin » N° 1115 –Hebdomadaire Sénégalais ( FEVRIER 2013)












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