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À Alep et Damas, l'Armée syrienne libre accentue la pression sur le régime

le 2 Août 2012 à 17:30 | Lu 855 fois

Les combats sont chaque jour plus violents à Alep où l'ASL a pour objectif de s'emparer des sièges des renseignements, tandis qu'à Damas, pour la première fois, des combats ont éclaté aux abords des quartiers chrétiens réputés proches du pouvoir.


À Alep et Damas, l'Armée syrienne libre accentue la pression sur le régime
C’est une bataille "cruciale". Au plus fort de la lutte pour conquérir Alep, théâtre de violents combats depuis le 20 juillet, mercredi, Bachar al-Assad a exhorté ses soldats à écraser la rébellion pour assurer l'avenir de la Syrie et de son peuple. "Le sort passé, présent et futur de notre peuple et de notre nation dépend de cette bataille", a-t-il déclaré dans un discours publié à l'occasion du 67e anniversaire de la création de l'armée syrienne. Un message fort pour galvaniser ses troupes, alors qu’à Alep, le régime de Damas essuie une série de défaites. Tout d'abord, la perte de places stratégiques. Les rebelles ont bombardé jeudi matin l'aéroport militaire de Menagh, à 30 km au nord-ouest d'Alep, d'où décollent les hélicoptères et les avions utilisés pour mener des raids sur la ville, ont indiqué différentes sources à l’AFP. "L'aéroport militaire de Menagh a été bombardé jeudi matin par un char capturé par les rebelles dans des opérations précédentes", a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Mais la perte d’alliés aussi. Les forces syriennes libres sont accusées d'avoir exécuté plusieurs membres d'une puissante famille, les al-Berri, des proches du régime de Damas accusés d'avoir tué de nombreux opposants. En représailles, cette tribu sunnite au fonctionnement clanique a appelé d’autres tribus de la région à venger ses morts, menaçant "d’exterminer" les forces syriennes libres. De violents accrochages ont éclaté mercredi entre des al-Berri et des rebelles dans le quartier de Bab Nairab, dans l’est d’Alep, faisant une quinzaine de morts du côté de l’insurrection.

Victoires symboliques

Les forces de l’Armée syrienne libre – composées de déserteurs et de civils - se sont équipées de chars et d’armes lourdes, selon la mission de l’ONU. À proximité de la frontière turque, les insurgés peuvent recevoir des armes, des munitions, des vivres et accueillir de nouvelles recrues afin de tenir face aux troupes de Bachar al-Assad, équipées, elles, d’avions de chasse. Ravitaillés, réarmés, les rebelles ont pu enregistrer quelques victoires symboliques ces derniers jours.

Après avoir mis la main sur le tribunal militaire et une branche du parti Baas, les rebelles ont pris le contrôle de trois commissariats de police dans le quartier stratégique de Salaheddine, à Alep. Un combattant rebelle a affirmé à l’AFP que "les soldats de l'armée régulière ont essayé d'entrer dans notre quartier mais sans succès. Nous sommes 2 000 à Salaheddine, dont seulement 500 sont originaires d'Alep. Le reste vient d'Idib et de la province d'Alep, et chaque jour des combattants viennent nous rejoindre", a déclaré "Abou Mossab".L'ASL envisage désormais de s’attaquer au siège des renseignements aériens situés dans l’ouest d’Alep, ce qui lui permettrait d’avancer vers les quartiers aisés de la ville. Le général Abdel Nasser Ferzat, un commandant de l'ASL, a affirmé à l’AFP que "le plus important, c'est la prise des sièges des renseignements : Si ces sites tombent, la victoire sera possible".

Selon un porte-parole de l’ASL, le colonel Kassem Saadeddine, les insurgés contrôlent déjà la moitié d’Alep, et la quasi-totalité de sa région. Mais cette information reste difficile à vérifier. En prenant cette ville stratégique du nord, la rébellion pourrait ainsi créer une zone de sécurité entre Alep et Idlep, ville du nord-ouest de la Syrie, à la frontière turque, s’assurant ainsi le contrôle du Nord du pays.

À Damas, des exécutions arbitraires

Mercredi, un raid de l’armée régulière a tué au moins 43 personnes, pour la plupart des civils non armés, à Jdeidet Artouz, un village dans la banlieue du sud-ouest de la capitale Damas, rapportent des habitants et des militants de l'opposition.

"Les forces du régime ont arrêté une centaine de jeunes et les ont enfermés dans une école où ils ont été torturés", a indiqué l'OSDH, ONG qui s'appuie sur un large réseau de militants. "Jeudi matin, après l'opération, les corps de 43 personnes ont été retrouvés. Certaines ont été victimes d'exécutions sommaires", a précisé l'OSDH qui avait fait état mercredi de 28 civils tués dans le raid contre cette localité.De brefs combats ont également opposé, pour la première fois, des soldats à des assaillants aux abords de deux quartiers chrétiens de Damas
, réputés comme étant pro-régime, Baba Touma et Bab Charqi. Selon les comités locaux de coordination qui animent la contestation sur le terrain, le grand quartier de Tadamoun, dans le sud de la capitale, a également été visé par des tirs au mortier tôt mercredi matin.

Le front de Damas s'était pourtant calmé il y a une dizaine de jours, après que l'armée eut pris le dessus au terme d'une semaine d'affrontements inédits. Mais il semble qu’un nouveau feu s’allume à chaque fois que l’armée en éteint un. "L’armée régulière a repris l’essentiel de la capitale. Les insurgés avaient dû se retirer des quartiers qu’ils occupaient. Mais de tels affrontements prouvent que l’ASL est toujours présente à Damas", signale Perrine Mouterde, correspondante de FRANCE 24 à Beyrouth, au Liban.

D'après l'OSDH, 110 personnes – dont 67 civils, 29 soldats et 14 rebelles – ont été tuées mercredi dans les violences à travers le pays dont la moitié à Alep. Pour tenter de trouver des solutions à cette situation qui empire de jour en jour, l’Assemblée générale de l’ONU se réunira ce jeudi pour évoquer la situation en Syrie. Elle pourrait, selon certains diplomates, voter en faveur d'une résolution saoudienne dénonçant les violations des droits de l'Homme en Syrie et condamnant le Conseil de sécurité pour avoir échoué à prendre des mesures contre Damas.


Source:France24