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«À Damas, la vie n'a pas beaucoup changé»

le 14 Juin 2012 à 09:12 | Lu 489 fois

Un entrepreneur français qui a décidé de rester en Syrie malgré la crise que traverse le pays raconte au Figaro la vie quotidienne dans une capitale globalement épargnée par les violences.


«À Damas, la vie n'a pas beaucoup changé»
Jean-Pierre Duthion, la trentaine, est consultant en Syrie depuis cinq ans. À Damas, l'entrepreneur permet l'arrivée de franchises de marques occidentales qui souhaitent s'ouvrir au marché local. Il a également ouvert un bar lounge, «un passe-temps qui est devenu un cauchemar». Depuis que les pays du Golfe ont stoppé leurs investissements et les attentats qui touchent ponctuellement la capitale syrienne, ses activités sont au ralenti.

Quinze mois après le début des troubles qui secouent la Syrie, c'est un des rares Occidentaux à vivre à Damas. Au Figaro, il explique que la vie quotidienne dans la capitale n'a pas beaucoup changé. «Est-ce que j'ai déjà vu un type en arme qui se confronte à un autre type en arme? Non», répond-il catégoriquement. «Dans Damas, les commerces sont ouverts. La journée, il n'y a rien qui laisse imaginer ce qui se passe. Il n'y a pas de check-points avant 1 heure du matin», témoigne-t-il. Jean-Pierre Duthion précise qu'il vit dans un quartier privilégié «plutôt sécurisé, en centre-ville de Damas».

Jean Pierre Duthion@halona
En dehors des 2 bombes sonores qui ont retenti à Bab Touma le centre-ville de #Damas est plutôt calme. Viens de rentrer à la maison. #Syrie
12 Juin 12 RépondreRetweeterFavori
«Mon appartement a tremblé»
Il avoue quand même avoir eu une grosse frayeur lorsqu'un attentat a frappé un quartier proche de son domicile. «Mon appartement a tremblé, les vitres ont bougé. Ça, c'était la seule preuve tangible que les choses commençaient à se détériorer», raconte-t-il. Hormis cet attentat, l'entrepreneur insiste sur le fait que les troubles sont très localisés et que Damas n'est pas très touchée. «Ça reste concentré dans les banlieues. On entend des bruits, c'est tout à fait inédit, mais ça ne vient pas de Damas. La nuit dernière (de vendredi à samedi, NDLR) j'ai entendu des tirs et des explosions, je serais incapable de déterminer d'où ça venait.» Actuellement, il note davantage de «coups de feu tard dans la nuit, des explosions impressionnantes». Mais il ne se sent pas en danger. Il ajoute qu'il est difficile de donner «une définition exacte de ce qui se passe dans le pays. Personne ne le sait, d'ailleurs. J'ai autant de versions que d'amis.»

Le soir, Jean-Pierre Duthion s'informe grâce aux médias occidentaux «pour savoir ce qui se passe» dans les autres villes de Syrie. Il note des imprécisions, notamment sur la situation à Damas. «Je n'ai jamais rien vu place des Abbassides (le centre névralgique et touristique de la ville, NDLR), et pourtant, à chaque fois, j'entends parler de milliers de manifestants».

La nuit tombée, des check-points se mettent en place. «Parfois, je me dis qu'il vaut mieux ne pas sortir plutôt que de se faire embêter.» Le trentenaire jure tout de même que les militaires qui tentent de sécuriser la capitale syrienne «sont extrêmement courtois. Ils font bien attention à cela pour ne pas avoir de réactions négatives de la population. Je n'ai jamais eu de problème avec eux.»

«Un pari extrêmement risqué»
Malgré les conseils du ministère des Affaires étrangères, Jean-Pierre Duthion refuse de partir: «J'ai passé cinq années de ma vie à investir au niveau relationnel, au niveau professionnel. Je ne me vois pas du tout quitter le pays. La peur n'est pas suffisante pour me faire tout plaquer.» Mais il reconnaît que «c'est un pari extrêmement risqué».

Fiancé à une Syrienne chrétienne, il explique que cette communauté est inquiète, sans pouvoir déterminer s'il s'agit d'une peur fantasmée ou réaliste. «Il y a une peur qui s'est installée. Il y a une volonté de partir du pays, d'obtenir des visas, il y a cette idée que ce pays sera dans quelques années un endroit dans lequel il ne sera plus possible de vivre ensemble», regrette l'entrepreneur, et d'ajouter: «Quand on choisit la Syrie, on se doute bien qu'on est assis sur une poudrière et que ça risque de sauter. Vu de France, on a l'impression que c'est un pays à feu et à sang, mais, pour la majorité de gens comme moi, qui vivent en centre-ville, ça se traduit uniquement par l'augmentation du prix du gaz, par des choses indirectes, pas par des explosions en bas de la rue.»


Par Tristan Quinault Maupoil