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A Mamadou Laba Cissé (nov.1974- nov. 2014): Mon ami, mon frère, mon plus que frère (Par Elias Abdoulaye Diop, Délégué du Procureur à Mbour)


Rédigé par leral.net le Vendredi 18 Décembre 2015 à 11:11 | | 4 commentaire(s)|


Un an que mon cerveau fait l’impasse sur ce qui est arrivé. Cependant, pas un instant ne passe, sans que je ne revoie le film de nos quinze années d’amitié fraternelle.
Quinze ans au cours desquels, nous fumes UN, dans nos joies partagées et nos peines endurées.
Pour ce premier anniversaire, je me résous enfin à aller là où tout s’est arrêté pour comprendre, peut être, et enfin porter le deuil.
Sur la nationale n°1 menant à Saint Louis, Thiès était toujours pour moi une étape très attendue. Que je vienne de mon Diourbel natal, ou de Dakar mon lieu d’affectation, Thiès était à mi-chemin pour te retrouver et enfin mettre à exécutions nos multiples projets ou plutôt nos multiples plans. Le voyage me changeait aussi des paysages habituels : des plaines arbustives du Baol et des montagnes de ‘’Alou Kâgne ‘’ se dressant comme des impasses le long de la route de Dakar.
Après Thiès, l’on pouvait contempler les grands rôniers des campagnes de Tivaouane et Pire s’étirant vers le ciel pour dérouler leur feuillage tels des parasols géants sous le soleil. A leurs pieds se tenaient de robustes manguiers qui embaumaient l’air de suaves senteurs de fruit.
Au détour de quelques bourgades, venaient se visser, dans le panorama, d’habiles artisans qui exposaient leurs produits bariolés. Le défilé de ce paysage enchanteur captivait mon attention à tel point que j’étais toujours surpris par la traversée de villes comme Ngaye Mekhé arborant fièrement son savoir faire en cordonnerie, ou Louga avec son portique couleur savane rappelant l’entrée des grandes cité médiévales.
L’on pouvait aussi admirer les aigrettes volant en bandes, telles les écumes d’une vague, ou les pélicans vers l’est, ponctuant le ciel de marques grises.
La vue de ces oiseaux d’eau m’annonçait nos retrouvailles prochaines à Saint Louis .
Saint Louis, pourtant terre de mes ancêtres mais que j’ai appris à aimer à travers toi, avec son mythique pont Faidherbe, la mer sur l’océan atlantique, l’ embouchure à hydrobase, les pirogues bariolées de guet ndar.
Aujourd’hui, le temps est morne. Le soleil de ce mois de novembre parait plus proche de la terre que d’habitude. Les reflets de ses rayons sur la chaussée surchauffés vont apercevoir des mirages au loin. La chaleur semble avoir raison sur tout. Les troupeaux s’entassent sous les ombrages des arbres en ruminant paisiblement. Les manguiers rompus par le soleil se couvrent de leur feuillage d’ou ne sort plus aucun parfum. Telles les sentinelles d’une forteresse insaisissable, les rôniers pointent leur cime très haut. Loin dans le ciel, milans et vautours tournoient en une procession funeste. Les corbeaux perchés sur des arbres presque morts, émettent des coassements lugubres.
Tout le charme du paysage avait disparu comme par un mauvais enchantement.
La voiture fend l’air à vive allure pour me sortir de ce dédale infernal au plus vite. Les rafales de vent chaud fouettent mon visage, m’obligeant à fermer les yeux pour atténuer la douleur que j’éprouve depuis le début du voyage.
Alors que je me livre à mes réminiscences, Soudain m’apparut un sourire familier, un sourire amical qui avait fini par devenir fraternel. Un sourire que j’ai mis quinze ans à apprécier depuis le jour ou je l’ai croisé dans les couloirs de la faculté de droit. Combien de fois me l’a-t-il montré ? Quand, tôt le matin, il me tirait du lit pour que nous n’arrivions pas en retard à la faculté et s’amusait de ma contrariété. Lorsqu’il l’opposait à mes contradictions intellectuelles qu’il réussissait à faire ressortir en toute simplicité. Mais toujours nos sourires finissaient par se mêler en toute complicité.
Souvent, il prenait le temps de l’offrir au jeune mendiant, à l’adulte en haillon et au lépreux en leur tendant la main, quand personne ne leur accordait la moindre attention.
Il aimait l’Homme dans tout ce qu’il est, avec ses forces et ses faiblesses, ses passions et ses dévotions, ses doutes et ses certitudes ; l’Homme dans sa différence.
La tolérance était chez lui un art de vivre.
ARTISTE, il avait échangé le pinceau contre le sourire pour dessiner de belles fresques directement dans le cœur de tous ses amis.
Trait d’union entre tous ses camarades de promotion, il conciliait autour de sa personne les différences de sexe, de classe et de conviction. Et il s’évertuais à ce que se maintiennent ces liens forgés par les dures années d’apprentissage, en provoquant souvent les retrouvailles des promotionnaires.
ETUDIANT MODELE, toujours le premier à l’amphithéâtre pour dessiner de sa belle calligraphie, avec le stylo qui, pour l’occasion redevenait le pinceau, les grandes lignes des enseignements que tous les camarades s’empressaient de copier, tant elles étaient agréables à lire.
BRILLANT, il accumulait les succès en toute discrétion et humilité, sans aucun esprit de compétition.
HOMME d’une INTELLIGENCE INTUITIVE digne des grands maitres, il parvenait à percer les subtilités fondamentales qui échappent au commun.
FILS PRODIGUE, quels sacrifices n’a-t-il pas consentis pour le bien être de sa famille dont la gratitude a béni chacune de ses entreprises ?
MARI DEVOUE ; bon père de famille, bon parent, prévenant, protecteur et diligent.
AMI fidèle, loyal, sincère et généreux.
MAGISTRAT COMPETENT, il a su, dès le début de sa carrière, gagner l’estime de ses pairs, par sa technicité vite acquise d’une pratique attentive, une rigueur sans violence, une probité et une intégrité sans calcul.
MUSULMAN dévot, jamais il n’a raté une prière, ni aucun autre acte de dévotion.
Il priait pour l’amour de Dieu sans l’attente d’une rétribution, ni ici bas ni peut être même dans l’au-delà.
Il priait sans ostentation et avec indulgence devant ses amis dont certains étaient encore en proie à l’insouciante de la jeunesse, lui dont la foi n’a jamais failli.
Son attitude inspirait le respect et l’admiration et les plus sceptiques d’entre -nous finissaient par suivre son exemple.
Ses prières étaient empreintes de souplesse, de grâce, d’allégresse et de soumission.
Elles étaient légères comme la voltige d’une feuille au vent.
On aurait dit qu’il était né uniquement pour prier !
HOMME DIGNE, courageux, dévoué, bon, juste, optimiste.
HOMME FIER et vertueux ; mon frère !
Mon AMI ; mon plus que -frère , mon confident , mon irréductible soutien , mon inspirateur ;
Je jure devant DIEU et les Hommes que je ne lui connais aucun vice.
Soudain, je sortis de ma rêverie en sursaut : nous étions arrivés à Rao !!!!!
Rao, jusques là une ville-repère sur le long chemin de Saint Louis, était devenue la ville de toutes mes mélancolies, de mes angoisses, de mes ressentiments mais surtout, celle de toutes mes interrogations ?????
J’arrive au virage. Il est long avec une chaussée surélevée d’un mètre du niveau du sol, flanqué d’une ligne continue bien tracée. En dessous à hauteur du sommet du virage se trouve une grande rigole pour laisser passer l’eau. Au dessus, une rambarde conçue avec trois tubes métalliques de deux mètres montés sur des poteaux en béton d’un mètre vingt de hauteur chacun. Un virage tout a fait négociable pour un chauffeur avec un minimum d’expérience.
Et pourtant, c’est ici que le véhicule de Mamadou Laba CISSE est rentré de plein fouet dans la rambarde, pour finir en bas, l’arrière sur la rambarde, la tête sur le sol.
L’on raconte que c’est le pneu qui a éclaté, lui faisant perdre le contrôle de la voiture. Mais il n’y a eu aucun témoin oculaire.
La cause de l’accident reste un mystère pour tous !
Je m’appuis sur la rambarde et regarde le lointain pour essayer de me forger une théorie.
Et là, une bourrasque de vent chaud se fait tourbillon, se tient devant moi et me parle en ces termes :
As tu oublié DIEU, ton seigneur ? Toi dont les larmes brouillent la vue et la mélancolie le coeur ?
Pourquoi cherches-tu les causes de l’accident ?
Cela va t-il changer quelque chose à ce qui est arrivé ici ?
Rends toi à l’évidence !
Acceptes que la mort a accompli ici, son inexorable mission il y’a un an, jour pour jour ; j’en suis témoin.
Saches que depuis la nuit des temps, mon souffle passe et repasse chaque jour pour effacer les traces du passé, inssuffler l’oubli aux hommes et proclamer ainsi la vanité de la VIE.
DIEU a créé la mort avant la vie pour en faire une destinée.
Dis toi que quelles que soient ta force et ta puissance, quels que soient ta richesse et ton pouvoir, quels que soient tes vices et tes vertus, ta religion, tes croyances ;
Quelles que soient ta race et ton ethnie, un jour viendra où tu seras appelé à livrer un combat à la mort que tu es sûr de perdre !!!!!
Souviens- toi d’Abraham, l’ami de ton DIEU ; de Moise son interlocuteur ; de khoudar le compagnon de ce dernier ; de Ramses II ; de Zoulkar Neyni qui a conquis le monde entier en quête de gloire.
Apprends de Salomon que j’ai servi, avec les djinns par la grâce de ton seigneur ;
Et de Crésus et de César.
De Insa ibn Mariame le miracle de Dieu, l’esprit Saint ;
De MAHOMET le sceau des sceaux celui qui a accepté que le destin se réalise sur lui pour l’amour de DIEU
Un jour, il y a longtemps déjà, la MORT les a pourtant, TOUS, ravis à la vue de ceux qui les avaient connus, vénérés ou aimés.
Essuies les larmes qui inondent ton coeur depuis que MLC est parti.
Commences dès maintenant à préparer ta propre rencontre avec la mort, car tu peux avoir bon espoir pour celui que tu pleures.
Les prières ferventes que tu formules pour lui résonnent comme une douce mélodie dans le cœur des hommes et des djinns.
Elles ont été entendues par ton Seigneur.
Les prières sont un don de DIEU, le salut de l’âme ; pour faire en en sorte que la vraie vie éternelle, celle qui débute après la mort, soit une vie de félicité dans la proximité de ton seigneur.
Alors, prions !
Et tout se remit en place…..
L’appel reçu, les pleurs, la détresse, le vide depuis, le silence…
Je me mis alors à prier pour ne plus jamais m’arrêter.
Au nom de DIEU, le Clément, Le Miséricordieux……

Elias Abdoulaye DIOP
Délégué du Procureur à Mbour diopeliasabdoulaye@yahoo.fr








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