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À Moscou, la rue défie à nouveau Poutine

le 13 Juin 2012 à 10:29 | Lu 665 fois

Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé mardi, bravant le durcissement du pouvoir.


À Moscou, la rue défie à nouveau Poutine
Les toutes récentes tentatives des autorités russes de mettre au pas l'opposition n'ont pas empêché plusieurs dizaines de milliers de personnes de manifester mardi dans le centre de Moscou, avec pour principal slogan: «la Russie sans Poutine». 18 000 personnes selon la police - 70 000 selon un organisateur - ont défilé de la place Pouchkine jusqu'à la ceinture des jardins pour ce qui devient l'un des plus grands rassemblements de l'opposition depuis les grandes manifestations de l'hiver 2011. Et le premier depuis l'inauguration du chef du Kremlin, le 7 mai dernier. À la différence de la précédente action du 6 mai, aucun incident ni interpellation n'ont eu lieu.

«Désormais, le pouvoir n'a que deux solutions: engager un dialogue avec nous ou essuyer les conséquences d'un printemps arabe», a averti le principal organisateur et député Maxim Goudkov. En dépit du vote, la semaine dernière, de la loi visant à punir financièrement les manifestations «sauvages», et des perquisitions menées lundi aux domiciles des principaux leaders anti-Poutine, les Moscovites se sentaient ragaillardis par la mobilisation. «Nous montrons que nous n'avons pas peur, et notre mobilisation fera progressivement tache d'huile dans les autres villes russes», assure Natalia, historienne dans un musée qu'elle refuse néanmoins de nommer, par crainte des représailles.

Revendications inédites
Grossi par les rangs des ultranationalistes, par ceux de l'extrême gauche en passant par une multitude de mouvements civiques, le cortège d'hier abandonnait quelque peu la spontanéité et l'humour qui donnèrent leur caractère unique aux premières manifestations de l'hiver 2011. Vladimir Poutine, caricaturé en Hitler, et dont l'action est désormais associée aux féroces répressions staliniennes de l'année 1937, concentre plus que jamais l'animosité. Ce qui n'empêche pas l'apparition de revendications inédites. «Il faut changer tout le système d'enseignement», expliquait ainsi Ilia, étudiant à la faculté de chimie de l'université Lemonossov, en tête d'une colonne étudiante protestant contre les dernières réformes du secteur. Le mouvement devient progressivement protéiforme et personne n'est capable d'en prédire l'issue.

«Il suffit que le pouvoir continue à se radicaliser et on aura la révolution», espère Oleg, gérant de magasins de chaussures. D'autres parient sur une chute des cours du pétrole - principale ressource de l'État russe - et une aggravation de la conjoncture économique, le tout conduisant à un «automne social» encore plus agité. Le leader du Front de gauche, Sergueï Oudaltsov, dont le domicile avait été perquisitionné lundi, a proposé l'organisation d'une nouvelle grande manifestation le 6 octobre et d'ici la, la conduite de «grèves politiques». En face, Vladimir Poutine a rejeté toute concession. En ce jour de fête nationale, le chef du Kremlin a jugé «inacceptable tout ce qui affaiblit le pays et divise la société».


Par Pierre Avril