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À Tampa, le soir venu, les lobbyistes s'activent

le 29 Août 2012 à 12:34 | Lu 994 fois

En marge de la convention républicaine, ils multiplient les contacts utiles. Romney suscite un optimisme prudent.


À Tampa, le soir venu, les lobbyistes s'activent
Il y a foule ce lundi soir, au Club cubain, un magnifique immeuble à colonnades en brique jaune, datant de 1917. L'Union conservatrice américaine organise à guichets fermés une grande soirée en marge de la convention républicaine. Après une journée d'inaction, après le report à mardi des événements officiels, des centaines d'invités VIP, élus, lobbyistes, délégués et stratèges politiques de tout poil armés de verres de vin et de cartes de visite, se pressent au rez-de-chaussée, pour l'une des activités les plus courues de la semaine: nouer des contacts.

À l'étage supérieur, quelques chanceux se font prendre en photo avec les vedettes les plus convoitées de la soirée, parmi lesquelles le sénateur de Floride Marco Rubio, ou le gouverneur du Nouveau-Mexique Susanna Martinez. Le président de l'Union conservatrice américaine Al Cardenas, un Cubain américain décidé à attirer à droite le vote latino, massivement prodémocrate, a délibérément mis en avant ces nouvelles figures de proue hispaniques, allant même jusqu'à baptiser la soirée Nuestras Noches («nos nuits ). Au troisième étage, une partie des invités, visiblement peu découragés par la chaleur moite de Tampa, se dandinent au son des rythmes de Willy Chirino et DJ Nino, dans une immense salle blanche.

«C'est un lieu formidable pour réactiver les réseaux, confie David Keene, le président du puissant lobby des armes National Rifle Association (NRA), «ravi» d'avoir retrouvé sur place «le gouverneur Martinez, une amie». Ce vieux routard de la scène politique américaine, explique avoir couvert toutes les conventions depuis… 1968! Loin d'être blasé, il affirme avoir «des myriades de sujets» à discuter avec les délégués et, notamment, le second amendement qui défend la liberté de port d'armes. Avec la multiplication des fusillades mortelles à travers le pays ces dernières semaines, le sujet est revenu timidement sur le devant de la scène. «On est ici pour les contacts, en une semaine de convention, on abat plus de travail qu'en un an de voyages à travers le pays, toute l'élite républicaine est ici», confirme le directeur politique de la NRA, Charles Cunningham.

En regardant les badges VIP attribués aux participants, il est facile d'identifier les sponsors de l'événement, de America's Natural Gaz à Comcast, en passant par Walmart, Microsoft ou la Chambre de commerce américaine. «Ces entreprises paient pour entrer dans les bonnes grâces des élus, ils ont besoin de faveurs politiques. Ils espèrent ainsi renforcer leurs liens avec eux et obtenir les lois dont ils ont besoin», décrypte sans détour Ruby, un lobbyiste, ancien de la campagne de John McCain. Il explique que les mêmes lobbys se rendront à Charlotte pour la convention démocrate après Tampa. «J'y serai aussi», sourit-il avant de repartir vers le bar. Près de 150 soirées sont prévues toute la semaine, selon la fondation Sunlight, qui scrute les relations entre argent et politique.

«La victoire reste incertaine»
Au Club cubain, deux sujets dominent les conversations. L'ouragan Isaac, tout d'abord, qui menace de voler la vedette médiatique à la convention. «Si la Nouvelle-Orléans est durement frappée, ce sera terrible et mauvais pour la séquence politique républicaine, le message sera difficile à gérer car on ne pourra pas trop célébrer notre candidat», juge l'ancien gouverneur de Virginie James Gilmore, préoccupé. L'autre sujet est bien évidemment… Mitt Romney, arrivé mardi en compagnie de son épouse, Ann, et dont la prestation de jeudi est attendue avec impatience. Le dernier sondage du Washington Post, qui place le républicain en avance d'un point sur Barack Obama, crée un optimisme prudent.

«Nous pouvons gagner mais cela reste incertain, avertit l'ancien gouverneur de Virginie James Gilmore. «Avec son expérience du privé et de la politique, Romney est l'homme de la situation. Mais il lui faut se connecter avec les gens qui rencontrent des difficultés. Leur montrer que lui, un homme de grande fortune et de grande réussite, compatit à leurs problèmes.» Michelle Litgens, jolie brune de 40 ans, élue au Parlement du Wisconsin en 2010 à la faveur de la vague Tea Party, reconnaît ne pas avoir soutenu Romney pendant les primaires. Elle n'accrochait pas. Mais après l'avoir mieux écouté, elle dit avoir «compris son amour du pays et sa volonté d'aider à régler la crise».

«L'élection sera aussi importante qu'à l'époque Reagan, estime Bill Schuette, procureur général du Michigan, lors d'une soirée plus intime organisée pour mobiliser sa délégation, avant le sprint de 70 jours qui se profile. C'est le choix de la liberté avec Romney ou de l'État avec Obama. C'est le choix des valeurs américaines contre les valeurs européennes. Comprenez-nous bien: chez nous, la question n'a jamais été de partager le gâteau, mais de tout faire pour le faire grossir.»


Par Laure Mandeville