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À Veracruz, les journalistes cibles des cartels mexicains

le 2 Juillet 2012 à 14:00 | Lu 594 fois

Le cartel des Zetas, celui du Golfe et celui de Sinaloa se disputent la région de Veracruz, sur le littoral atlantique. Les journalistes sont les premières victimes de ces guerres de gangs.


À Veracruz, les journalistes cibles des cartels mexicains
«La vie est normale à Veracruz. Je ne porte pas de gilet pare-balles, je n'ai que mon appareil photo», dit Martin Lara Reyna, fondateur de l'agence Veracruznews. Et les neuf journalistes tués en quelques mois? «Si on ne va pas où il ne faut pas aller, il n'y a aucun problème», répond Martin.

Le corps du photographe Noel Lopez Olguin, disparu le 8 mars 2011, a été retrouvé le 2 juin dans une fosse clandestine à Chinameca. Puis ce fut le tour de Miguel Angel Lopez Velasco, chef de la section des Notas Rojas («informations rouges», les faits divers) au quotidien Notiver, rappelle le journaliste Georgio (*): «Le 20 juin 2011, ils l'ont tué dans sa maison de cinq balles dans la tête. Ils ont abattu aussi sa femme et son fils, photographe.» Le 26 juillet, on retrouvait le corps sans tête de Yolanda Ordaz derrière les locaux du journal Imagen del Golfo. Elle travaillait pour Notiver. Moins de 24 heures après, le procureur général de Veracruz, Reynaldo Escobar Perez, estimait que cet assassinat n'était pas lié à son métier mais à ses relations avec le crime organisé. Aucune preuve de ces accusations n'a été apportée depuis. Reynaldo Escobar Perez pourrait être élu député du PRI ce dimanche pour la ville de Xalapa. «Le traumatisme a été tel que la plupart des journalistes des Noticias Rojas ont quitté la région», poursuit Georgio.

Le 28 avril 2012, Jour de la liberté de la presse, une journaliste de l'hebdomadaire national Proceso a été retrouvée étranglée à son domicile de Xalapa. Elle était spécialisée dans le crime organisé. Les autorités judiciaires de Veracruz évoquent un «crime passionnel». Une semaine après, on retrouvait dans un canal de Boca del Rio les corps de quatre personnes dans des sacs plastiques: Gabriel Huge, journaliste à Notiver, Guillermo Luna Varela, photographe à Veracruznews, qui venaient de revenir dans la région, Irasena Becerra, compagne de Guillermo, et Esteban Rodriguez. Ils portaient des traces de tortures. Le 14 juin dernier, le journaliste du Milenio de Xalapa, Victor Baez, était retrouvé assassiné.

Fonctionnaires liés aux mafias
Le cartel des Zetas, celui du Golfe et celui de Sinaloa se disputent la région de Veracruz sur le littoral atlantique du Méxique. C'est une voie de passage non seulement pour la drogue mais aussi pour les immigrés clandestins à destination des États-Unis. La situation s'est sérieusement dégradée depuis que le nouveau gouverneur de l'État, Javier Duarte de Ochoa, a accepté en 2010 que les Forces fédérales interviennent sur son territoire.

Maria (*) était journaliste dans un quotidien de Xalapa. «Un jour, un fonctionnaire de l'État m'a dit que j'étais en situation de grand risque, raconte-t-elle. Il me proposait de m'envoyer dans un autre État, tous frais payés! Je suis vite partie me cacher dans le Chiapas». Marie Jose Gamboa dirigeait la télévision Meganoticias. Le gouverneur s'est plaint de ses critiques. Son employeur l'a licenciée. Il y a quelques semaines, elle a retrouvé toutes les peluches de sa fille plantées dans son jardin.

Pourquoi tue-t-on les journalistes à Veracruz? «Les journalistes dérangent parce qu'ils connaissent les liens entre certains fonctionnaires de l'État de Veracruz et les mafias, explique Josefina (*). Avant l'arrivée des fédéraux, cela n'avait pas d'importance. Maintenant ils sont devenus une menace.»

(*) Ces noms ont été changés à la demande des personnes interviewées.

Le cas Pemex, premier contribuable mexicain
Le Mexique doit réformer Pemex, la grande compagnie pétrolière nationale. Mais les partis se divisent sur le sujet: si le PAN de Josefina Vazquez Mota est plutôt favorable à une privatisation, le PRI de Enrique Pena Nieto dit préférer des joint-ventures et le PRD de Amlo est opposé à tout changement de statut. «Dès qu'on parle de faire évoluer l'entreprise, c'est interprété comme une atteinte à la révolution et à la nation», déplore Isabelle Rousseau, enseignante au Colegio de Mexico.

Pemex est indispensable à l'État mexicain. La compagnie pétrolière génère 35% des recettes fiscales, l'ensemble de ses profits étant alloués au budget de l'État. Le gouvernement attribue ensuite des budgets à l'entreprise pour ses investissements. Cinq des 11 membres du conseil d'administration sont ministres. L'entreprise est gérée comme un service de l'État. Ces règles très contraignantes sont fixées par la Constitution. Le pays aurait pourtant besoin d'importants investissements, car la production est en chute libre. De 3,4 millions de barils par jour en 2004, on est passé à 2,5 millions en 2010. Pour les Mexicains, Pemex reste l'assurance de payer peu d'impôts.

Par Patrick Bèle

Par Service infographie du Figaro