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«A la date du mardi 16 septembre, nous sommes à 89 383 moutons importés…»

L’OBS – Les moutons bêlent déjà dans plusieurs points de vente. Et au rythme des importations en cours, le marché sénégalais sera suffisamment approvisionné en moutons pour la fête de la Tabaski. C’est du moins l’avis du directeur de l’Elevage. Mamadou Sakho rassure, dans cet entretien accordé à L’Observateur, que si les importations se poursuivent, il n’y aura pas de problème, car le nombre de moutons importés cette année a dépassé celui de l’année dernière. Aussi annonce-t-il l’interdiction de l’abattage des femelles pour lutter contre le manque de moutons au Sénégal. Entretien…


Rédigé par leral.net le Vendredi 19 Septembre 2014 à 01:12 | | 0 commentaire(s)|

«A la date du mardi 16 septembre, nous sommes à 89 383 moutons importés…»
Nous sommes à quelques jours de la Tabaski. Quelle est la situation du marché ? Y aura-t-il suffisamment de moutons ?

Nous avons débuté la préparation de la Tabaski depuis le mois de février dernier où nous avons tenu l’atelier bilan de la Tabaski passée et la préparation de celle-ci. Ensuite, nous avons cheminé avec les producteurs pour tout ce qui était matière de finances dont ils ont besoin, de saisir les institutions de financement pour le faire. Nous avons cheminé jusqu’au mois de mai quand a eu lieu le Conseil interministériel sur la Tabaski qui définit un plan d’action où chaque acteur a un rôle à jouer. Le gouvernement a mis toutes les mesures complémentaires pour permettre aux opérateurs d’être dans de bonnes conditions pour approvisionner le marché sénégalais. Egalement, conscient que le Sénégal n’a pas suffisamment de moutons, parce que, structurellement, le Sénégal est déficitaire en moutons, nous avons un effectif, le ratio population-mouton est très important, la population fait deux à trois fois le nombre de moutons que nous avons. Donc, conscient de cela, cette année-ci, Madame le ministre de l’Elevage (Aminata Mbengue Ndiaye) a conduit une mission au niveau des Républiques sœurs de la Mauritanie et du Mali pour parler aux opérateurs et aux autorités des difficultés que le Sénégal a pour combler son déficit. Nous avons discuté avec les éleveurs maliens, avec le ministre du Développement rural et Mme le ministre a même été reçue par le Président du Mali pour parler des difficultés que nous avons et de l’appui du Mali, parce que ce pays est une plateforme essentielle pour le commerce du bétail au niveau de la sous-région. Et le Mali a un effectif beaucoup plus important que le nôtre, ils ont plus de 13 millions de moutons. Et quand on prend les moutons et caprins, ils en ont 30 millions. Ensuite, nous sommes partis en Mauritanie pour rencontrer leur ministre de l’Elevage. Nous avons également rencontré le Premier ministre de la Mauritanie. Nous avons discuté leur avons fait part des dispositions prises par le gouvernement du Sénégal allant dans le sens de la suppression de l’ensemble des taxes et d’autres mesures de facilité et de commodités pour permettre d’exercer leurs opérations dans les meilleures conditions. A la suite, Madame le ministre nous a demandé de continuer au niveau de Rosso pour parler de la transhumance frontalière, mais aussi de l’Opération Tabaski. Donc, ces opérateurs disent qu’ils contribueront à approvisionner le marché. Nos éleveurs également, au plan interne, déjà ne serait-ce qu’avec la Caisse nationale de crédit agricole, c’est une somme de 1 milliard 547 millions qui leur était donnée en phase simplement pour les opérations de commercialisation. Il y a les mutuelles qui sont également intervenues et dont nous n’avons pas encore les données. Ce qu’on peut dire à ce jour, comparer à l’année dernière, par exemple par rapport aux importations qui vont nous permettre de combler le déficit que nous avons, hier (le mardi 16 septembre 2014, Ndlr), nous étions à 89 383 animaux qui sont importés, ils nous viennent des postes de contrôle de Kidira pour 73 803 animaux, de Bakel pour 799 animaux et des postes de contrôle du département de Podor pour 14 793 animaux.

Et vous pensez que cela peut permettre d’approvisionner suffisamment le marché en moutons ?

Quand on compare à l’année passée, on est en dépassement. L’année passée à la même date, on était à 73 803 animaux. Donc, si le rythme d’importations se poursuit, nous ne devons pas avoir de problème. Parce qu’il est établi, de l’analyse des statistiques que nous avons faite pendant des années, qu’à chaque fois que nous avons eu moins de 300 000 têtes importées, le Sénégal a eu des problèmes de tensions aux dernières heures de la Tabaski. Donc, nous travaillons pour aller au-delà de 300 000 moutons importés. A cela, va s’ajouter le disponible local qui va nous permettre d’avoir un approvisionnement sérieux. Donc aujourd’hui, il faut que cette importation continue avec le même rythme. Parce que si cela continue comme ça, nous n’aurons pas de problème, mais si un problème intervient, nous aurons des difficultés parce que nous n’avons pas suffisamment de moutons, il faut que les acteurs le sachent. Il faut que l’ensemble des services de l’Etat sachent qu’ils doivent faciliter l’approvisionnement des moutons, qu’ils doivent faciliter le commerce des animaux. Et pour cela, ils ont été instruits par le Premier ministre. Quand, nous allons au niveau de ces pays, les problèmes qu’ils nous disent le plus, c’est la sécurité et les tracasseries. Et c’est pourquoi, chacun doit jouer son rôle. Maintenant pour ce qui est de la production locale, nous avons également pensé qu’il faut travailler à l’améliorer parce que, contrairement aux autres, le Mali et la Mauritanie sont plus vastes que le Sénégal, mais il faut qu’on voie par rapport aux possibilités que nous avons, comment faire pour améliorer la productivité et la compétitivité de nos animaux. Au plan commun, cela va être très difficile parce que l’animal qui est maintenu en stabulation pendant toute une année va coûter excessivement cher. Cela veut dire qu’il nous faut un mouton provenant de l’élevage extensif.

Vous dites que vous avez présentement dépassé le chiffre de l’année dernière en termes d’importation, mais dans le marché, cela ne se sent pas. Pourquoi ?

Quel marché, celui de Dakar ? Il y a des zones d’attente où les gens profitent du pâturage et ils attendent. Même ceux qui sont au Mali, ils attendent parce que, même quand on vient au niveau de Dakar, les gens ne vont pas acheter sitôt. Les Dakarois attendent la dernière minute pour acheter. Les opérateurs intègrent tout cela. L’année passée, on est passé à 2 heures du matin, avec Madame le ministre, au marché de Niarry Tally, on a trouvé des éleveurs du Sine en train de remonter leurs animaux pour aller passer la Tabaski chez eux. Deux heures après, il y a eu une forte tension, il y a eu même des ruptures de vente. Donc, il faut que les gens nous aident à acheter très tôt leur mouton.

Les gens jugent le prix du mouton très élevé. Comment vous expliquez cela ?

Nous tous avons vu, et tout le monde en a parlé, les difficultés alimentaires qu’il y avait pour le cheptel. Le premier poste de dépense d’une production animale, c’est l’alimentation, et c’est 60%. Les gens ont acheté pour nourrir leurs animaux. L’autre aspect, c’est que toute tracasserie subie par ces opérateurs au niveau des axes de convoyage, ils mettent cet argent dans le prix du mouton. C’est pourquoi, nous avons enlevé toutes les taxes et que les gens nous aident à respecter ces mesures. Aujourd’hui, les moutons qui sont encore au niveau de Dakar proviennent des bergers. Et un mouton qui provient d’un berger et qui a fait l’objet d’un entretien pendant une année ne peut pas être bradé. Donc, ce qu’il faut, c’est attendre que les troupeaux viennent. Et chacun va prendre l’animal qui correspond à sa bourse. Mais, les animaux que nous avons actuellement sont, pour la plupart, élevés dans les maisons et nourris quotidiennement avec des aliments chers. Un animal élevé dans une maison coutera toujours cher. Les animaux qui vont nous aider à ce que les bourses moyennes et faibles aient des moutons, ce sont ceux qui viennent de l’importation.

Et quand est-ce que ces moutons importés vont arriver à Dakar ?

Ils vont venir. Chaque jour ils viennent et c’est par des milliers. Et il faut qu’on prie pour que cette tendance ne rompe pas. Si cela continue avec le rythme que nous avons, je crois sincèrement que nous n’aurons pas de problème.

Les éleveurs dénoncent une insécurité au niveau des foirails. Quelles sont les mesures prises par l’Etat à ce niveau ?

Cela s’est amélioré. L’année dernière, nous avons eu de grandes difficultés au niveau de Grand-Médine, par exemple. Ce qui a fait que, le 6 août dernier, le ministre de l’Intérieur a présidé, lui-même, une réunion sur la sécurité des points de vente. Mais, c’est très difficile de mettre derrière chaque opérateur un policier. C’est pourquoi, nous leur disons de se regrouper, de faire leur propre police et de travailler en étroite collaboration avec la police. Mais la sécurité va être renforcée au niveau des points de vente.

Chaque année, on parle de problème de moutons à l’approche de la Tabaski. Est-ce qu’aujourd’hui l’Etat envisage des politiques pour lutter définitivement contre cela ?

L’Etat est en train de voir comment faire pour diminuer les mortalités observées chez les animaux. On prévoit également de dérouler ce projet pour appuyer notamment les femmes, l’élevage extensif, à diminuer les mortalités, à mieux alimenter les animaux, à développer les cultures fourragères. Déjà, des choses ont été faites et il faut que cela se renforce. Egalement la communication, la formation de nos opérateurs, il faut qu’on les aide à ce qu’ils soient plus orientés. Il faut aussi dire que si tous les moutons que nous avons sont simplement utilisés pour la Tabaski, ça allait être suffisant. Mais, c’est parce que les moutons sont utilisés tout au long de l’année. C’est cela notre problème. Ce que nous consommons comme moutons tout au long de l’année, c’est très excessif. Dans des pays comme le Maroc, la consommation de la viande de mouton a baissé parce qu’il y a eu la restauration collective qui s’est développée. Les gens utilisent plus la viande de volaille et de bœuf. Chez nous, par contre, c’est le nombre de dibiteries qui a augmenté. C’est plus de 2 000 animaux tués par jour dans le seul abattoir de Pikine et ce sont de petits ruminants parmi lesquels, beaucoup de femelles. Et là également, des mesures réglementaires vont être prises pour interdire totalement l’abattage des femelles. Les Associations de consommateurs doivent nous aider pour cela.

SOPHIE BARRO gfm.sn







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