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A quand une politique d’émergence pour le Sénégal des profondeurs ?


Rédigé par leral.net le Jeudi 2 Octobre 2014 à 20:10 | | 2 commentaire(s)|

A quand une politique d’émergence pour le Sénégal des profondeurs ?
Le 25 mars 2012 comme un seul homme, le peuple sénégalais décide de mettre un terme au régime libéral incarné pendant douze ans par Me Wade. Dans l’Histoire politique du Sénégal, jamais un homme politique n’a bénéficié d’autant de voix à l’issue d’un 2e tour. En effet, l’actuel Président a obtenu 65% des votes. Ce qui traduit un rejet sans ambages d’une certaine façon de gérer les deniers publics, d’une certaine manière de conduire les affaires de la République : un management gabégique doublé d’un crime économique sans commune mesure.
D’ailleurs à ce propos, M. Abdou Latif COULIBALY chiffre l’ensemble des scandales financiers en douze ans d’alternance à « 1000 milliards de F CFA soit 26000 km de route » selon ses propres termes. En guise de rappel, l’organisation de la conférence islamique nous a coûté 205 milliards. S’y ajoutent les 80 milliards du FESMAN, les 20 milliards liés au scandale de la Sudatel, les 28 millions de dollars pour la réparation de l’avion présidentiel, la planque chypriote de 7,5 milliards des fonds taiwanais sans compter la fameuse mallette de Ségura de 90 millions et la piteuse transaction financière à propos des terres de Bambilor pour un coût de 10,5 milliards soit une perte de 30 milliards pour l’Etat du Sénégal. Naturellement, la liste est loin d’être exhaustive. En tout état de cause, face au renchérissement de la vie, aux coupures intempestives d’électricité, à l’appauvrissement du panier de la ménagère mais aussi à la suspicion autour du 3e mandat imposé par le vieux candidat du PDS, le peuple souverain, décide de reprendre sa légitimité. C’est dire qu’en 2012 comme du reste en 2000, les Sénégalais ont plus voté contre WADE que pour Macky : il s’agit pour le moins d’un vote de rejet et non d’adhésion dans une ambiance feutrée marquée par le désaccord entre les deux Benno et le refus de l’autre frange de l’opposition de battre campagne. Sous ce rapport, le véritable sens du vote des Sénégalais s’articule rigoureusement autour de la RUPTURE. Mais deux ans après, force est de constater qu’en dépit de quelques points positifs, les orientations générales n’ont pas radicalement changé. Nous ne sortons pas de la spirale de crises : celle de l’éducation, de la crise énergétique, de la crise de l’emploi, de la fermeture en cascade des entreprises pour ne citer que celles-là.
Face à ces défis multiples, la politique des grandes infrastructures inspirée par le Keynésianisme reste encore de mise : relancer la consommation en multipliant les dépenses de l’Etat par une politique de grands travaux. En décidant ainsi de construire sur la mythique place de la « gare routière de Pompier » 17 tours de dix étages, 640 logements pour un coût de 21 milliards, 33 immeubles à Diamniadio, d’autres tours encore à la Patte d’oie, le Président Macky SALL poursuit la voie tracée par Me WADE. Dans la même veine, les multiples nominations, les indemnités de 500000f accordées aux dames des ambassadeurs, la récente volonté de ramener le Sénat nous rappelle dramatiquement les méthodes de Wade.
Pourtant, l’expérience récente démontre à suffisance que la politique des travaux est non seulement un gouffre à sous mais elle est surtout génératrice de scandales financiers terreau d’un spiral d’enrichissements illicites.
Sous un autre angle, les régions de l’intérieur n’ont quasiment rien capté des pluies de milliards qui se sont déversés dans notre pays au lendemain des politiques d’ajustement structurel et de la première alternance démocratique de 2000.La politique macro céphalique autour de la région de Dakar exerce une forte pression à la fois économique et démographique sur le reste du pays. Dans les régions de l’intérieur, on note un mal-vivre sans précédent consécutif à une croissance démographique accentuant les déficits d’infrastructures dans tous les domaines. Ainsi, dans de nombreuses localités de l’intérieur les populations souffrent de nombreux maux : pénuries d’eau, d’électricité, de soins de santé primaire, d’état défectueux des routes si elles existent, de sécurité (pas d’installation de paratonnerre dans certaines régions, bâtiments administratifs en ruine, vols de bétails etc…).
L’ACTE 3 de la décentralisation et le PSE sont certes pertinents dans leur conception théorique mais ils seraient des plans de plus, des vœux pieux s’ils ne sont pas rigoureusement articulés à des stratégies concrètes de développement à la base. L’acte 3 ne doit pas apparaitre comme une politique qui cache en toile de fond un désengagement de l’Etat central, laissant les collectivités se débattre sans moyens conséquents face au chapelet de défis.
Nous sommes par conséquent en phase avec le Pr Mouhamadou Mawloud DIAKHATE de l’UGB qui préconise la création d’une institution servant à la fois d’interface entre l’Etat et les collectivités locales quant à la définition d’orientation en matière d’aménagement, de développement territorial mais surtout d’impulsion d’un développement endogène articulé autour d’une intercommunalité horizontale et verticale.

Cheikh Ahmed Tidiane SALL Professeur au Lycée Taïba ICS de Mboro







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