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A quoi joue l’opposition congolaise?

le 14 Juin 2012 à 13:48 | Lu 976 fois

Fissurée après les législatives de novembre 2011, l’opposition congolaise cherche péniblement à exister.


A quoi joue l’opposition congolaise?
Les résultats des législatives du 28 novembre 2011 ont vu les partis de l’opposition en République démocratique du Congo remporter quelques sièges dans la nouvelle Assemblée nationale.

L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de l’opposant historique Etienne Tshisekedi réussit à rafler 42 sièges, le Mouvement de libération du Congo (MLC) de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba s’en sort avec 22 élus, et l’Union pour la nation congolaise (UNC) obtient 12 sièges.

Comme il fallait s’y attendre, la Majorité présidentielle obtient le gros lot avec 341 élus sur les 500 que compte la nouvelle Assemblée nationale congolaise.

Après le scrutin couplé de novembre (présidentielle et législatives) de novembre, l’opposition avait retrouvé l’unité qui lui avait manqué avant le scrutin pour dénoncer les fraudes et tricheries. Certains ont même demandé, en vain, l’invalidation pure et simple des résultats.

Menaces de radiation

L’UDPS d’Etienne Tshisekedi, fidèle à son «radicalisme démocratique», ne reconnaît pas les résultats des législatives (officiellement), et s’oppose à ce que les élus de son parti siègent à l’Assemblée nationale, laquelle a rouvert ses portes le 16 février 2012. Ironie du sort, c’est l’un des élus de ce parti, Timothée Kombo, élu de Madimba dans la province du Bas-Congo, doyen des députés, qui a dirigé le bureau provisoire de l’Assemblée.


Valentin Mubake, conseiller politique d’Etienne Tshisekedi, candidat malheureux aux législatives, a menacé d’exclure tous députés de l’UDPS qui siégeraient au Parlement. Ceux qui seraient tentés par le «fauteuil d’honorable», se verraient retirer «le label sur la base duquel», ils ont «été élus» et celui de «membre du parti».

Chose faite donc pour Timothée Kombo. Depuis le 20 février, ce député, le seul élu sur la liste de l’UDPS qui n’a pas respecté cette consigne de boycott, est exclu du parti. Entretemps, Félix Tshisekedi, fils du père, élu dans la ville de Mbuji-Mayi, au Kasaï-Oriental, ne s’est pas rendu au Palais du peuple (Assemblée nationale). Il dit attendre le «mot d’ordre du président du parti».

Il estime qu’il faut «nettoyer cette Assemblée nationale de tous les imposteurs qu’il y a là-bas.» Puis, il ajoute:

«Je ne me vois pas aller siéger à côté des gens qui ont volé les voix du peuple congolais.»

Options variées

Pour ceux qui vont siéger, «chacun est libre de faire ce qu’il veut». Liberté et démocratie, visiblement sous haute surveillance du leader du parti, au risque d’être radié. Ils sont, au total, 33 élus de l’UDPS sur la quarantaine, exclus du parti, depuis le mois d’avril 2012.

«Certains cadres du parti reconnaissent les résultats des législatives, confie un membre de l’opposition. Mais ils veulent que tout le monde se retrouve dans la même situation de perdant. S’ils avaient été élus, ils n’auraient pas été rigides, au point d’empêcher que d’autres députés de l’opposition aillent au Parlement.»

Du côté des alliés du parti de Tshisekedi, l’équation n’est pas si simple. Il y a ceux qui voudraient mener la lutte à l’intérieur des institutions. Et d'autres, qui se rangent derrière la radicalité de l’UDPS.

Ainsi, Eugène Diomi Ndongala de la Démocratie chrétienne, ancien ministre des Mines sous Joseph Kabila, connu pour ses libéralités et ses largesses, affirme:

«Les députés de la Démocratie Chrétienne ne siègeront pas à l’Assemblée nationale. Nous suivons la philosophie d’Etienne Tshisekedi», a-t-il fait savoir le 25 février. Son parti ne compte que deux députés.

Pourtant, dans les rangs de l’UDPS, les lignent commencent à bouger. Le 1er mars 2012, un groupe de députés de l’Union pour la démocratie et le progrès social a pris part à une séance plénière de l’Assemblée nationale.

A quoi joue l’opposition congolaise?
Martin Fayulu, député de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecide), qui s’est désolidarisé de la ligne dure de l’opposition, dit ne pas vouloir faire de la figuration à la chambre basse du Parlement.

«Je ne vous parle pas de participer pour aller cautionner. Je vous parle d’aller siéger pour barrer la route aux ennemis de la démocratie», a-t-il déclaré à Radio Okapi, la radio onusienne en RDC.

Une source proche de l’opposition affirme que «Etienne Tshisekedi a défendu aux autres députés qui ont échoué de critiquer ceux qui sont au Parlement. Allez-y comprendre!»

Le Rassemblement congolais pour la démocratie nationale (RCD/N) de Roger Lumbala, qui a milité dans la dynamique Tshisekedi pendant la présidentielle, s’insurge contre la politique de la chaise vide:

«En 2003, Etienne Tshisekedi a refusé le poste de vice-président. Cela n'a rien donné. Le peuple congolais continue à s’enfoncer dans la misère. Si, pendant la présidentielle, nous avons soutenu Etienne Tshisekedi, c’est de notre plein gré que nous l’avons fait. Donner le mot d’ordre de boycotter le Parlement n’apportera rien.»

«Ils nous ont tout volé»

«Déjà, nous avons quatre groupes parlementaires de l’opposition. Celui de l’UDPS, MLC, UNC et celui conduit par l’Udemo, énumère Roger Lumbala. Il ne faut pas voir dans cette stratégie une tendance à la dispersion de l’opposition. Nous nous réunissons chaque fois que cela est nécessaire.»

L'UNC de Vital Kamerhé et le MLC de Jean-Pierre Bemba avaient déjà opté de participer aux travaux de l’Assemblée. Germain Kambinga, le porte-parole du Mouvement de libération du Congo (MLC), estime que l’UDPS devrait poursuivre son combat politique à l’intérieur de l’hémicycle du Palais du peuple.

«J’ai la conviction que l’UDPS, le MLC et l’Union pour la nation congolaise (UNC) et tous les autres partis [de l’opposition], ensemble, nous pouvons efficacement, et petit à petit, amener ce gouvernement et ce pouvoir à sa déchéance. Nous avons, peut-être, tout raté. Ils nous ont tout volé, mais nous avons une tribune, celle du peuple congolais pour les dénoncer.»

Un avis que ne partage pas Félix Tshisekedi, qui s'exprimait en ces termes, sur le site Afrique RédactionTV:

«Ils pensent être efficaces de l’intérieur. Je n’y crois pas. C’est une erreur de se frotter à ces imposteurs, qui sont là pour saboter le progrès social et l’essor de notre peuple. Je ne vois pas trop ce qu’ils vont faire là-bas, à part engranger les dividendes de leurs émoluments.»
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«On se souviendra que Tshisekedi n'avait pas adhéré à l'idée d'une Conférence nationale souveraine convoquée par le président Mobutu. Ainsi, Tshisekedi était venu à la CNS en retard. Peut-être qu'il attend des pressions internationales pour permettre enfin à ses députés d'aller à l'Assemblée», fait savoir un analyste.

Une autre source explique:

«La RDC ne se résume pas à la volonté d’Etienne Tshisekedi. Hier, il voulait être Premier ministre, aujourd'hui il veut être président. Quand il perd, tout s'arrête. Alors qu'il y a d'autres solutions qui arrivent, telles le contrôle des parlements provinciaux, avec possibilité de gouverner les provinces.»

«Lui-même peut être président du sénat s'il le veut, etc. Même si contestation il y a, cela devrait se passer au sein des institutions et dans le respect des procédures démocratiques. Bien, plus, il faut aussi savoir accepter les décisions des juges.»

Changer de stratégie

S’opposer par entêtement ne servirait pas la cause de la population congolaise, comme le souligne Roger Lumbala du RCD/N:

« La méthode de lutte d'Etienne Tshisekedi ne nous a pas permis, cette fois non plus, de prendre le pouvoir.»

A quoi joue l’opposition congolaise?
«Etienne Tshisekedi n’a pas rassemblé l’opposition autour de lui. Même nous qui sommes venus autour de lui, il nous a fait comprendre que chacun devait travailler dans le cadre de son parti. Et le leader de l’UDPS ne nous a jamais appelé à le soutenir», détaille Roger Lumbala.

Décidément, l’opposition congolaise serait-elle orpheline de son leader peu rassembleur? Dans l’état actuel des choses, elle court le risque de se faire encore une fois laminer dans cette nouvelle législature, avec des résultats qui seront peu visibles pour l’amélioration de la vie des millions des Congolais qui n’attendent qu’un miracle. Vivre dignement au quotidien.

Jacques Matand