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A tous les Charlie de la planète : Lettre d’un Africain, adepte du Prophète Muhammad (PSL)

Par ABDOU KHADRE GAYE

« Seigneur, la glace de mes yeux s’embue
Et voila que le serpent de la haine lève la tête dans mon
Cœur, ce serpent que j’avais cru mort…»
L. S. Senghor, Prière de paix


Rédigé par leral.net le Lundi 19 Janvier 2015 à 16:04 | | 12 commentaire(s)|

A tous les Charlie de la planète : Lettre d’un Africain, adepte du Prophète Muhammad (PSL)
Je comprends l’émotion et l’élan de solidarité suscité par l’attentat au siège du journal Charlie Hebdo, à Paris, le mercredi 7 Janvier 2015 ; et qui a fait 12 morts dont 2 policiers. Un acte déplorable qualifié, à juste titre, « d’une exceptionnelle barbarie » par François Hollande, Chef de l’Etat Français, et premier Charlie. Je compatis et adresse mes condoléances aux familles des victimes, au peuple français et à son Président.

Mais je voudrais rappeler à mes frères et sœurs, Charlie, que Muhammad, le Loué (paix et salut sur lui), objet des caricatures blasphématoires ayant servi de prétexte aux auteurs dudit attentat, est le Prophète de l’Islam, qui interdit sa reproduction et celle des quatre Califes par l’image ; il est vénéré par environ deux milliards de musulmans à travers le monde, tous indignés et meurtris au plus profond de leurs cœurs par les caricatures grotesques et irrespectueuses ; des milliers de Saints de l’Islam, dont Cheikh Ahmadou Bamba et El hadji Malick Sy du Sénégal, Cheikhna Cheikh Saadhbou de la Mauritanie (Dieu soit satisfait d’eux), ont passé leur vie à chanter ses louanges et à suivre ses pas et son exemple salvateur ; plusieurs milliards de salutations lui sont pieusement adressées chaque jour par les adeptes de l’Islam ; des poèmes sont écrits et chantés au cours des siècles, en son honneur, par des hommes et des femmes d’une haute spiritualité ; des artistes et penseurs laïques, dont les hommes de lettre français, Victor Hugo et Lamartine, ont porté témoignage à sa grandeur... Muhammad, le Loué (paix et salut sur lui), que des contemporains, fascinés par son caractère sublime, appelaient « Al Amine » (Le Digne de confiance), est le Guide des musulmans ; il est leur Flambeau lumineux. Ses épouses sont leurs Mères, ses apôtres leurs Seigneurs, son livre (le Coran) est la parole de Dieu. Il est le Digne de louange, le Prophète du Repentir et de la Miséricorde, le Sage, le très Généreux, l’Aimé d’Allah, le Sceau,… que les insultes et les crachats des infidèles ne sauraient atteindre.

C’est pourquoi, en s’attaquant, de façon aussi récurrente et virulente avec la bénédiction de l’Etat et de la justice française, à ce que les musulmans ont de plus sacré (leur Prophète, leur Livre,…), les journalistes de Charlie Hebdo ont suscité dans leurs cœurs une très grande colère. Et on est en droit de demander, à l’instar de Pape Diogoye Faye et Mademba Ramata du journal Direct Info, dans leur dossier intitulé « Le Sénégal religieux n’est pas Charlie » : « Qui sont en définitive les véritables terroristes ? Ceux qui provoquent et terrorisent par voie de presse de la manière la plus violente, la plus dégueulasse ou ceux qui réagissent parce que indignés, humiliés et blessés dans leur foi et perdent ainsi la raison ? » Sidy Lamine Niasse, patron du Groupe Walfadjri, dans son éditorial du 16 Janvier 2015, de porter l’accusation suivante : « Il n’est pas seulement question de provocation. Les insultes visant l’Islam et son prophète relèvent d’une propension exacerbée à stigmatiser une communauté ».
Ainsi donc, après avoir « fait des Askia des maquisards » et tiré « ancêtres et génies par leur barbe paisible », comme dit Senghor dans son poème cité en exergue, « l’Europe blanche » et « la France », pour qui le poète a sollicité le pardon du Seigneur, récidivent, en usant, à l’occasion, presqu’exclusivement et abusivement du rire sarcastique. On se souvient de ces caricatures publicitaires du nègre « banania y a bon » qui ont indignées toute une communauté et fait s’écrier le père de la francophonie dans « Hosties noires » : « Je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France ». Car, en vérité, l’humour n’est pas l’impolitesse, encore moins l’impertinence. Et confondre caricature et ordure, art et pourriture, liberté d’expression et provocation, c’est de la pure folie ou peut être de l’hypocrisie. Car le fruit de l’amour n’est pas le fruit de la haine ni du racisme. Le fruit du respect n’est pas celui de l’insulte. Et un cadavre, même parfumé, reste un cadavre.
La caricature, disait l’autre, c’est l’art de se foutre des gens AVEC TENDRESSE. Et le vrai caricaturiste EST UN ARTISTE qui sait mettre en exergue les traits essentiels (physiques ou de caractères) de ses sujets en les exagérant et qui, de ce fait, fait rire ou sourire ; parfois même les personnes objets de sa caricature. Car il ne cherche nullement à blesser, à choquer, à faire mal, à humilier,... Mais à informer, à divertir, à dénoncer, à aider les changements positifs, etc. Il y a aussi la gamme des caricatures guerrières, qu’on utilise comme arme de combat, parfois de façon assez insidieuse. Toutefois, conseille Antoine de Saint Exupery, dans Citadelle : « Vous enseignerez le respect, car l’ironie est du cancre ».

En vérité, le journal Charlie Hebdo n’est plus dans la caricature ; mais dans l’insulte. En effet, tourner en dérision la foi des gens, trainer dans la boue ce qu’ils considèrent comme sacré, injurier leurs prophètes et leurs saints, piétiner leurs livres, confondre leurs rituels religieux à la sexualité, ce n’est plus de la caricature. C’est de la provocation, de l’impolitesse, de l’impertinence. Or la provocation appelle la riposte, tout comme l’impolitesse et l’impertinence. Et ces dernières, même chez l’enfant, doivent être corrigées, car elles sont causes des pires conflits, et souvent au détriment de leurs auteurs. Le Pape François l’a courageusement et si justement rappelé dans un récent entretien sur la question où il affirme : « Si un grand ami dit du mal de ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing, et c'est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision!» Et avertissait Nelson Mandela : « Les hommes qui prennent les grands risques, doivent s’attendre à en supporter souvent les conséquences. »

Il est donc inconcevable, qu’à l’heure où l’humanité appelle à la paix, à plus de justice et d’équité, au dialogue des peuples, des cultures et des civilisations et cherche encore des solutions à des maladies (Sida, Ebola), des misères, des révoltes et aux folies sanguinaires de fanatiques poseurs de bombes sans respect pour leur propre vie, même pas celle des innocents et des petits enfants,… il est inconcevable à une pareille heure, dis-je, qu’un groupe d’hommes inconscients s’entête à jeter du pétrole sur le feu en se jouant de croyances séculaires et en usant du mépris et de l’insulte comme d’une bombe sous prétexte de liberté d’expression.
D’herbe en herbe, dit-on, une étincelle peut mettre le feu à une forêt de cèdres. Qu’en sera-t-il alors des braises « charlienne » jetées à l’emporte pièce par-dessus la tête des peuples ? Déjà, en réponse à la republication des caricatures décriées, le drapeau français a été brulé par des manifestants, des lieux de cultes saccagés,... On agresse à qui mieux-mieux. Pourquoi cette folie ? Quelle est cette guerre ?... Abdoulaye Wade, ancien Président de la République du Sénégal, a raison de décrier le je-m’en-foutisme de Charlie Hebdo et la dangereuse confusion causée par son entêtement : « Charlie Hebdo, dénonce-t-il dans sa page facebook, a abusé de tous ceux, chrétiens, musulmans, bouddhistes, non croyants, simples citoyens, qui se sont mobilisés, à travers le monde, non pas pour soutenir des extrémistes de la liberté d’expression, mais pour marquer leur réprobation de la vengeance aveugle (…) Après l’hommage rendu aux quatre coins du monde par l’humanité entière aux victime du 7 Janvier, point n’était besoin d’en rajouter, en reprenant en millions d’exemplaires une image blasphématoire pour les musulmans, (…) de la répandre, au-delà de la sphère des clients habituels de Charlie Hebdo, en prétendant user de la liberté d’expression, (…) sans se préoccuper des conséquences chez ceux qui, libres aussi, ont le droit à la protection de leur sensibilité religieuse et celui d’exprimer leurs insondables blessures morales ».
Certes, l’homme a besoin de la liberté de dire son opinion ; de la liberté de rire de lui même et des autres,… Mais, en vérité, si tout peut se dire comme on veut où on veut et sur tout, si plus rien n’est tabou ni sacré, si on ne tient plus compte de « l’autre », de sa différence, de ses croyances,… alors les terroristes, fascistes, esclavagistes et autres nazies et anarchistes auront raison, hélas !... Les fruits de l’extrémisme étant toujours amers, tout ne peut pas être permis, en aucune matière. Que non ! le respect et la fraternité ne sont pas que des mots. Et disait, avec raison, le Président Américain, Thomas Jefferson : « une insulte impunie est mère de beaucoup d’autres ». Les Latins d’enseigner que si « l’erreur est humaine, l’entêtement est diabolique ». La vieille sagesse africaine d’apprendre : « La gourde qui a contenu du piment, peut, même vide, faire éternuer ». Au Général de Gaulle de donner ce sage conseil : « Face aux grands périls, le salut n’est que dans la grandeur » sans laquelle, disait-il, dans son Appel, « la France ne peut être la France ».

Pour terminer, je prie pour le retour de la paix dans les cœurs et partout dans le monde ; et je dis à mes frères et sœurs, Charlie, que si jamais on laisse cette situation, qui, en vérité, ressemble à des enfantillages, perdurer et dégénérer, alors d’insultes en insultes, d’actions haineuses en réactions fâcheuses, aussi folles les unes que les autres, elle risque de plonger, à nouveau, l’humanité dans d’obscures ténèbres aux conséquences graves. Et, alors, au tribunal de l’histoire, cette génération fera piètre figure. Peut être même, hélas ! les générations futures la maudiront-elle d’avoir dilapidé l’héritage, d’avoir blessé et laissé mourir la colombe de la paix et de la bonne entente entre les peuples, les cultures et les croyances, en laissant la haine prendre la place de l’amour dans les cœurs des hommes… Dieu nous-en préserve.

Fraternellement.

ABDOU KHADRE GAYE
Ecrivain, Président de l’EMAD
Tel : 338426736
Mail : emadassociation1@gmail.com







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