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ABDOULAYE MAKHTAR DIOP, ANCIEN MINISTRE DES SPORTS : «Le premier problème du sport, c’est l’instabilité ministérielle au département des Sports»

L’ancien ministre des Sports, Abdoulaye Makhtar Diop, qui a pris part mardi, à Zurich (Suisse), à la réunion d’urgence de la Commission éthique de la Fifa dont il est membre, s’est confié peu avant son départ, mardi, à notre reporter. Il est notamment revenu sur la crise que traverse le sport Sénégalais, mais aussi sur l’affaire El Hadji Diouf et Lamine Diack, dans la première partie de cet entretien.


Rédigé par leral.net le Vendredi 22 Octobre 2010 à 21:36 | | 2 commentaire(s)|

ABDOULAYE MAKHTAR DIOP, ANCIEN MINISTRE DES SPORTS : «Le premier problème du sport, c’est l’instabilité ministérielle au département des Sports»
Le sport Sénégalais traverse une crise latente. Comment vous l’expliquez ?
Je pense que la crise vient du fait qu’aujourd’hui, il n’y a pas une politique sportive élaborée par le gouvernement en partenariat avec le mouvement sportif d’une manière générale. Ce qui fait qu’il n’y a pas une grande maîtrise des problèmes qui se posent au mouvement sportif. Or, pour résoudre les problèmes, il faut véritablement élaborer une politique sportive assise d’abord sur la formation des cadres, sur la politique des infrastructures pour toutes les disciplines sportives. Mais le fondement d’une politique sportive dans un pays comme le Sénégal, c’est un choix des disciplines qui doivent participer à toutes les compétitions internationales, un choix sur les compétitions continentales et aussi sur les compétitions régionales ou sous-régionales. Étant entendu qu’une discipline peut participer à ces trois niveaux, mais il faut prendre des options courageuses. Non pas comme une sanction à l’endroit des fédérations, mais comme l’expression de la maîtrise de nos moyens par rapport à nos ambitions politiques. Là, il appartient à l’Etat de cantonner chaque fédération dans des limites sportives définies. On ne peut pas laisser les fédérations définir elles-mêmes leurs objectifs alors que c’est l’Etat qui s’engage. Donc, tout ce que nous vivons au football, au handball, à la boxe, si vous vous rappelez qu’aux Jeux de la Francophonie au Liban, ce sont les Maliens qui avaient prêté à nos boxeurs des chaussures, dans les arts martiaux, c’est lié à ça. Je crois que c’est au Taekwondo que deux sportifs ont dit que ce sont leurs parents qui se sont cotisés pour leur acheter des tenues et payer leurs transports. Or, nous avons dans ces arts martiaux des disciplines qui valent au Sénégal une notoriété au plan international et qui ne sont pas prises en charge. Donc, c’est une politique qu’il faut élaborer en s’appuyant sur la formation, le classement dans les compétitions internationales, les infrastructures. Ensuite, prendre en charge la nouvelle dimension du professionnalisme, qu’il s’agisse de la lutte ou du football, tant au plan national qu’au plan international.
L’instabilité à la tête du ministère des Sports peut-elle favoriser la volonté politique à laquelle vous faites allusion ?
Le premier problème du sport, c’est l’instabilité ministérielle au ministère des Sports qui est à critiquer. Et si cette instabilité permettait d’essayer des hommes du milieu sportif ou en tout cas ayant une maîtrise des sports, on aurait pu comprendre. Mais dans tous les changements à la tête de ce département, on a mis des hommes qui n’ont pas la maîtrise de ce phénomène qui a un impact social, économique et même politique. Et je pense que même si vous ne voulez tenir compte que de l’aspect politique, alors il faut y mettre des hommes qui ont la compétence et une bonne prégnance du milieu. Donc, pourquoi il faut décrier cette instabilité ? Parce qu’elle n’a jamais permis de mettre à la tête de ce ministère des hommes qui ont la maîtrise de la chose.
Donc, la politique sportive est déterminante, mais les hommes qui doivent conduire cette politique comptent beaucoup. Parce que les structures sont influencées par les hommes qui les animent. Si vous élaborez une bonne politique sportive, si vous n’avez pas les hommes pour la conduire, vous allez à l’échec. Sans critiquer l’actuel ministre des Sports, Faustin Diatta, c’est bien lui, au lendemain de sa nomination, qui a avoué qu’il ne connaissait rien au sport, mais qu’il a eu à parrainer deux finales de Navétanes. Je pense qu’il ne faut pas, pour l’Etat du Sénégal, pour tout le rôle que nous avons joué dans le passé et que nous avons l’ambition de poursuivre, il ne faut pas pour le président de la République, si le sport est un instrument de promotion politique à l’intérieur et de promotion quasi diplomatique à l’extérieur, qu’on traite ça à la légère tant du point de vue du choix des hommes, du point de vue des missions confiées au ministère que du point de vue des moyens mis à la disposition du ministère des Sports. Autant au Sénégal nous avons un service public de l’éducation, de la justice, de la santé, autant il y a un service public du sport. Et c’est l’Etat qui le reconnaît parce que vous le savez, c’est peut-être très trivial. Donner des délégations aux fédérations laisse entendre que le délégataire a le pouvoir et la responsabilité dans le secteur.

Où se situe réellement la crise ? Est-elle fonctionnelle, structurelle, financière ou est-ce au niveau des dirigeants ?
Elle est à tous les niveaux et cela nous ramène à théoriser la politique sportive. Car si vous vous rappelez bien, il y a quelques années, nous avons misé sur la cooptation. Et c’était tout simplement pour pallier le manque de ressources humaines de qualité dans le milieu du sport. Pas seulement des ressources en matière de sport, mais aussi en matière de management. C’est pourquoi pendant longtemps, la cooptation a été un levier sur lequel l’Etat du Sénégal s’est appuyé pour aider les fédérations à bien gérer les disciplines. Maintenant, nous avons évolué en 20 ans et des hommes bien formés, sportifs dans l’âme, qui sont impliqués, sont venus vers les fédérations. Mais il y a eu des moments où des crises internes, des batailles crypto personnel ont miné les fédérations et l’Etat n’a pas joué son rôle d’arbitre. La dernière en date, c’est ce qui se passe à la Fédération sénégalaise de basket. Vous voyez dans quelle situation on se retrouve avec l’implication de l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports dans le choix de Baba Tandian. Alors qu’on nous avait dit que le choix de cet homme allait apaiser le milieu et qu’il allait apporter une bonne administration et un bon fonctionnement de la Fédération, avec une implication des anciens internationaux, c’est le contraire qu’on a. Mais les éléments de crise sont surmontables. Car au Sénégal, la crise structurelle est facile à résoudre, à la seule condition que le lien entre le ministère des Sports et les Fédérations ne soit plus un lien de tutelle, mais simplement un lien de collaboration pour que le ministère joue un rôle de culbuteur entre l’Etat dans ses différents démembrements et le mouvement associatif, via le Comité olympique. C’est pour cette raison que je ne suis pas d’accord avec ceux qui parlent de la suppression de la Charte du sport.

Pourquoi vous êtes contre la suppression de la Charte du sport ?
Je suis contre la suppression de la Charte du sport car je fais partie des gens qui pensent qu’il faut améliorer cette Charte, la renforcer et l’adapter. Je pense même qu’il faut la contextualiser. Il ne faut pas la supprimer parce que c’est une pièce fondamentale dans l’engagement de l’Etat. C’est la Charte qui met à la charge de l’Etat l’ensemble du financement par les collectivités locales des infrastructures. D’ailleurs, je vais vous dire pourquoi jamais le décret d’application de cette Charte n’a jamais été publié. C’est simplement parce que dans le projet de décret, il était dit que le ministère des Sports approuvait, en même temps que le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, les projets de réalisation de tous les lotissements des projets immobiliers de la Sicap ou des Hlm, comme des promoteurs privés, et que tout projet d’habitat ne comportant pas la réalisation d’infrastructures sportives de base ne serait pas approuvé. Et beaucoup de personnes l’ignorent. D’ailleurs, c’est pourquoi on a bloqué le décret pour empêcher au ministre des Sports de bloquer le fonctionnement de ces gens-la. Car c’est presque des investissements à perte pour un promoteur immobilier qui devait par exemple construire 500 logements et faire à côté un terrain de football, de basket, de handball, de tennis ou un plateau multifonctionnel. Donc on ne demande pas à l’Etat de réaliser toutes les infrastructures sportives, mais on demande aussi aux collectivités locales de participer. C’est dans la Charte. Mais aujourd’hui, aucune grande ville n’a un plateau multifonctionnel. Concernant la partie financière de la crise, seule la volonté de l’Etat peut résoudre cela. Mais des personnalités comme Lamine Diack ont beaucoup fait depuis 1981 sur la recherche des financements. C’est pour cette raison que quand j’ai entendu Moubarak Lo dire dans un entretien qu’il a sorti une idée originale pour faire financer le sport par l’exonération des impôts, j’ai dit non. C’est Lamine Diack qui a eu le premier cette idée en 1979.

Quel commentaire faites-vous sur la polémique entre Lamine Diack et El Hadji Diouf ?
Je ne vais pas répondre à El Hadji Diouf, mais je tiens quand même à rétablir la vérité. Car, quand il dit : «ce que j’ai fait pour ce pays personne ne l’a fait», il sait très bien que c’est faux. El Hadji n’a rien fait, c’est l’équipe nationale du Sénégal qui fait quelque chose pour ce pays. C’est pourquoi je préfère donner le parcours de Lamine Diack pour donner le cursus de cet homme en exemple aux pratiquants, techniciens et aux dirigeants et non pour répondre à El Hadji Diouf. Parce qu’il a fait la preuve, dans le milieu, d’un manque de connaissance des hommes de sa génération. Quand on sait que Roger Milla, pour prendre son cas, jusqu’au moment où je vous parle, est parrain d’une chaire à l’Université de Londres et qu’il a été ambassadeur et qu’en toute humilité, il continue à respecter son pays et les hommes, car il sait que grâce à l’environnement créé au Cameroun, il a pu accéder à ce niveau ; quand un sportif sénégalais oublie qu’El Hadji Amadou Dia Ba a inscrit le nom du Sénégal dans l’histoire du sport mondial, je ne lui donne pas d’importance. El Hadji Diouf est dans un sport collectif, pas dans un sport individuel. Donc il n’a rien fait à lui tout seul pour le Sénégal. Si on prend l’exemple du mondial 2002, si Pape Bouba Diop n’avait pas marqué le but contre le France, ce match serait sanctionné par un nul. Si Henri Camara n’avait pas réussi le doublé face à la Suède, on n’aurait pas continué. Donc, nous sommes dans un sport collectif où chacun joue sa partition. C’est l’exploit de l’équipe du Sénégal qui mérite d’être cité et non celui d’El Hadji Diouf. Et quand il dit que Lamine Diack n’a pas mouillé le maillot, c’est mal connaître la personne.

Que vous inspire l’équipe nationale de football qui est en reconstruction avec Amara Traoré et qui a débuté les éliminatoires de la Can 2012 à merveille ?
Je pense que l’équipe nationale est entrée dans un nouveau cycle qui exclut tous les footballeurs qui étaient là, tous sans exception. Parce que le problème est de savoir si le Sénégal veut une équipe qui gagne ou pas. Car le Sénégal gagne avec la manière, avec des joueurs disponibles, disciplinés et un encadrement de qualité. Il faut de la fermeté pour conserver cette dynamique, au niveau de l’Etat et de la Fédération. C’est pourquoi j’ai beaucoup apprécier le président de la Fédération, Me Augustin Senghor, quand il dit qu’il n’a pas le temps de s’occuper des problèmes de personne, parce qu’il s’occupe de l’équipe nationale. C’est comme cela qu’un homme courageux doit agir.
A Amara Traoré et à Abdoulaye Sarr, je dis qu’il ne faut se laisser influencer ni par les puissances de l’argent, ni par les puissances politiques. Car c’est leur carrière qui est en jeu. Ils doivent garder cette équipe avec sa composition actuelle et je pense même qu’ils ont des problèmes de classement. Car il y a de la qualité dans cette équipe du Sénégal new-look. Je pense aussi que les binationaux ont leur place dans l’équipe. Les gens peuvent avoir deux ou trois nationalités, mais ils n’ont qu’une patrie. Et quand un binational choisit de jouer pour le Sénégal, c’est qu’il a choisi sa patrie. On ne peut rien reprocher aux binationaux, car il faut faire la différence entre le nationalisme et le patriotisme.

(à suivre…)

Entretien réalisé par Amédine SY
Lepopulaire



1.Posté par senegalais le 23/10/2010 07:43 | Alerter
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Vraiment les minitres de Senghor et de Diouf ne sont en rien comparables avec, ces guignols qui sont apparus apres 2000.Abdoulaye Makhtar est un Grand cadre, son seul defaut c'est de vouloir cajoler de temps en temps le pakhoum kania

2.Posté par poutane le 25/10/2010 11:32 | Alerter
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abdoulaye makhtar diop est vraiment au sens ethimologoque du terme un grand homme d'etat qui merite d'etre soutenu et aider a atteindre le sommet de l'etat.il nous faut de grand homme de votre trempe qui n'ont plus un soucis de carriere,mais un soucis de prestige pour le pays.chacune de vos sortie est un cour magistral republicain de tres haute facture.tous les senegalais se regalent de vos contributions aux debats qui ritment la vie politique,economique,social,culturelle et sportive du pays.dommage que les senegalais ne connaissent pas la valaur de certains cadres.la fifa et d'autres organisme mondiaux sont satisfaient de votre expertise puisque vous ete membre de la plus prestigieuse commission ethique du foot-ball mondial.vivement que vous soyez le president de la republique du senegal en 2012 incha-allah .il faut y croire monsieur diop, les electeurs voterons pour vous parce qu'ils sont maintenant conscient des profils qui doivent presider a leur destines.bon courage

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