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ADOLPHE MENDY ANCIEN INTERNATIONAL SENEGALAIS «Ce n’est pas en se flinguant de gauche à droite qu’on va reconstruire le football»

«Que les gens ne fuient leurs responsabilités en se défaussant sur les joueurs». En amont comme en aval de l’échec du football, «il y a les administratifs». Cela dit, Adolphe Mendy appelle à une analyse profonde, sans complaisance, mais dans la sérénité, pour qu’on puisse repartir du bon pied. «Avec des gens qui ne se servent pas du football» et un entraîneur qui a du caractère et qui saura imposer ses idées». L’ancien défenseur international des Lions exhorte les Sénégalais à éviter le «rafistolage». Car, «depuis 86, c’est un éternel recommencement, parce qu’on ne va pas au fond des choses». Reconverti dans la formation des petites catégories à la jeunesse sportive seynoise, en France, Adolphe Mendy met le doigt sur les priorités de l’heure.


Rédigé par leral.net le Lundi 27 Octobre 2008 à 18:41 | | 0 commentaire(s)|

ADOLPHE MENDY ANCIEN INTERNATIONAL SENEGALAIS «Ce n’est pas en se flinguant de gauche à droite qu’on va reconstruire le football»
Que vous inspire la crise du football ?
Un sentiment de tristesse par rapport à cette génération qui nous a tant donné et qui est sortie par la petite porte. Je crois que tous les Sénégalais sont d’accord sur un point : il y a une grande désillusion, une grande déception après le match contre la Gambie. C’est quelque chose qu’on doit méditer. Tout le temps on parle de reconstruction ; c’est le moment de le faire.

Selon vous, qu’est-ce qui a fait qu’on en est arrivé là ?


C’est un ensemble de facteurs. Après Tamalé, on devait tirer les leçons, mais on n’a pas su le faire. On a préféré rafistoler, continuer sur la même lancée, en espérant que ça devrait aller. Quand il y a échec, il faut en tirer les enseignements lucidement, avec sérénité, mais il faut se dire les vérités, ne pas se voiler la face. Tout le monde sait qu’à Tamale on est passé à côté. A un certain moment, à un certain niveau, certains joueurs ont manqué de fraîcheur, on n’a pas su hausser notre niveau de jeu. Il fallait se demander si l’on ne devait pas rebâtir, intégrer les jeunes, se projeter vers l’avenir. Mais on a préféré taire tout cela et dire que peut-être cela va marcher. Le football ne ment pas.

Par rapport aux urgences de l’heure devons-nous faire table rase de la génération de 2002 ?

Je ne dirais pas que nous devons faire table rase, parce que, quoi qu’on puisse dire, c’est une génération qui nous a beaucoup apporté. Elle a porté le football sénégalais à un niveau où il n’était pas. Le passé fait partie du présent et le présent fait l’avenir. Il faut penser à intégrer les jeunes. Certains vont quitter d’eux-mêmes, parce qu’ils savent qu’ils ne tiennent plus la route. Mais il y en a deux ou trois qui vont accompagner les jeunes.

Qui sont ces trois ?

Tony doit pouvoir accompagner. Derrière lui, il n’y a pas quelqu’un qui peut tenir la baraque. Un Diagne Faye peut toujours apporter, c’est valable pour Mamadou Niang. Ils peuvent mettre les jeunes dans le bain et ensuite partir tranquillement.

«Que les gens ne fuient pas leurs responsabilités»

Etes-vous de ceux qui pensent que le Sénégal a également perdu sur un autre terrain, celui des administratifs ?

Le football, c’est un tout, c’est un sport collectif. Tout le monde perd ensemble, tout le monde gagne ensemble. Autant l’encadrement technique et les joueurs, sont responsables de l’échec, autant les administratifs le sont. C’est à tous les niveaux. Ce n’est pas parce que cela s’est mal passé qu’on doive tout rejeter sur l’entraîneur et les joueurs. En aval et en amont, il y a les administratifs. Il y a aussi le ministère. Il ne faut pas que les gens fuient leurs responsabilités en se défaussant sur les joueurs. Il ne faut pas se réfugier derrière les autres. Il faut aussi analyser l’échec au niveau du comité de normalisation et au niveau du ministère. Tout le monde est fautif.

Vous l’avez dit : on perd ensemble, on gagne ensemble et, on tire les leçons ensemble. Tout comme l’entraîneur limogé, les autorités devraient-elles se démettre de leurs fonctions ?

Non, le comité de normalisation, on lui a assigné une mission qui se termine au mois de mars. Je suis d’avis que le Cnf continue sa mission et après les gens qui les ont mis en place évalueront. Mais c’est toujours l’entraîneur qui paie les pots cassés. En 1992, Claude Leroy était le premier à partir. Mais je reste persuadé que Lamine Ndiaye est un bon entraîneur. Peut-être qu’il n’a pas su gérer, à un certain moment, comme il le fallait.

Les hommes de la situation ?

La reconstruction appartient à tout le monde, mais surtout aux gens qui servent le football et ne se servent pas du football. Les gens qui devront venir devront servir le football et non s’en servir. Il faut qu’ils s’impliquent à 100% dans la relance et la reconstruction du football. Il y a des bonnes volontés, je pense à El Hadji Malick Sy «Souris» et d’autres personnes, dont des journalistes qui connaissent bien le football, même s’ils n’ont pas des diplômes d’entraîneur. Tout le monde a sa place dans cette reconstruction. Donc, faisons le dans la sérénité et la lucidité, sans se chamailler, mais sans langue de bois. Ce n’est pas en se flinguant de gauche à droite qu’on va reconstruire le football. Cette reconstruction se fera aussi sur le long terme.

Dans ce sens, ne déplorez-vous pas l’instabilité des entraîneurs ?

Quand on parle de reconstruction, c’est quelque chose qu’on projette sur le long terme. On a deux ans et demi, faisons appel à quelqu’un qui fait l’unanimité et laissons le travailler. La valse des entraîneurs sur trois ou quatre ans, cela ne peut rien nous apporter. Quelle que soit la personne choisie, faisons bloc derrière elle et aidons la à mener à bien sa mission.

Quel profil doit avoir le futur sélectionneur ?

Il doit avoir du caractère et savoir imposer ses idées. Quand on impose ses idées, on va tout droit vers l’échec.

Dans cette reconstruction, quel rôle entendez-vous jouer, vous les anciens internationaux ?

Nous qui sommes basés en Europe, si l’on nous associe en nous demandant notre avis, nous pouvons servir de relais par rapport aux binationaux. Nous pouvons aider à dénicher certains talents cachés. Nous avons servi le football et cette discipline nous a servis. A nous d’aider si on nous sollicite, en nous responsabilisant, en nous confiant des missions. Nous avons notre place dans la reconstruction du football.

Adolphe, le constat est amer, mais il est là : depuis 1986, c’est un éternel recommencement…

Tout à fait. Depuis 86, c’est un éternel recommencement, parce qu’on ne va pas au fond des choses. Quand il y a échec, il faut en tirer les conséquences. Les gens disent que le président de la République a mis 26 milliards. C’est énorme ! Le football ne se bâtit pas sur une équipe nationale, mais à la base. Il faut qu’on ait des championnats de petites catégories pour pouvoir un jour rivaliser avec les grands d’Afrique. Les équipes qui font la fierté de l’Afrique ont commencé à la base, ce que nous n’avons jamais fait. Nous faisons toujours une addition de talents. Cela ne fait pas une bonne équipe. Sur une courte période, ça peut réussir, mais sur le long terme ça ne marche pas.

Un mémorial est organisé par les Manjack à la mémoire de votre père…

C’est un énorme plaisir pour moi que les Manjack organisent un tournoi de football à la mémoire de mon père. Cela me touche énormément, parce que c’est quelqu’un qui a beaucoup fait pour les Manjack. Donc, c’est une bonne chose qu’on lui retourne l’ascenseur. C’est un geste qui me va droit au coeur.

Auteur: Saliou Gakou L'observateur






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