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AFFAIRE HISSEN HABRE : Le Sénégal attend, la Belgique s’impatiente

Rédigé par leral .net le 23 Février 2009 à 03:09 | Lu 629 fois

Dans l’affaire Hissen Habré, la compétence universelle finira bien par l’emporter sur les sempiternelles solutions africaines qui versent dans le dilatoire. Lasses d’attendre, les victimes du dictateur ont, en effet, sollicité la Belgique qui est résolue à prendre le relais du Sénégal qui traîne à juger l’ancien chef de l’État tchadien.


AFFAIRE HISSEN HABRE : Le Sénégal attend, la Belgique s’impatiente
En dépit des engagements et du soutien maintes fois affirmés de l’Union africaine (U.A.), rares sont les Africains qui sont convaincus que leurs chefs d’Etat veulent de ce procès. Celui-ci, pour nombre d’entre eux en effet, risque fort d’être un précédent fâcheux. La pression belge se justifie pleinement. Les victimes sont excédées par la tiédeur des tribunaux africains. Plusieurs se lassent des turpitudes de l’UA et des autorités sénégalaises.

Ces dernières, en dépit des multiples professions de foi, semblent privilégier l’appât du gain facile. En s’adressant aux autorités belges, les familles éprouvées usent de leurs droits démocratiques. Et le gouvernement devrait s’exécuter. Mais il exploitera sans doute ses prérogatives internationales. Pas sûr qu’à Bruxelles, on se laissera divertir. En effet, nul ne peut objecter, le principe du jugement étant acquis. Officiellement, tout le monde est favorable à l’idée de juger le dictateur tchadien. L’U.A. a donné son accord, et ne cesse de rappeler qu’il revient au Sénégal d’assurer la tenue du procès. Aux Sénégalais de passer aux actes. Ces derniers posent comme préalable le paiement intégral d’une somme de plusieurs milliards de F CFA pour la tenue de ce procès attendu de tous. Une lutte intense a pourtant été menée jusque-là pour éviter le transfert du procès hors du continent. Aujourd’hui, ce sont les dirigeants africains eux-mêmes qui prêtent le flanc.

Tous ces faits mettent en exergue l’infantilisation de l’Afrique par…les dirigeants du continent eux-mêmes. Ils s’échinent, chaque jour que Dieu fait, à montrer le mépris qu’ils ont à l’égard de leurs propres peuples. Sinon, pourquoi tant de difficultés à juger les actes d’un des fils les plus indignes du continent ? Tout tend à démontrer que l’on ne veut point d’un procès de dirigeant africain. Que de louvoiements et d’atermoiements pour ne pas tenir ce procès qui, assurément, crée un certain malaise. On fait perdre patience aux victimes et aux peuples africains qui font de moins en moins confiance à la justice africaine. D’autant que les exemples abondent quant à la multiplication de procès bâclés ou arrangés au profit des plus riches ou des plus puissants. Dans l’affaire Habré, la politique semble avoir irrémédiablement pris le pas sur le judiciaire. Certes, Abdou Diouf a hébergé Hissen Habré. Mais Wade lui, ne tient sans doute pas à ce qu’il soit jugé sous son mandat.

Ce procès dérange le sommeil des gouvernants du continent. Aussi, chacun y va-t-il de son orgueil blessé. Fort heureusement, les crimes commis sont imprescriptibles. Les chefs d’Etat africains se sont toujours crus au-dessus de la loi. Aujourd’hui, le réveil est brutal : ils réalisent qu’ils sont vulnérables devant les tribunaux à compétence universelle. De peur de s’exposer eux-mêmes, ils ne font pas d’effort véritable pour accélérer le jugement de leur ancien pair. C’est à se demander si ce procès tiendra sa promesse. Parviendra-t-on un jour à rendre justice aux victimes ? Quel sera l’impact réel sur les mœurs politiques ? La catharsis politique est-elle possible ? Quel bénéfice pour le peuple ? En effet, la même logique du pouvoir fondée sur la guerre et ses nombreuses victimes prévaut toujours au Tchad de Déby.

La justice sénégalaise, naguère si réputée, perd de plus en plus de sa crédibilité. Du fait des reports incessants de l’affaire Hissen Habré sur des bases peu convaincantes, l’opinion africaine commence sérieusement à douter de sa réelle indépendance et surtout de sa compétence. Finalement, il apparaît qu’autant les chefs d’Etat du continent maîtrisent le système judiciaire africain, autant ils redoutent la justice internationale dont le contrôle leur échappe. Ce qu’il faut en déduire ? La justice africaine reste tributaire du pouvoir politique et des puissances d’argent qui la manipulent au gré de leurs intérêts. La preuve, les opposants sont jugés promptement, sans aucun respect des règles de l’art, et régulièrement embastillés. Il en est de même des chapardeurs et autres voleurs de poules et de cabris qui croupissent dans les prisons des années durant, dans l’attente d’un jugement hypothétique. Jamais il ne vient à l’esprit de quiconque d’exiger de la communauté internationale le moindre sou pour la tenue de tels procès.

La justice africaine fait ainsi la preuve qu’elle est aux ordres et qu’elle est incapable de venir en aide aux justiciables. Que l’on ne s’étonne guère de voir les Africains se tourner de plus en plus vers l’extérieur pour solliciter de l’aide. Les premiers responsables de nos institutions montrent de plus en plus ouvertement qu’ils ne leur accordent aucun crédit. Qu’adviendra-t-il du dossier de l’ex-chef d’Etat tchadien ? Hissen Habré, aujourd’hui personnage religieux hors du commun au Sénégal, quel rôle véritable joue sa personnalité dans l’évolution du dossier ? De tous les dictateurs vivants, les Africains ne voudront pourtant pas oublier qu’il demeure celui ayant horriblement marqué l’histoire de son pays et du continent : des milliards de F CFA détournés, des dizaines de milliers de morts par suite d’assassinats et de tortures, entre autres.

A-t-on vraiment besoin de tout un cirque pour traduire Hissen Habré devant les tribunaux ? La conscience des pouvoirs africains se trouve aujourd’hui interpellée. Ne pas juger Hissen Habré, c’est faire preuve d’une grave complicité, d’inconséquence, d’immoralité et d’impunité. Le juger, c’est marquer un minimum de respect envers les peuples africains, les victimes en particulier. C’est aussi et surtout admettre qu’un chef d’État, c’est aussi un justiciable. Et si aux termes de la Constitution il est le chef suprême de la magistrature, en aucun cas, il ne doit planer au-dessus de la loi, encore moins disposer du droit de vie et de mort sur la personne du contribuable-électeur.

"Le Pays"


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