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AFFRONTEMENTS ETHNIQUES AU XINJIANG Pourquoi la Turquie soutient les Ouïgours

Rédigé par leral .net le 18 Juillet 2009 à 14:39 | Lu 619 fois

Une "sorte de génocide". Samedi 11 juillet, le premier ministre turc Tayyip Receep Erdogan lâche le mot pour qualifier la répression exercée par Pékin sur la population musulmane du Xinjiang. "La souffrance des Ouïgours est la nôtre", ajoute-t-il. Jusque-là prudente sur les violences inter-ethniques qui ont frappé la province chinoise au cours des dernières semaines, la Turquie hausse soudainement le ton. La rue n'est pas en reste. Le lendemain dimanche sur la place Caglayan, dans la partie européenne d'Istanbul, la première métropole turque, les quelque 10.000 manifestants arborent des drapeaux ouïgours du "Turkestan oriental" - bleu clair avec un croissant de lune et une étoile de couleur blanche. Ils scandent "Chine criminelle, libère le Turkestan oriental".



Mais pourquoi un tel soutien turc pour une province chinoise située à des dizaines de milliers de kilomètres ? Les relations entre la Turquie et les Oïgours se sont nouées au Moyen Âge, alors que l'Asie centrale était sous influence turque, rappelle Didier Chaudet, professeur à Sciences Po, spécialiste de l'Asie centrale. Leur littérature et leur langue sont cousines. La sympathie turque envers la cause des Ouïgours n'a jamais cessé, alimentée par le flux d'immigrés. Organisée politiquement, la communauté des Ouïgours de Turquie compte plusieurs dizaines de milliers de personnes. Une population irriguée dans les années 1990 par l'octroi de bourses aux jeunes turcophones de Chine.

La position la plus ferme envers Pékin est prônée par des formations classées à droite ou à l'extrême droite, qui "regardent vers les pays d'Europe centrale plus que vers l'Europe" et "promeuvent un nationalisme plus fondé sur des approches ethniques et raciales", atteste Didier Chaudet. C'est le cas du Parti d'action nationaliste (MHP), parti d'extrême droite nationaliste qui compte tout de même 71 députés sur un total de 550 au Parlement turc. Une force politique non négligeable. Ou encore le parti pro-islamiste du Bonheur (Saadet), qui organisait la manifestation de dimanche.

Marge de manoeuvre étroite

Réalisme ou protection des droits de l'homme et des minorités qui lui sont liées... la marge de manoeuvre est pourtant étroite pour Ankara. Le président Abdullah Gül était fin juin à Pékin, avec une délégation d'environ 120 hommes d'affaires. De nombreux projets ont été discutés, dans les télécommunications, l'électronique et l'automobile, important secteur d'activité turc à la peine avec la crise.

Même s'il a alors visité Urumqi, vêtu du qlapan, le costume traditionnel ouïgour, Abdullah Gül souligne bien qu'il rejette tout séparatisme turcophone au Xinjiang, tout comme son gouvernement. Un temps, le ministre turc de l'Industrie et du Commerce Nihat Ergün a appelé au boycottage des produits chinois, avant de reculer en expliquant qu'il ne s'agissait que d'un avis... personnel.

"La Turquie a besoin d'entretenir de bonnes relations avec la Chine. De grosses entreprises turques produisent en Chine, et importent d'importantes quantités de produits de Chine. L'armée turque s'intéresse beaucoup à la technologie militaire chinoise", souligne à l'Agence France-Presse Hugh Pope, de l'International Crisis group, auteur d'un livre sur les relations entre Turcs et Ouïgours. D'autant que le gouvernement turc doit lui aussi faire face à vélléités d'indépendance : les Kurdes réclament l'indépendance, ou au moins l'autonomie. Certains groupuscules n'hésitent pas à avoir recours à des actions violentes. Du terrorisme, fait valoir Ankara. Une accusation reprise par Pékin contre les Ouïgours pour justifier la répression...