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Abdou Abel Thiam: "Macky Sall ne pouvait pas rater la marche de Paris"

Sur la participation à la marche de Paris du 11 janvier courant, et l’interdiction de la diffusion d journal Charlie Hebdo, Abou Abel Thiam, Président de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) décrypte les positions du Chef de l’Etat Macky Sall, mais aussi les menaces terroristes et le djihadisme ambiant. Entretien :


Rédigé par leral.net le Lundi 19 Janvier 2015 à 14:15 | | 8 commentaire(s)|

Abdou Abel Thiam: "Macky Sall ne pouvait pas rater la marche de Paris"
«Macky Sall ne pouvait pas rater la marche de Paris…»

La participation du Président Macky Sall à la marche de Paris en date du 11 janvier a soulevé un débat dans le pays. Qu’en pensez-vous ?
-Le Chef de l’Etat du Sénégal ne pouvait pas ne pas prendre part à cette marche, pour différentes raisons. Quand le peuple et l’Etat français, avec lesquels notre pays entretient de si excellentes relations, sont frappés au cœur par le terrorisme, avec des morts vécues quasiment en direct et en mondiovision, le devoir du Sénégal est d’être présent pour manifester sa solidarité, sa compassion et sa condamnation de la violence terroriste. Personne n’aurait compris que le Président du Sénégal ne soit pas aux côtés de la France, pour y représenter notre pays à la hauteur de nos relations et à la mesure de la tragédie, dans ces moments où ce pays comptait ses amis, au cours d’une marche où quasiment tous les pays du monde se sont fait représenter à des niveaux certes différents. Une autre raison est que notre pays ne peut pas se mettre en marge, lorsque la majorité des pays du monde s’inscrit dans une dynamique de lutte commune contre ce monstre que constitue le terrorisme djihadiste. On peut aussi ajouter à ce chapitre des éléments explicatifs de la présence du Président Macky Sall à la marche de Paris, aux côtés d’autres leaders de pays musulmans, comme la Palestine, l’Arabie Saoudite, Qatar, le Maroc, le Mali, l’Algérie etc. le fait que le monde musulman n’accepte pas que des actes de barbarie soient perpétrés au nom de l’Islam qui, en réalité, est une religion de paix, de tolérance et de concorde. Les attaques terroristes ont fait plus de mal à l’islam que les caricatures incriminées. Elles ont fait qu’un journal qui avait une parution devenue presque confidentielle est passé de trente mille à sept millions d’exemplaires. Par leurs actions bête, sauvage et aux antipodes des prescriptions de l’Islam, les auteurs des meurtres ont donné une amplification planétaire à ces dessins...Notre religion n’a vraiment pas besoin des initiatives vengeresses de tels individus qui lui portent plus mal que quiconque ! Dans la majorité des cas, ce sont des brigands, des braqueurs, des agresseurs, repris de justice qui voient leur violence canalisée, fanatisée et ensuite déployée au nom d’une vision obscurantiste de l’islam.
-Cette participation du Président Sall a pourtant été critiquée par de larges secteurs…
Nous sommes en démocratie : la critique est libre, et même constructive, tant qu’elle reste objective, exprimée dans les limites prévues par la loi. Cela dit, nous nous devons de sacrifier à un devoir pédagogique en direction des populations. Ne pas condamner les attaques terroristes qui ont frappé la France, c’est légitimer l’idéologie au nom de laquelle ces morts ont été perpétrées. S’y ajoute que, pour nous Sénégalais, la conception de l’Islam à la base de tels actes de barbarie est aux antipodes de la nôtre. Rappelons-nous que lorsqu’ils ont investi le Mali voisin, ces hordes ont eu pour première action de violer les sépultures des saints de Tombouctou, de profaner des tombes et de brûler des écrits millénaires….N’eut été l’action de la France, ce pays que certains cherchent à vouer aux gémonies, les colonnes de pick-up remplis de barbus auraient avancé, pour, après le Mali, pénétrer au Sénégal. Et leurs premiers actes auraient été de nous dénier notre statut de musulmans, de s’en prendre à nos saints à Touba, Tivaoune et dans tous les foyers religieux dont nous sommes si fiers… Je ne parle pas des Eglises et autres lieux de culte…
Ne pas condamner les attaques qui ont frappé la France, c’est légitimer cet islamisme qui nous menace tous, qui commet les barbaries qu’on connait au Nigéria avec le sinistre Boko Haram, c’est accepter l’idée d’une police islamique qui viendrait nous dire que les enseignements de nos saints sont vains et peut-être même anti-islamiques… La presse a fait état de jeunes sénégalais largement impliqués dans ce djihadisme, au Mali et en France : qui va penser que ces jeunes, dont certains passent par notre pays, ne seront pas tentés d’y commettre des actes de barbarie ?
-N’y a-t-il pas une incohérence dans l’attitude du Président Sall qui a participé à la marche de Paris et a ensuite interdit la diffusion du dernier numéro de Charlie Hebdo au Sénégal ?
-Absolument pas. Le Chef de l’Etat n’était pas à Paris pour légitimer des caricatures contre le prophète Mohamed (PSL). Loin s’en faut. Il y était pour marquer la solidarité du Sénégal avec un pays ami frappé par le terrorisme, et pour indiquer que le Sénégal a choisi sa place dans la lutte contre le terrorisme. Cela n’empêche pas l’interdiction de la diffusion d’un journal au contenu pouvant heurter la sensibilité des musulmans. On appelle cela de la responsabilité ! Maintenant, voir des adversaires politiques, des frustrés ou même des Sénégalais responsables et objectifs manifester et critiquer, cela aussi relève de la liberté. Mais l’action de l’Etat ne se décide pas dans la rue.

Le Quotidien






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