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Accueil du « fameux sabre » d'El Hadj Omar Tall à Dakar : Comment le Pr Abdoulaye Sokhna Diop à gâché la fête

Le retour du sabre d’El Hadji Omar Tall. Une affaire dont l’opinion a été saisie par la presse dans le premier trimestre de l’année 1998. En effet, si sa venue au Sénégal a été accueillie en grande pompe avec le Président Abdou Diouf, le Professeur Abdoulaye Sokhna Diop, quant à lui, a gâché la fête. Car l’archéologue a soutenu mordicus dans la presse qu’El Hadj Omar n’a jamais possédé de sabre. Et, argument contre argument, le tonitruant universitaire a réussi à imposer sa version des faits.


Rédigé par leral.net le Mercredi 7 Septembre 2016 à 23:20 | | 9 commentaire(s)|

C’est en effet l’ancien chef de l’opposition, Me Abdoulaye Wade, qui avait commencé à dire aux Sénégalais, depuis 1996, qu’il leur réservait une surprise sur le plan religieux. Parce qu’il leur apporterait, le moment venu, une pièce justificative qui appartenait à un grand chef religieux ici au Sénégal. Me Wade avait parlé dans un langage qui a laissé deviner que, certainement, il devait s’agir d’un objet qui aurait été confisqué, soit sur Cheikh Ahmadou Bamba, soit El Hadji Malick Sy, soit Seydina Limamou Lahi, soit El Hadj Omar Tall. En tout cas, il avait entretenu le doute.

Mais, ultérieurement, certainement, les services secrets de la présidence ont réussi en savoir qu’en réalité Me Wade avait découvert dans un des musées en France un sabre qui aurait appartenu à El Hadji Omar. Donc, son secret, c’était ce fameux sabre. Mais justement, le Président Abdou Diouf, a narré le Pr Abdoulaye Sokhna Diop, ayant pris les devants, a réussi, avec l’aide de son homologue français, Jacques Chirac, à faire en sorte que ce sabre arrive à Dakar.

La surprise de Me Wade et le deal du Président Diouf

Et c’est en septembre 1998 qu’on a entendu dans la presse de façon répétitive des annonces régulières à propos du retour d’une arme ; en l’occurrence un sabre qui aurait appartenu à El Hadji Omar et dont les Français se sont emparés pour l’amener en France. Et que, maintenant, dans le cadre des accords culturels et au niveau des échanges, la France aurait accepté de prêter le sabre au Président Abdou Diouf pour que celui-ci le montre au Sénégal et aux adeptes d’El Hadji Omar.

Un bon matin, a indiqué le Pr Diop, la télévision montre les images de l’arrivée dans une caisse très bien aménagée de ce fameux sabre d’El Hadji Omar et qu’une délégation spéciale dirigée par l’ancien directeur de l’Ifan, le professeur Djibril Samb aurait été à Paris pour le chercher. Et, précautionneusement, cette caisse a été sortie et a été montrée au niveau de l’aéroport où beaucoup de monde l’attendait.

«On se rappelle que lors de l’accueil de cette caisse, beaucoup de personnes sont tombées en transe, rien qu’en voyant la caisse. De grandes personnalités même ont fait le baiser religieux à la caisse», se souvient le Pr Diop.

«El Hadji Omar n’a jamais

possédé un sabre, c’est faux»

«Je me suis dit en réalité, d’après toutes les informations que j’ai, je crois avoir retenu que El Hadji Omar n’a jamais possédé un sabre. Et j’ai la conviction que, certainement, si on a prétendu que tel sabre appartenait au guide, il a dû s’agir d’un certain amalgame. Peut-être c’est un sabre de quelqu’un d’autre de la lignée de d’El Hadji Omar. En tout cas, j’avais la certitude que si on dit que ce sabre appartient à El Hadji Omar, c’est faux, ce n’est pas vrai», a soutenu le Pr Diop.

Maintenant, comment informer l’opinion de ses idées. Car, à l’époque, pour parler dans les médias, il fallait être quelqu’un de très représentable. Et l’historien ne pourrait pas être pris au sérieux, car moins représenté. L’archéologue s’est contenté d’abord d’écrire un petit papier dans lequel il a tenu à alerter l’opinion pour dire que ce sabre est suspect. Que c’est du faux si on dit que ça appartient au saint homme.

«J’ai fait le papier et j’ai essayé de toucher la plupart des rédactions. Et à chaque fois, j’ai été éconduit. On me dit à chaque fois, vous n’êtes pas sérieux. Ce que tout le monde a accepté pourquoi vous le contredisez. Donc, je ne suis pas crédible. J’ai fait le tour de toutes les rédactions connues à l’époque. Je suis parti voir du côté des dernières publications qui venaient d’être créées et je suis tombé sur le journal ‘L’Info7’. Rendez-vous m’a été donné et le Directeur de publication a lu le texte pour me dire que c’est intéressant. Mais il m’a demandé de lui donner le temps pour vérifier l’information», a narré le Pr Diop.

La bombe lancée par le journal «L’Info7» et les universitaires du colloque

Il ajoute que le lendemain, vers 20 heures, le Directeur de publication de «L’Info7» l’a informé que toutes les vérifications ont été faites et que tous ceux qu’ils ont contacté ont dit que s’il n’a pas raison, en tout cas, il faut tenir en compte de ce qu’il a dit. Car tout le monde le connaît.

«L’article a été publié. Ça a fait l’effet d’une bombe. Parce que ça a correspondu avec la tenue d’un Colloque international sur la vie et l’œuvre d’El Hadji Omar. Un colloque initié et encadré par le Pr Omar Kane et le Pr Samba Dieng. Quand l’article est sorti, la même matinée, une délégation de ce colloque, avec Thierno Mountaga Tall, devait aller à Podor, pour un pèlerinage à Halwar dans le village du saint homme. Donc, c’est tombé très mal. Parce que ce papier mettait en cause la crédibilité de ce sabre. Vraiment c’était pas apprécié», a-t-il souligné.

Mais dans tous les cas, le lendemain, quand la délégation a été de retour de Dakar, se rappelle l’historien, les initiateurs du colloque, les Pr Kane et Dieng ont investi la rédaction du journal «L’Info7» pour s’en prendre systématiquement au Directeur de publication. «Il y a un processus dans lequel Omar Kane avait donné une interview pour balayer tous mes dires, disant qu’il je me mêle de ce qui ne me regarde pas. Donc, beaucoup de polémiques autour de la question», a-t-il confié.

«Mais, argument contre argument, j’ai réussi à imposer ce que je pensais au début que c’était un faux. Et en réalité, je ne me contentais pas de le dire. Et j’ai ajouté que ce qui a induit en erreur nos deux universitaires, c’est qu’ici, effectivement au niveau des archives de Dakar, il y a un fond qu’on appelle le trésor de Ségou. C’est une partie du grand trésor de Ségou qui est resté en France dans des musées où on n’accède pas», a-t-il expliqué.

«Donc, a ajoute le Pr Diop, le fond qu’il y avait ici comporte de la documentation qui fait référence à des sabres. Mais ces sabres n’ont rien à voir directement avec El Hadji Omar. Parce que ce sont des sabres qui ont été probablement trouvés après que la ville de Ségou a été prise par le colonel Archinard et ses troupes et suite au départ du Cheikh vers l’Est».

«Ces sabres sont des cadeaux offerts à Ahmadou Cheikhou et non pas à Cheikhou Omar»

Il souligne que c’est à cet ensemble de toutes les pièces trouvées sur place qu’on a donné le nom du trésor de Ségou. «Dans ce trésor, il y avait des sabres. Mais ces sabres en question sont des cadeaux offerts à Ahmadou Cheikhou et non pas à Cheikhou Omar. Parce que déjà, en 1890, Cheikh Omar était décédé depuis 26 ans. Parce que dans les grottes de Bandiagara, nous sommes en 1864. Donc, dans tous les cas, ce sabre ne pouvait avoir aucune relation avec El Hadji Omar», a précisé l’historien.

«Au bout du compte, lorsque j’ai développé suffisamment d’arguments dans le sens du non appartenance de ce sabre à El Hadji Omar, l’affaire s’est tue là. Il avait été demandé un débat à la télévision, mais tous les protagonistes ont refusé. Aujourd’hui, je suis prêt à ce qu’on réouvre le dossier du sabre d’El Hadj Omar. Je suis toujours prêt à en débattre», a lancé le Pr Diop.

Par Karamba NDIAYE






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