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Affaire Karim Wade: Un feuilleton politico-judiciaire inédit

Mis en demeure le 15 mars 2013, après une audition par la Commission d’instruction de la Crei, condamné le 23 mars 2015 par la Crei à une peine d’emprisonnement de 6 ans ferme assortie d’une amende de 138 milliards, Karim Wade est élargi de prison par grâce présidentielle. A travers ce numéro, Sud Quotidien jette un regard critique sur le déroulé d’une affaire où le judiciaire et le politique semblent si voisins, quand bien même l’affaire s’est révélée, en plus de 3 ans de procédure, riche en rebondissements et en péripéties.


Rédigé par leral.net le Dimanche 26 Juin 2016 à 01:45 | | 9 commentaire(s)|

Le fils de l’ancien chef de l’Etat, Karim Wade, condamné par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) à 6 ans de prison ferme, assorti d’une amende de 138 milliards ainsi que la confiscation de tous ses biens est libre de tout mouvement, depuis la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 juin. Bénéficiant d’une grâce présidentielle, l’ancien ministre d’Etat sous le magistère de son père, Abdoulaye Wade, a quitté le sol sénégalais à bord d’un jet privé pour une destination non encore confirmée par ses proches (Qatar, selon certaines indiscrétions). Quid de l’affaire dite ‘’Karim Wade’’, qui a tenu en haleine le peuple sénégalais pendant près de 4 années ?

La charge fond comme du beurre

Mis en demeure le 15 mars 2013, après une audition par la Commission d’instruction de la Crei, de justifier, dans un délai d’un mois, l’origine licite de ses avoirs ainsi que ses biens (voitures, propriétés immobilières, sociétés…) et comptes bancaires, l’ancien ministre d’Etat sera inculpé d’«enrichissement illicite». Le document de 3000 pages produit et présenté par ses conseils, n’y fera rien. L’ancien ministre est emprisonné à la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Rebeuss, avec sept (7) autres personnes, le mercredi 18 avril. De 694 milliards, le montant de la charge fond cependant jusqu’à 117 milliards, dont 47 milliards d’un compte dit de Singapour vidé avant l’envoi de la commission rogatoire internationale par la Crei, ainsi que 22 sociétés à lui attribuées, dont la seule société Dubaï Port World (DP World) fait 400 milliards. Ce qui est jugé «invraisemblable» par sa défense qui estime que cette société contrôle 300 ports dans le monde, y compris ceux de Hong-Kong et de New York.

Karim Wade sans défense

Ouvert le 31 juillet 2014, le procès du fils de l’ancien président de la République a vu défiler, pendant 6 mois, des témoins à charge ou à décharge, c’est selon, devant le Président de la Crei, Henri Grégoire Diop, et cie. Qui plus est, la salle 4 du Palais de justice de Dakar a abrité un procès émaillé d’incidents. Tout d’abord, Karim Wade a été amené de force au tribunal pour sa comparution. Ensuite, toutes les exceptions de nullité soulevées au début du procès sont restées vaines. Pis, Me Amadou Sall, un de ses conseils (ancien ministre de la Justice), a été évacué de force de la salle d’audience sur instruction du président de la Cour. Des incidents qui ont ravivé la tension entre la Cour et le collectif des avocats de Karim et cie qui finira par boycotter les audiences. Cela, pour protester contre les «provocations» du président de la Crei et le non-respect des droits de la défense. Néanmoins, le procès suit son cours normal et le verdict est programmé pour le 23 mars 2015.

Le candidat officiel du Pds condamné

De son coté, l’ex-chef de l’Etat Abdoulaye Wade s’investissait, lui, dans une entreprise mécanique de contestation, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, du procès intenté contre son fils par la Crei taxée de juridiction «illégale», voire inapte à juger Karim Wade. Mieux, à 48 heures du jugement de la Crei, à savoir le samedi 21 mars, le Parti démocratique sénégalais (Pds) désigne Karim Wade comme candidat officiel en vue de la prochaine présidentielle. Ce qui n’a pour autant pas empêché le 23 du même mois, la Cour de condamner le candidat officiel du principal parti d’opposition à une peine d’emprisonnement de 6 ans ferme, sans oublier les 138 milliards d’amende, ainsi que la saisine de tous ses biens. La requête déposée au niveau de la Cour suprême par les avocats de la défense restera vaine, dans la mesure où ladite Cour a débouté Karim de tous ses recours.

Aujourd’hui gracié par le chef de l’Etat, après moult interventions, quelles viennent des familles religieuses, d’hommes d’affaires ou encore de chefs d’Etat de pays amis, l’ex-ministre «du ciel et de la terre» avait pourtant refusé de solliciter une quelconque grâce. Tout ce qu’il voulait, selon certaines indiscrétions, c’est l’application de l’avis du Groupe de travail de l’Onu qui avait ordonné sa libération.

Sud Quotidien






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