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Alain Juppé : «le programme de Hollande est dangereux»

le 14 Avril 2012 à 15:45 | Lu 1231 fois

François Hollande sera « l'otage de Jean-Luc Mélenchon », avertit le ministre des Affaires étrangères, inquiet du retour en arrière aux années 80 du projetsocialiste. Dans la perspective du second tour, il appelle également François Bayrou à « retrouver sa famille ».


Alain Juppé : «le programme de Hollande est dangereux»
Le Figaro Magazine - À trois semaines du second tour, pensez-vous toujours que Nicolas Sarkozy peut encore gagner l'élection présidentielle?

Alain Juppé - Plus que jamais. Depuis son entrée en campagne, les positions de François Hollande se sont régulièrement effritées alors que celles de Nicolas Sarkozy se sont au contraire renforcées. Je n'accorde pas plus de crédit qu'il n'en faut aux sondages, mais la tendance est claire. Quand on regarde les traits d'image comparés, il n'y a pas photo, comme on dit! Selon l'Ifop, 47 % des Français estiment que Nicolas Sarkozy a l'étoffe présidentielle, contre 22 % qui l'accordent à François Hollande. On voit bien qui a, selon les Français, la stature d'homme d'Etat. Cela me donne de bonnes raisons de croire en la victoire.

Et pourtant, les sondages continuent de donner un écart important au second tour en faveur de François Hollande (53-47, voire 56-44). Comment Nicolas Sarkozy peut-il inverser cette tendance?

Je ne crois pas, à ce stade, à la pertinence de ces sondages de second tour. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen n'ont pas envie aujourd'hui de répondre à cette question parce qu'ils sont mobilisés sur le premier tour. Donc la réponse n'est pas fiable. Tout va dépendre de l'entre-deux-tours. Et Nicolas Sarkozy a bien l'intention de faire une nouvelle campagne à partir du 22 avril. Le match ne sera plus le même, ce sera un mano a mano.

Pour vous quel est l'enjeu principal de cette campagne?

L'enjeu essentiel, c'est le redressement de l'économie française. Nous sommes sur la bonne voie. Beaucoup de réformes essentielles ont été faites depuis cinq ans, qui ont répondu à deux objectifs: améliorer notre compétitivité et remettre de l'ordre dans nos comptes publics, profondément déstabilisés par les crises qui se sont succédé. J'ai l'absolue conviction, je le dis sans esprit partisan, que le programme de François Hollande dans ce domaine est complètement à côté de la plaque. Et même profondément dangereux. Il risque de replonger l'économie française et la zone euro dans des turbulences redoutables.

De quelle manière?

M. Hollande veut remettre en cause les traités européens que nous venons de signer. C'est une erreur historique grave. Arriver à Bruxelles au mois de mai et dire «on remet tout à plat», ce serait la catastrophe assurée! Il prétend que ces deux traités n'abordent pas la croissance. C'est faux. Le premier a mis en place un mécanisme européen de stabilité qui a bâti un pare-feu de 800 milliards d'euros contre la crise. Le second instaure des règles fortes en matière de discipline budgétaire, mais aussi en matière de gouvernement économique. On y parle bien de croissance et de soutien à l'activité. D'ailleurs, depuis leur signature, les marchés financiers ont été rassurés et la France emprunte à des taux historiquement bas. Mais la situation reste fragile. Si on remet en cause cette architecture, alors le pire redevient possible. Pour définir un nouveau programme de soutien à la croissance, il n'y a nul besoin de renégocier les traités. Il suffit, comme l'ont fait Angela Merkel et Nicolas Sarkozy auprès de la Commission, de faire des propositions d'investissements similaires à celles que nous proposions, Michel Rocard et moi, sur les investissements d'avenir.

Que pensez-vous des mesures annoncées par François Hollande dans son agenda du changement?

C'est un formidable retour en arrière. Aux années 80. Une vision totalement dirigiste de l'économie française! Il veut bloquer les prix du pétrole, bloquer les loyers. Bonjour les dégâts, quand il faudra en sortir! Il recrute 60 000 fonctionnaires sans dire où il fera des économies par ailleurs. C'est un programme d'un autre âge qui contribuerait à aggraver la situation de l'économie française. Souvenez-vous de 1981. Il a fallu que M. Delors siffle la fin de la récréation en 1983 et impose la rigueur après trois années de gestion hasardeuse de l'économie. Demain, il ne faudrait pas trois ans avant de devoir revenir au réalisme. Je suis très inquiet de voir la persévérance des socialistes dans leur vision décalée de l'économie. Le mot compétitivité, par exemple, est complètement absent du projet de M. Hollande! A l'inverse, Nicolas Sarkozy a une approche cohérente et moderne en agissant sur les quatre facteurs de compétitivité: la durée et le droit du travail, la formation professionnelle, l'innovation et la recherche, le financement de la protection sociale.

Que pensez-vous de sa proposition de réduire immédiatement de 30 % la rémunération du chef de l'Etat et du gouvernement?

Formidable! L'économie française va repartir grâce à cette mesure! Soyons sérieux! Hollande doit trouver, pour financer ses promesses, un peu plus de 100 milliards d'euros. Cette mesure rapportera 2 millions d'euros...

C'est plus un symbole...

S'il faut montrer l'exemple, montrons l'exemple! Mais ce n'est absolument pas à la hauteur des enjeux. Nos finances publiques ont plus besoin de courage que de coups médiatiques.

Quelles doivent être les priorités de Nicolas Sarkozy s'il est réélu le 6 mai?

Il y en a plusieurs, mais je voudrais insister sur l'immigration. Les choses sont en train de changer sur ce sujet. Il n'y a pas si longtemps, ce mot était tabou. Il suffisait de le prononcer pour se voir reprocher d'aller chasser sur les terres du Front national. C'était absurde. Qu'a dit Nicolas Sarkozy, à Bordeaux? Il a dit que l'immigration était un atout pour la France, que notre pays a connu des vagues successives d'immigration qui lui ont permis de bâtir son industrie, que l'accueil des étudiants étrangers est une chance pour la France, mais que l'immigration peut aussi être un problème, lorsque nous n'avons plus la capacité d'intégrer des immigrants trop nombreux. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Nous n'avons plus la possibilité d'offrir aux 200 000 étrangers qui arrivent chaque année des logements et des emplois. Il faut donc réguler ce flux. Lutter bien sûr contre l'immigration clandestine et réguler davantage l'immigration légale. J'ai vécu un an au Canada, un modèle pour le respect des droits de l'homme, et je peux vous dire que ce pays organise son immigration en fixant des conditions de revenus, de logement, de connaissance de la langue... Pourquoi ne pourrions-nous pas le faire?

Hollande maintient son annonce d'un retrait des troupes françaises d'Afghanistan dès la fin de cette année...

Ce serait une décision déshonorante qui s'apparenterait à une fuite de l'armée française. Je vous le dis, il ne le ferait pas. Techniquement c'est impossible et même dangereux pour nos troupes. Moralement, vous le voyez annoncer cette décision à nos alliés à Chicago lors du sommet de l'Otan? Quelle stupeur chez eux alors que nous avons engagé le retrait en commun, programmé jusqu'à fin 2013. Décidément, la politique étrangère, ça ne s'improvise pas!

Vous maintiendriez ce calendrier?

Le calendrier a déjà été avancé, mais le retrait se passe dans de bonnes conditions. Et en cohérence avec le transfert des régions à l'armée afghane.

Depuis les tueries de Toulouse et Montauban, les arrestations d'islamistes se multiplient. L'opposition assure qu'elles sont liées à la campagne électorale. C'est le cas?

Quand on est dans l'opposition, tous les arguments sont bons! On nous reproche de le faire maintenant et de ne pas l'avoir fait avant! Il faudrait savoir! L'affaire de Toulouse a été un déclencheur qui a fait prendre conscience que la menace terroriste s'était renforcée.

Quelle est la réalité de cette menace?

Elle est forte. On a pu le voir à Toulouse. Je vous rappelle que nous avons toujours sept otages, six au Sahel, un en Somalie. Les policiers ont découvert des caches d'armes et des préparatifs d'une opération d'enlèvement. Ce qui s'est passé à Toulouse a montré aussi qu'il y avait des lacunes législatives. On ne peut pas aujourd'hui poursuivre ceux qui consultent des sites sur lesquels on peut voir des décapitations et lire des incitations à la haine et à la mort! Le gouvernement a présenté un projet de loi pour pénaliser ce genre de comportement. De même, nous sommes en train de réfléchir à la façon de poursuivre ceux qui vont dans des écoles coraniques où on prêche le djihad. Nous regardons aussi ce qui se passe dans les prisons où il existe des réseaux de prédication djihadiste. Toutes ces lacunes sont en train d'être comblées.

La montée de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages est-elle vraiment une bonne nouvelle pour la droite?

C'est sans doute une mauvaise nouvelle pour la France et un piège pour François Hollande. Car M. Mélenchon sera très exigeant. Et beaucoup d'électeurs centristes n'auront sans doute pas envie de voter pour un candidat qui en sera l'otage. M. Mélenchon a du talent, du charisme, une certaine éloquence, mais il y a beaucoup de démagogie dans ce qu'il promet. C'est quand même une grande spécificité française, qui plonge nos partenaires européens dans la perplexité, que de voir ressurgir, même sous une autre forme, un parti communiste en 2012.

Nicolas Sarkozy a dit qu'il serait un président différent s'il était réélu. Comment y croire?

Ce sera son dernier mandat. Cela induira forcément une grande différence, notamment dans la pratique du pouvoir. Mais il a déjà changé, j'ai pu le constater dans l'exercice du pouvoir. Aujourd'hui, le Premier ministre joue un vrai rôle, il n'est pas simplement le transmetteur des volontés présidentielles. Il exerce sa fonction d'arbitrage.

Et vous, seriez-vous un premier ministre différent de celui que vous avez été en 1995 si vous deviez revenir à Matignon?

Je ne me projette pas dans cette perspective. Le seul cap que j'ai en tête, c'est la victoire de Nicolas Sarkozy.

Mais vous seriez forcément différent!

J'ai quelques années de plus. On a tous pris de la bouteille, de l'expérience, de la sagesse peut-être.

François Bayrou pourrait-il être le Premier ministre de Nicolas Sarkozy?

Sûrement. Il n'est pas socialiste, et ce qu'il propose est aux antipodes de ce que propose François Hollande. Il est aujourd'hui critique vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, mais c'est le jeu de la campagne électorale. J'espère qu'au second tour, il retrouvera sa famille.


SOURCE:FIGARO.fr


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