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Alassane Ouattara, président de Côte d'Ivoire, évoque le futur de son pays

le 28 Janvier 2012 à 13:24 | Lu 1349 fois

Le président Alassane Ouattara vient d'effectuer une visite de trois jours à Paris. Hormis son homologue français, Nicolas Sarkozy, le chef de l'État ivoirien a rencontré plusieurs ministres : Gérard Longuet (Défense), venu l'accueillir à l'aéroport, Claude Guéant (Intérieur), Eric Besson, (Energie), Henri de Raincourt (Coopération). Ce vendredi 27 janvier 2012, il était avec le Premier ministre François Fillon, après avoir rencontré les patrons français et le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë. Il répond aux questions de RFI et de France 24.


RFI : Monsieur le Président, bonjour

Alassane Ouattara : Bonjour, monsieur Boisbouvier.

RFI : Vous avez signé ce jeudi cet accord de défense. Trois cents soldats français vont rester en Côte d’Ivoire, pourquoi avez-vous souhaité qu’ils restent, est-ce parce que vous n’avez pas vraiment confiance dans votre propre armée ?

A.O. : Je signale d’abord que c’est un traité qui concerne les questions de formation, les questions relatives à l’équipement de l’armée ivoirienne. Le pays est en paix. Le pays est au travail, nous n’avons pas besoin de protection, l’armée est unifiée, la gendarmerie et la police sont déployées, redéployées à plus de 99%. La normalisation est faite.

RFI : Alors tout de même la réconciliation... c’est pas facile neuf mois après.

A.O. : Je suis d’accord c’est pas facile mais ce n'est pas de notre fait.

RFI : La question que beaucoup se posent en Côte d’Ivoire et à l’extérieur, est la suivante : la justice sera-t-elle impartiale et passera-t-elle aussi pour les anciens chefs rebelles des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) qui ont commis des crimes ?

A.O. : Il n’y aura pas d’impunité. Traitement égal de tous les citoyens. Nous avons mis en place une commission nationale d’enquête qui finira son travail, j’espère en fin février-début mars. A l’issue de cela, le rapport sera transmis à qui de droit et les juges pourront appeler devant les tribunaux ceux qui ont commis des crimes.

RFI : Y compris éventuellement ceux qu’on appelle les « com zones », les anciens chefs rebelle ?

A.O. : Mais bien entendu mais pourquoi voulez vous qu’il y ait des exceptions et pourquoi vous voulez les indexer a priori ?

RFI : il y a eu Douéké quand même ?

A.O. : Ah oui, il y a eu Douéké mais attention ! Douéké c’était un problème ethnique, c’était un problème foncier, c’était donc pendant la guerre. Moi, je ne veux pas prendre parti. Attendons de voir le rapport de la commission nationale d’enquête et au vu de ce rapport, les juges se prononceront.

France 24 : vous avez dit pourquoi elle ne ferait pas son travail en toute indépendance et en toute équité ? Peut être parce que, on se dit qu’il y a peut être une dette que vous avez contracté auprès de gens de ces forces militaires. Est-ce que vous êtes totalement libre vis-à-vis d’elles ?

A.O. : Je considère que nous avons une armée réunifiée. Nous avons fait en sorte que les forces [ex-rebelles, NDLR] soient intégrées. Vous savez les forces dont vous parlez, les commandants de zones dont vous parlez, ne sont qu’une vingtaine sur plus de 500 responsables de l’armée.

RFI : Il y a deux mois vous avez reçu le procureur Moreno Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI). Si demain un certain nombre d‘officiers de l’ex-armée Gbagbo ou des ex-FRCI sont inculpés, seront-ils jugés en Côte d’Ivoire ou à La Haye à la CPI ?

A.O. : Non c’est une question que nous continuons d’examiner alors je préfère que la justice soit rendue en Côte d’Ivoire [Laurent Gbagbo a été transféré le 30 novembre 2011 à La Haye, pour être jugé devant la CPI, NDLR]. Si dans quelques semaines, dans quelques mois, nous en avons les moyens, nous préférons juger les autres en Côte d’Ivoire.

France 24 : Les élections législatives n’ont pas été un vrai succès puisque l’opposition n’y a pas participé ?

A.O. : Attention, monsieur Attal ! Le vote n’est pas obligatoire et le fait qu’un parti politique n’a pas participé à des élections, ne rend pas l’élection illégitime.

France 24 : Mais ce n’est pas une déception quand même pour vous ?

A.O. : Non, mais attention les taux de participation aux élections législatives de 2011 sont largement supérieurs au taux des élections législatives de 2000.

RFI : Mais tout de même monsieur le président, le Rassemblement des houpouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) maintenant est hégémonique à l’Assemblée nationale, comment allez-vous faire pour réconcilier les Ivoiriens ?

A.O. : Mais je continue de leur tendre la main ! J’ai proposé au FPI [ Front populaire ivoirien, parti de l'ex-président Laurent Gbagbo, NDLR] de venir au gouvernement. Ils ont hésité. Ensuite, ils n’ont pas accepté. Je leur ai demandé de venir aux législatives, j’ai fais cas des erreurs commises en son temps par mon propre parti de ne pas participer aux élections législatives. Là encore, ils ont opté de ne pas participer. Je souhaite que le FPI participe aux prochaines élections, les élections locales, c’est-à-dire les élections municipales, les élections régionales. C’est important pour la vie démocratique en Côte d’Ivoire. Je suis déçu personnellement du fait qu’ils n’aient pas participé aux élections législatives, mais donnons du temps au temps.

RFI : A l’issue de ces élections, vous allez former un nouveau gouvernement, Guillaume Soro restera-t-il votre Premier ministre ?

A.O. : Une chose est certaine, le président du Parlement sera du RDF [Rassemblement des républicains, parti du président Alassane Ouattara, NDLR] puisque le RDR a la majorité au Parlement. Maintenant en ce qui concerne Guillaume Soro, l’actuel Premier ministre, nous en parlerons avec le président Henri Konan Bédié. Nous prendrons la décision qui sera dans le meilleur intérêt de la Côte d’Ivoire.

RFI : Il y a un an avant le deuxième tour de la présidentielle, vous avez promis au président Bédié que le prochain Premier ministre serait PDCI [Parti démocratique de Côte d’Ivoire, NDLR].

A.O. : Oui, oui tout à fait

RFI : Et aujourd’hui dans le parti du président Bédié on s’impatiente.

A.O. : Ah bon ? Ben, écoutez... moi je discute avec le président Bédié. Je n’ai pas vu les signes d’impatience.

RFI : À la base du PDCI, vous savez très bien que ça s’impatiente.

A.O. : Mais monsieur Boisbouvier, c’est avec le président Bédié que je vais discuter de cette question.

RFI : Vous parliez du perchoir [poste du président de l'Assemblée nationale, NDLR] pour le RDR, est ce qu’éventuellement le perchoir pourrait revenir à Guillaume Soro ?

A.O. : Oui. Mais si le président Bédié et moi, nous considérons qu’il faudrait passer à une telle étape nous pourrions le faire. Mais le président du Parlement sera du Rassemblement des républicains

RFI : Dans trois mois les Français vont voter, l’élection s’annonce très serrée pourquoi ne profitez-vous pas de cette visite à Paris pour rencontrer par exemple, François Hollande ou François Bayrou ?

A.O. : Ce n’est pas à moi d’établir le calendrier de ma visite. Dans une visite d’État, on se soumet au calendrier des autorités qui vous invitent.

RFI : Les socialistes français ont longtemps soutenu votre adversaire Laurent Gbagbo. Avez-vous des rapports difficiles avec eux ?

A.O. : Non, point du tout. Je ne suis pas sûr que les socialistes ont longtemps soutenu Laurent Gbagbo. Ces dernières années, je me souviens des déclarations des uns et des autres indiquant que Laurent Gbagbo était infréquentable.

RFI : Vous communiquez avec François Hollande malgré tout ?

A.O. : Je préfère sortir de ce chapitre s’il vous plaît. Je ne veux pas me mêler de la politique française.

Par RFI / France 24