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Algérie: limogeage du puissant chef des renseignements militaires

le 14 Septembre 2015 à 10:58 | Lu 230 fois

Algérie: limogeage du puissant chef des renseignements militaires

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a mis fin dimanche aux fonctions du puissant patron des services de renseignements militaires, le général Toufik, confirmant sa domination totale sur l'armée considérée jusqu'à présent comme la détentrice du pouvoir réel dans le pays.

Le chef de l'Etat algérien a nommé à sa place son propre conseiller à la sécurité, le général Athmane Tartag dit Bachir, qui fut longtemps le numéro 2 du DRS (Département du renseignement et de la sécurité), selon un communiqué de la présidence.

M. Bouteflika "a mis fin ce jour aux fonctions de chef du Département du renseignement et de la sécurité, exercées par le général de corps d'armée, Mohamed Mediene, admis à la retraite", précise le communiqué.

Le général Mohamed Médiene, dit Toufik, 76 ans, dirigeait le DRS depuis 25 ans.

Durant ce temps, il a vu passer cinq chefs d'Etat et une dizaine de chefs de gouvernement, apparaissant aux yeux des observateurs comme le "faiseur de rois" en Algérie. Certains allaient jusqu'à l'appeler "rab dzayer" (le Dieu de l'Algérie).

Jusqu'à ce dimanche, il était le dernier chef militaire en activité parmi le collège des généraux qui ont fait appel à M. Bouteflika en 1999 pour diriger l'Algérie et redorer son image ternie par une décennie de guerre civile.

- Jamais apparu en public -

Le général Toufik était aussi le dernier des chefs militaire à avoir barré en 1992 la route du pouvoir aux islamistes du Front islamique du salut (FIS), après leur victoire aux premières législatives pluralistes de l'histoire du pays.

Après l'annulation de leur victoire, les islamistes ont lancé une insurrection armée qui a fait 200.000 morts dans les années 90.

Lors de cette période, le DRS a étendu ses pouvoirs et son chef, jamais apparu en public, était devenu l'homme le plus puissant du pays.

Dimanche, pour la première fois, sa photo s'est affichée à la une d'un journal. En-Nahar le montre habillé en costume et cravate, les yeux dissimulés derrière des lunettes de soleil.

Son remplaçant, le général Bachir, fut l'un de ses principaux adjoints durant la décennie de guerre civile dans les années 90.

Ecarté au début des années 2000 au moment de la mise en oeuvre de la politique de réconciliation nationale du président Bouteflika, cet ingénieur de formation a été ensuite rappelé après une série d'attentats spectaculaires, dont une tentative d'assassinat du chef de l'Etat en 2007.

- Soutien tiède à Bouteflika -

Nommé en décembre 2011 à la tête de la Direction de la sécurité intérieure, le service du contre-espionnage, le général Tartag avait été mis à la retraite en septembre 2013, avant d'être appelé à la présidence.

Avec le départ du général Toufik, le chef de l'Etat assoit totalement sa domination sur l'armée considérée comme la détentrice réelle du pouvoir dans le pays.

Depuis fin juillet, le président Bouteflika a effectué de nombreux changements à la tête de l'armée et des services de sécurité. Le dernier en date, avant le départ du général Toufik, avait touché vendredi le patron de la gendarmerie, le général Ahmed Boustila, admis à la retraite.

Les changements ont en réalité commencé fin 2013 alors que planait le doute sur un quatrième mandat de M. Bouteflika, à la santé fragile, finalement conquis en avril 2014.

Soupçonnant le général Toufik d'un soutien tiède, le chef de l'Etat a entrepris d'affaiblir le DRS, en lui ôtant de nombreuse prérogatives, avant de mettre dimanche son chef à la retraite.

M. Bouteflika avait averti dès 1999 qu'il ne serait pas un "trois quarts de président" en réponse à des questions sur une éventuelle "ligne rouge" tracée par les généraux.

Progressivement, il a instauré un régime présidentiel fort, promulguant en 2006 une loi sur le personnel militaire qui lui permet de mettre à la retraite ou de garder qui il veut au sein du commandement militaire.

En 2008, il avait fait sauter le verrou constitutionnel qui lui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels.

Afp