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Amadou Lamine Sall, poète: "Wade aura plus détruit qu'il n'a construit"

Le Populaire, votre journal, en collaboration avec l’Observatoire de la Musique et des Arts, ouvre cette rubrique périodique d’entretiens avec des figures du monde de la culture avec Amadou Lamine Sall. Le poète, Président de la maison africaine de la poésie internationale-mapi- Lauréat des Grands Prix de l’Académie française répond à nos questions, avec cette générosité intellectuelle qu’on lui connaît et qui, chez lui, s’allie merveilleusement bien avec ce courage de ses idées auquel il nous a habitué. De lui-même, du nouveau ministre de la Culture, du nouveau pouvoir, comme de l’ancien, ALS parle sans détour, ainsi que des grands projets culturels dont il rêve pour son pays et le monde, sans oublier la Francophonie qu’il chérit. Le poète avec pénétration, lucidité et sagesse dit sa vérité. Entretien.


Rédigé par leral.net le Jeudi 23 Août 2012 à 14:31 | | 4 commentaire(s)|

Amadou Lamine Sall, poète: "Wade aura plus détruit qu'il n'a construit"
Pour ceux qui ne vous connaissent pas, qui est Amadou Lamine Sall ?

Amadou Lamine Sall est un enfant de Kaolack, ville martyr des politiciens. ALS est, plus communément, identifié comme poète, fils et disciple irréductible de Senghor. Disons que je tente d'être poète, car c'est si redoutable de se proclamer poète ou écrivain. Il faut plus d'une vie pour arriver au sommet de la montagne et c’est au sommet de la montagne disait le poète, que l’on commence enfin à monter. Comme fonctionnaire, j’ai occupé les fonctions de Secrétaire général de la Biennale des lettres et des arts devenue plus tard la Biennale de l’Art africain contemporain. Mon dernier poste est celui de Commissaire général à la réalisation du Projet du Mémorial de Gorée. Un projetqui m’a bouffé la vie, ou presque !

Parlez-nous du Mémorial de Gorée…

Le Mémorial de Gorée est un projet historique porté depuis de très longues années par le Sénégal en partenariat avec l'Unesco. Toute la communauté noire, à travers le monde, lui témoigne un attachement, une attention particulière. Nombre de grandes instances africaines et internationales ont voté des résolutions pour soutenir sa réalisation au regard de ce qu'il symbolise. Je peux citer l'Union africaine, la Francophonie, l'ONU, l'Unesco et tant d'autres. C'est un projet unique par sa philosophie et sa symbolique. Un projet qui honore le Sénégal, car c'est ici, au Sénégal, que la communauté internationale toute entière a souhaité voir se réaliser le Mémorial de Gorée. C'est ici, chez nous, en effet que se trouve l'île de Gorée et le Mémorial de Gorée a justement pour vocation de servir le développement intégral de l'île, une île résolument menacée par l'érosion marine, la vétusté des habitats, la montée des océans. Une étude que nous avons menée chiffre à plus d'un milliard par an les recettes que vont générer les infrastructures du Mémorial. Nous aurons ainsi un monument qui répond à la fois à une exigence culturelle en même temps qu'il va générer des fonds qui, sur le plan économique, vont bouster le développement de l'île de Gorée. Nous devrions l'inaugurer en 2005 si l'ancien président de la République n'avait pas décidé de le mettre dans un trou au profit de son monument de la Renaissance, un monument qui nous donne la plus remarquable et la plus éclatante manifestation de la vanité et de la décadence d'une mentalité princière qui a dénaturé ce qui devait être une grande oeuvre artistique de l'histoire africaine. Cet homme politique aura finalement beaucoup plus détruit qu'il n'a construit, même s’il reste difficile de n’avoir pas eu pour lui, un jour, une admiration même mitigée et souvent vite déçue. Le Mémorial de Gorée se fera. Le Président Macky Sall vient d'être solidement informé, par son ministre en charge de la Culture et du Tourisme Youssou Ndour, des suites heureuses qui sont en train de se nouer autour du projet qui a trouvé 12 millions d'euros pour sa prochaine réalisation. L'État du Sénégal n'y mettra pas un franc, ce qui le crispera moins dans cette période budgétaire difficile. D'ailleurs, je vous apprends, le destin l'a voulu ainsi, que l'actuel ministre, Youssou NDOUR, nommé ambassadeur du Projet du Mémorial de Gorée dans les années 90, va conduire, sous sa tutelle, la prochaine mise en oeuvre du projet. Un des projets culturels et économiques parmi les plus sûrs, les plus solides, les plus durables de la magistrature du Président Macky Sall.

Vous avez récemment pris part au forum mondial de la langue française. Que peut-on retenir de votre participation ?

J'ai été invité au 1er Forum mondial de la langue française à Québec, par l'Organisation Internationale de la Francophonie. C'est un Forum co-organisé par l'OIF et le Gouvernement du Québec. Ce fut incontestablement une heureuse initiative du Secrétaire Général Abdou Diouf et une inoubliable réussite. Plus de mille participants ont pris part à ce grand rassemblement des locuteurs de la langue française. Pour ma part, j'ai été désigné pour faire une déclaration d'amour à la langue française. Je l'ai faite devant des milliers de participants. Ce fut un moment très fort et très émouvant. Cependant, ce Forum a été une irremplaçable tribune pour dire tout le mécontentement, disons notre rage et notre révolte de voir les francophones du Sud, ceux là mêmes qui portent majoritairement la langue française et la nourrissent, être humiliés et privés de visa pour circuler dans l'espace francophone. D'ailleurs, cela a été la revendication prioritaire retenue par le Forum dans sa Résolution finale. Celle-ci sera défendue au prochain Sommet des Chefs d'État de la Francophonie à Kinshasa, en octobre prochain, si le Sommet arrivait à se tenir. Il est temps de mettre les points sur les i pour que le pays minoritaire dans la Francophonie, la France, sache que nous ne sommes plus, nous du
Sud, locataires de la langue française, mais copropriétaires. Par ailleurs, j'ai eu à coeur de défendre les langues nationales africaines, car elles sont co-substantielles au français. J'ai toujours dit et pensé que nos langues nationales ont produit et révélé plus de grands écrivains que ceux d'expression française et que nous devrions penser à traduire ses poètes et écrivains en français. La traduction doit prendre une place importante dans la politique de promotion et de diffusion de nos oeuvres en français et en langues nationales. Un Sénégalais m'a offert, il y a de cela un an, un livre des poèmes en wolof du légendaire Cheikh Moussa KA. J'ai eu du mal à comprendre comment un Hal Poular était-il parvenu à maitriser de cette manière la langue wolof ! Ce fut un choc, tellement l'oeuvre est incommensurable et d'une beauté sans nom. J'ai décidé, pour mon plaisir, de traduire les poèmes de Serigne Moussa Ka vers le français. J'avoue que je prends une semaine pour traduire deux ou trois vers. C'est un exercice de tous les sens. Je ne suis pas pressé. Je prendrais des années de ma vie pour les traduire, car en retour j'apprends et j’apprends beaucoup. C'est une véritable école pour moi. Les leçons à tirer du Forum mondial de la langue française tenu à Québec se résument en cet engagement ferme de changer le mode de vie et de pratique de la Francophonie en une Francophonie de terrain et des peuples.

Comment voyez-vous l’avenir de la langue française au Sénégal et dans le monde ?

L'avenir de la langue française est dans les statistiques chiffrées et révélées ces dernières années. Ainsi en 2025, nous aurons près de 600 millions de locuteurs francophones dans les pays du Sud et un peu plus de 200 millions dans les pays du Nord. Conclusion: l'avenir de la langue française est au Sud. Nous assistons à une énorme frustration aujourd'hui au Sud, car on nous refuse de circuler dans l'espace francophone, là où nous sommes majoritaires, là où le français rayonne encore. Déjà, beaucoup de jeunes ont déserté la destination France pour les États-Unis et le Canada. Il ne faut pas sous estimer cette tendance. Elle ira s'agrandissant si la France politique refuse de grandir,
si elle garde son esprit de rejet et de suspicion. Ce ne sont pas tous les Africains qui sont candidats à l'immigration. De moins en moins ils partent, car ils comprennent de plus en plus que l’avenir est en Afrique, chez eux, une Afrique qui marque des points d’année en année dans son taux de croissance. Un pays comme les États-Unis délivrent sans grimaces des visas pour cinq, dix ans avec une clause obligatoire intelligente et consensuelle: sortir du territoire américain au bout de quelques mois, afin de pouvoir encore y être admis. Il peut arriver que nos «cousins» français, dont les consulats sont de terribles commissariats de police administrative, vous délivrent un visa de sept jours. Le rejet de la langue française n'est rien d'autre que le rejet de la politique d'arrogance de la France des politiques, plus insupportable avec la droite française ces dernières années de diète. On attend bientôt de voir avec la gauche ! La langue française est belle mais la France n'est pas toujours belle! Le peuple français est un grand peuple. La France profonde est accueillante. Ce sont certaines élites politiques françaises qui posent problème! C'est cette minorité instruite mais souvent sans culture et sans esprit d’ouverture qui mène la France sur ces chemins de ségrégation que sa grandeur et son histoire devraient lui interdire. Je suis fier d’être un poète de langue française, car cette langue n’est plus pour moi une langue étrangère. Elle est mienne, nous en sommes désormais fortement copropriétaires. Une fois encore, si des écrivains et des intellectuels ont
pris résolument la défense et la pratique de nos langues nationales, c’est que non seulement ils y croient, mais ils sont meurtris plus encore par l’attitude humiliante et arrogante d’une certaine France. C’est pour cette raison, que lors d’une table ronde au Forum de Québec, quand une grande écrivaine québécoise a dit que dans son pays la langue française était une langue de résistance, j’ai répondu que chez nous, au Sénégal, la résistance était plutôt dans l’utilisation de nos langues nationales. Presque par dépit. Mais aussi loin que l'on pourra regarder, la langue française ne disparaîtra pas du paysage linguistique mondial.

Le niveau des élèves en français baisse d’année en année, cela est dû à quoi ?

Comment le niveau des élèves ne baisserait-il pas en français si le niveau de ceux qui sont censés leur apporter la connaissance a chuté depuis belle lurette ? S'il arrive même que le maître soit corrigé par l'élève, où est l'honneur ? Si l'enseignant s'exprime en classe plus en wolof qu'en français, où est la déontologie? Si le français de l'enseignant est à l'extrême «wolofisé», où est la rigueur ? Si l'enseignant lui-même ne cherche à se valoriser que par le gain, où est le culte de la profession ? Le mal est profond. Mieux: terrifiant. L'école sénégalaise s'est effrayamment dégradée en dehors même de la langue française. Cela est à la fois dû à l'État laxiste et à des enseignants aliénés à des syndicats à la carte. De même que l'idée fait son chemin de revenir dans la Constitution sénégalaise à un nombre raisonnable de partis politiques, de même il faudra réfléchir à limiter le nombre de syndicats dans l'enseignement. La baisse du niveau du français n'est que l'arbre qui cache la forêt. Et la forêt est devenue presque une jungle impénétrable. Même Dieu a du mal à y reconnaître ses propres créatures! Il nous faut revenir à l’autorité de l’État, au culte de l'excellence, à l'éthique, à la rigueur mais aussi à l'équité, la justice sociale, la récompense du mérite, la reconnaissance du sacrifice consenti.

Quelle appréciation faites- vous de la situation actuelle de la culture au Sénégal ?

La situation actuelle de la culture sera inséparable des choix de la politique culturelle de l'État avec l'arrivée d'un nouvel attelage au pouvoir. Cependant, il existe un préalable: que ceux qui se réclament du champ culturel, dans toutes les disciplines littéraires et artistiques confondues, commencent par se demander eux-mêmes si c'est l'État qui inspire et guide leurs créations ou si ce qui les fonde comme créateurs est en eux, nourris par leur talent, leur génie reconnu et consacré de par le monde. Il s’y ajoute que le premier respect pour l’artiste est de protéger sa propre liberté. L’artiste peut il et doit-il être indépendant de l’État ? Je pense que oui. Mais c’est à l’État de s’organiser pour que les biens de l’artiste soient sauvegardés. Voilà la grande problématique en face de laquelle se retrouvent créateurs, artistes et État. En d’autres termes, est-ce que c'est le ministère de la Culture qui a donné au monde Djibril Diop Mambéti, Cheikh Hamidou Kane, Ibou Diouf, Diouma Dieng Diakhaté, Ousmane Sow, Ismaël Lô, Baba Maal, Youssou Ndour ? Ce sont les créateurs et artistes qui donnent du prestige à leur pays par la beauté, la grandeur, la crédibilité de leurs créations et de leur engagement citoyen. Pour moi, les artistes et créateurs ne viennent jamais les mains vides. Nous devons établir un partenariat avec l'État et non tout attendre de lui, même si dans nos pays aux économies exsangues, l'État a le
devoir d'être en première ligne et de bien partager nos maigres ressources. L'État ne peut pas tout faire et ne doit pas tout faire. Le ministère en charge de la Culture est un accompagnateur, un découvreur, un révélateur et non un producteur de culture. Le ministre qui en est l'inspirateur trace la route. Les fonctionnaires qui l'assistent la balise. A chaque artiste et créateur d'apporter sa part de bitume. La culture est gérée et non produite par le ministère de la Culture. Mais ce dernier peut constituer un formidable levier en maillant le pays d'infrastructures solides indispensables à l'épanouissement des créateurs, à la promotion et à la diffusion de leurs produits. Il est démodé de faire des comparaisons entre Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et maintenant Macky Sall. Mais on peut dire que Senghor incarnait la culture au sens large. Abdou Diouf en avait le respect. Abdoulaye Wade en avait un complexe fondateur. Il nous laisse cependant deux infrastructures majeures: la Place du Souvenir et le Grand théâtre. Ce dernier doit être protégé du folklore ambiant. Il doit être un lieu d’excellence, un lieu qui nourrit et forme l’esprit. Wade nous a laissés une forte dotation du Fonds d'Aide à l'édition de prés de 600 millions que les acteurs culturels des pays africains et européens nous envient. Je souhaite que le Président Macky Sall en fasse un acquis dans le budget 2013, malgré la crise budgétaire où l'État vient forcément vers nous avec le sourire aux lèvres et l'argent au fin fond de la poche. Mais c'est pour la bonne cause au regard du désastre budgétaire laissé en héritage.

Qu’attendez-vous du régime de Macky sur le plan culturel ?

Sur le plan culturel, le Président Macky Sall fera forcément la part des choses entre ce qui est utile et ce qui est nécessaire, car l'heure est à l'austérité budgétaire, ce qui ne veut pas dire que la culture sera le parent pauvre des autres secteurs. Il faudra aller à ce qui est prioritaire et qui ne peut attendre. Il se trouve que la culture est un domaine de priorité, car c'est lui, le premier, qui nous distingue des autres depuis l'indépendance, qui est notre miroir, qui est le fondement de notre identité, de notre respect par les autres. «C'est par la culture que l'on reconnaît son passé et que l'on bâtit son présent et son futur». Le domaine culturel s'impose à tous les Chefs d'État sénégalais. Un Président qui minore la culture se minore lui-même. C'est un lieu privilégié d'affirmation, d’ouverture et de grandeur d'un homme politique. Il est le plus durable, le moins périssable. Macky Sall n'en sera pas le rempart d'argile. Le Président sait que le Sénégal est un pays condamné à faire la politique de sa géographie, c'est-à-dire un pays désormais classé, reconnu, aimé et respecté pour sa créativité culturelle, littéraire, artistique et pour son dynamisme démocratique. Nous n’oublions pas, et cela a été signalé par des experts, que «la culture est devenue un secteur à haute valeur
ajoutée. Créatrice d’emplois, elle est aussi une activité génératrice de revenus. Elle devient progressivement un des leviers essentiels du développement économique». Je suis sûr que le Président Sall ne nous refusera ni ses faveurs ni ses promesses de faire davantage pour la culture, les lettres et les arts. Son Chancelier à la Culture, je veux nommer le ministre Youssou Ndour, est déjà une rassurante et audacieuse rupture. Et moi j'aime les ruptures parce qu'elles sont fondatrices!


Youssou Ndour comme ministre de la Culture, comment avez- vous accueilli cette nomination ?

La transition est toute faite. Je crois que les ruptures sont porteuses d'audace, d'oxygène, de créativité, de renouveau. Youssou Ndour était déjà notre meilleure vitrine sur le monde, au regard de son propre cheminement artistique qui inspire le respect et l'admiration. Son mérite est énorme. Sa place n'est pas usurpée. Pour moi, comme ministre en charge de la Culture, il a donné du relief au Gouvernement de Macky Sall. J'ai le privilège de beaucoup voyager et je puis affirmer que Youssou, à ce poste, nous apporte de l'air frais et une motivation de vivre et de réussir une belle aventure avec un artiste de première classe. On redevient, à l'étranger, fier d'être sénégalais! Bien sûr, on trouve partout des détracteurs, mais cela aide à aller de l'avant. La critique est nécessaire, constructive pour celui qui la reçoit et qui l'accepte. Youssou doit l'avoir appris depuis fort longtemps dans une arène qui ne pardonne pas. Notre ministre de la Culture et du Tourisme est une belle page pour le Sénégal. En travaillant avec lui, en l'écoutant, j'ai découvert un homme bien debout en lui, un chef lucide, serein, pragmatique, attentif, alerte et qui sait trancher avec tact et autorité. Youssou possède un côté fort séduisant : il repense tout au profit des Sénégalais d’abord. C’est un patriotisme qui me touche. C’est un artiste qui sait ce qu’il représente et il est devenu très vite un homme d’Etat avisé. S’il dure à la tête de son département, et je le lui souhaite, il surprendra. Et puis, il a beaucoup appris du redoutable secteur privé d'où il vient et où il s’est accompli lui-même. Cette expérience va beaucoup lui servir. La Culture et le secteur du Tourisme ont justement besoin de faire le lien privépublic. J'ai fini par croire que l'État doit confier au secteur privé la gérance de certains de ses biens et patrimoine et bénéficier ainsi de fortes ressources financières additionnelles. Ce qui lui éviterait des investissements budgétaires lourds là où le secteur privé pourrait se substituer à lui et lui apporter de l'argent frais dans un partenariat gagnant-gagnant. Youssou Ndour est l'homme de ce nouveau temps de la Culture et d'un État enfin débarrassé de ses noeuds et de sa foule de braves fonctionnaires prudents, jaloux de leur espace de pouvoir et limités par une pratique administration captive d'un État providence souvent sans imagination et sans audace, n’ayant comme horizon que la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire international, l’emprunt obligataire, l'Aide au développement de pays du Nord plus endettés que nous et croulant sous le chômage et les suicides. Oui, Youssou Ndour est un beau pari ! Il ouvre de nouveaux champs de possibilités à la Culture par des modes opératoires modernes, innovantes. Cela ne plaira pas à tout le monde, mais tant pis pour les retardataires !

Le BSDA est-il, selon vous, une structure représentative de l’ensemble des acteurs culturels du Sénégal ?

C’est une question complexe. Ce qui est sûr, cependant, c’est que cette structure a fait son temps et que quelque chose d’autre doit être mis en place avec plus d’efficacité et de visibilité. Je n’ai pas étudié en profondeur la nouvelle structure en attente d’être opérationnelle. Si sa mouture a été discutée par le plus grand nombre des créateurs et acteurs culturels, c’est déjà une bonne démarche. Tout doit découler d’un consensus. Tout doit être soumis autant que faire se peut à ceux-là mêmes qui sont les premiers intéressés : les artistes et créateurs. Nous devons aller
chercher chez les autres la meilleure formule possible et l’adapter à nos réalités. Mon intime conviction est qu’il est temps d’avancer. Je ne crois pas, par contre, que le BSDA ait représenté l’ensemble des acteurs culturels du Sénégal, même si cela était inscrit dans ses missions, encore qu’il faille définir ce que vous nommez «acteurs culturels». Il est évident pour moi que le BSDA n’avait à défendre que des créateurs, c'est-à-dire des producteurs d’oeuvres de beauté, au sens large. Il existe des acteurs culturels qui ne sont pas des créateurs d’oeuvres comme un écrivain,
un musicien, un plasticien, un photographe, un cinéaste. Le BSDA n’a pas à défendre un conseiller culturel, un animateur culturel, un professeur d’art. J’espère que nous nous comprenons bien, car c’est important.

Certains soutiennent qu’il faut dissoudre le BSDA et mettre à sa place la Société de Gestion Collective des Droits d’Auteur. Qu’en pensez-vous ?

Il s’agit donc bien, comme vous le dites, d’une nouvelle société dénommée «Société de Gestion Collective des Droits d’Auteur». Tant mieux si elle pourra remplacer plus efficacement le BSDA, l’essentiel étant de rendre à Samba ce qui appartient à Samba. Nous jugerons sur pièce de son efficacité et de sa différence de résultats avec le BSDA. Mais prenons le temps de voir si la nouvelle structure remplira sa mission, tels que son fonctionnement et ses missions ont été pensés et conçus. Le moment venu, ce sera d’abord aux artistes eux-mêmes, les premiers, de faire
le bilan. Voilà pourquoi l’opportunité de l’arrivée de Youssou Ndour au ministère en charge de la Culture est heureuse, car lui-même s’était résolument impliqué dans un changement total du BSDA avant d’arriver aux commandes comme chef des «armées» de la Culture.

L’artiste vit-il de son art au Sénégal ? Qu’en est- il de son fameux statut dont on parle depuis des années ?

C’est la même question toujours et toujours. La question n’est pas «est-ce que l’artiste doit vivre de son art ?». Il vit forcément de son art si celui-ci, par sa qualité et la dimension de sa résonance, atteint un haut degré de diffusion et de performance commerciale. Par contre, si l’artiste n’est qu’un artiste du dimanche avec des produits relativement médiocres et sans rayonnement, comment voulez-vous qu’il vive de cet art là ? Nous devons aussi être lucides et courageux. Que représente le seul et rachitique marché sénégalais en capacité d’absorption des tirages de vente
de cassettes avec le crime que constitue le piratage ? Presque rien. L’expérience que je tire de l’édition des livres vous donne une exacte idée de ce que peut gagner un écrivain sur le marché sénégalais. Un roman, un recueil de poèmes, une pièce de théâtre, un essai, un recueil de nouvelles, tiré à mille exemplaires et vendu à 2500F, avec un taux de droits d’auteur de 10%, rapporte à celui-ci 250F l’exemplaire vendu. Si l’éditeur arrive à écouler les mille exemplaires -ce qu’il arrive à faire avec un livre sur mille -l’auteur percevra alors au total des droits d’auteurs de 250.000F. Que peut-on véritablement réaliser avec 250.000F ? Et ce qui se passe justement en moyenne, c’est que le plus grand nombre des oeuvres publiées reste invendu. C’est un miracle si l’éditeur vend cinq exemplaires par an d’un ouvrage ordinaire. Les libraires de la place de Dakar rechignent à distribuer des oeuvres que personne ne vient acheter et qui encombrent leurs rayons. C’est pour cette raison que, désormais, certains éditeurs exigent de leurs auteurs de financer eux-mêmes la production de leur oeuvre. Il y a là moins de risque pour l’éditeur et dans l’investissement et dans le stockage. Les Sénégalais dans leur écrasante majorité ne lisent pas. Ce sont plutôt des brouteurs d’écran ! La télévision et l’Internet ont résolument pris le dessus. Les musiciens non plus ne font plus fortune, sauf les plus organisés avec des réseaux européens de distribution.

Ceux qui rêvent d’être riches de leurs produits ont raison de rêver mais ils déchantent vite au regard de la cruelle réalité du marché. Oui, on doit vivre de son art, car tout art a son prix mais lequel et qui en veut ?

Quant au statut de l’artiste, là aussi il faut aller voir ce qui s’est fait de mieux dans le monde et nous l’appliquer selon nos propres réalités. Ne nous fâchons pas, mais au Sénégal il faudra bien séparer la bonne monnaie de la mauvaise. Nous assistons sur la scène sénégalaise à des embouteillages risibles, car finalement tout le monde se dit artiste. On peut être libre d’être ce que l’on veut, mais toute profession a une validation selon des normes internationales bien établies. Là aussi, Youssou Ndour a du boulot, car c’est son département qui a en charge ce lourd, polémique et difficile dossier d’identification.

Que suggérez-vous pour une meilleure prise en charge des artistes sénégalais ?

Une fois encore, nous ne pouvons pas tout attendre de l’État. Ce qu’il faudrait pour apaiser le climat de suspicion des artistes vis-à-vis du ministère de la Culture -et cette suspicion est fondée quand on sait comment ont été dilapidés certains Fonds liés à la Culture avec l’ancien régime- c’est de mettre en place une vraie politique de communication qui pourrait être celle-ci : par des communiqués dans la presse, à grande échelle, faire connaître aux créateurs et acteurs culturels les Fonds publics mis à leur disposition et les modalités d’y accéder. Une sélection se fera sur dossier en proportion du montant global des fonds disponibles. Cette nouveauté dans la transparence budgétaire éviterait au département de la Culture des soupçons infondés. En tout état de cause, je sais qu’avec Youssou Ndour les données vont changer. Il faudrait également penser mettre en place des partenariats public-privé, comme la fameuse loi sur le mécénat qui jusqu’ici a manqué de volonté politique et d’autorité pour aboutir, afin que l’État ne soit plus le seul à veiller sur le sort des artistes. Enfin, ce sort des artistes doit avant tout être entre les mains des artistes eux-mêmes. C’est à ce prix aussi qu’est leur liberté, cette liberté qu’ils clament et qui est l’oxygène de tout artiste qui se respecte. Une fois encore et je le répète, c’est à l’État d’agir comme facilitateur, comme découvreur, comme accompagnateur. Je souhaite que le ministre Youssou Ndour puisse signer un protocole de partenariat financier avec la mairie de Dakar pour des commandes artistiques annuelles. Ainsi, les oeuvres de nos sculpteurs pourraient orner les places publiques de la capitale et des capitales régionales. Une collection de valeur des oeuvres de nos artistes plasticiens, photographes, designers pourraient remplir d’année en année notre musée d’art contemporain de la gare de Dakar. La nouvelle maison du livre africain dont Youssou Ndour a reçu la maquette accueillera nos écrivains, poètes, essayistes. D’autres idées naîtront comme un grand festival des musiques noires à Dakar. Youssou nous doit cela pour ce qu’il représente ! Certains projets fondamentaux devront aboutir : le Musée d’Art contemporain, la Bibliothèque nationale jumelée aux Archives nationales
en un seul projet, l’Ecole d’Architecture ; Voyez-vous, nous avons de l’ambition pour notre pays, pour son nouveau Président, son ministre en charge de la Culture. Prenons le temps de bâtir tout cela en utilisant le moins possible les caisses de l’État, car c’est cela aussi notre pari : démontrer que nous sommes crédibles, déterminés, aptes à drainer des crédits privés sans remboursement pour un pays qui le mérite !

Le Populaire



1.Posté par Attaques ciblées le 24/08/2012 08:35 | Alerter
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tu mens mr sall! imposteur va!

2.Posté par lebou le 24/08/2012 16:44 | Alerter
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tu nas meme pas honte mr sall vraiment tu ne merites pas detre poete dans la mesure ou toue tes rimes sont de pures mensonges

3.Posté par Mafall le 30/08/2012 12:31 | Alerter
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Vraiment celui là ne fermera jamais sa grosse gueule. Il dit toujours la même chose avec des mots différents à tous les ministres de la culture du Sénégal. Là, il recommence sans honte avec You et le chante comme son griot. Hélas!

4.Posté par la romancière le 27/09/2012 12:02 | Alerter
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Je suis vraiment triste pour Lamine Sall! Il n'a pas honte de chanter ainsi le ministre de la culture? Il est prêt pour réaliser le mémorial de Gorée ou voyager dans les soutes à ,bagages au prix de sa dignité!
Quelle honte vraiment, le pauvre...

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