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Après nous avoir vendu une "gouvernance sobre et vertueuse", le président Macky Sall veut nous livrer une "gouvernance sombre et verbeuse" (Par Elimane Kane Dialagui)


Rédigé par leral.net le Samedi 18 Juin 2016 à 01:07 | | 7 commentaire(s)|

Après nous avoir vendu une "gouvernance sobre et vertueuse", le président Macky Sall veut nous livrer une "gouvernance sombre et verbeuse" (Par Elimane Kane Dialagui)
Après des années d’engagement militant du peuple sénégalais épris de justice, relayé par des dynamiques citoyennes décisives, l’émoi nous envahit au vu et au su des comportements de l’oligarchie politique au pouvoir depuis le 25 Mars 2012.
Le diktat de la tactique politique sur la vie de nos institutions et de l’Etat de droit a fini par transformer la ‘’République’’ en une usurpation des libertés des masses par une horde politicienne sectaire, prédatrice et jouissive qui confisque le pouvoir du peuple à travers des mécanismes et instruments d’accaparement que sont les ‘’partis politiques’’ et un régime politique hyper présidentialiste. Devant l’opportunité récente d’apporter des réformes transformatrices des conditions de cet état de fait, la montagne a accouché d’une souris.
A cet effet, la puissance de la demande citoyenne fortement portée par des mouvements citoyens et des mobilisations populaires est aujourd’hui happée comme une bulle de lessive pour maintenir un système de corruption, de concussion, de prévarication, de népotisme et de clientélisme dans lequel semble finalement se mouvoir le président de la République et son régime. Que dire de plus ou de moins de la décision de mettre un coup d’arrêt a la «traque des biens mal acquis», de tirer en groupe sur le rapport de l’Ofnac qui, par ailleurs est brandi partout comme un trophée de la ‘’bonne gouvernance’’, de mettre sous le coude les dossiers épinglés dans les différents rapports des corps de contrôle,…
Ainsi, après avoir vendu une ‘’gouvernance sobre et vertueuse’’ aux électeurs sénégalais, le président Macky Sall veut nous livrer une gouvernance sombre et verbeuse. La maitrise d’ouvrage citoyenne n’acceptera pas cette arnaque, car la marchandise fut une production collective et périlleuse.
Au vu de tous ces agissements récents et du reniement de ses propres engagements faits au peuple sénégalais, le Président Macky Sall a fini de nous dévoiler ses véritables intentions. Il n’y a plus de doute, il n’est pas l’homme qu’il prétendait être et encore moins l’homme de la situation.
Les Sénégalais ont su résister à des années de gouvernance politique médiocre, endurées de manière stoïque par un peuple très résilient qui continue de garder l’espoir de lendemains meilleurs. Politiquement discipliné, par rapport aux principes de la République à relents de démocratie représentative qui n’admet le pouvoir du ‘’démos’’ que le jour du vote. Même dans l’exercice de ce pouvoir, le peuple manque d’efficacité. Après deux alternances successivement décevantes, nous nous rendons finalement compte que les élections n’ont pas encore la fonction décisive de produire l’alternative politique. D’une alternance à l’autre, nous continuons de vivre les mêmes frasques, les mêmes agressions, les mêmes déceptions, et de manière plus pathologique -car la récidive dans l’erreur devient finalement un grave manquement en soi-, une insuffisance majeure de maturité politique et d’une conséquente rédemption.
De Léopold Senghor à l’actuel président de la République du Sénégal, nous nous sommes embourbés dans une perspective démocratique qui n’est pas une quête de soi d’un peuple qui cherche à progresser, mais plutôt un système qui évolue de manière asymétrique entre les acquis institutionnels (de façade) et les dynamiques profondes aspirant à un pouvoir restitué au peuple réel.

Le problème avec le Président Macky Sall, c’est qu’aussi bien ses options stratégiques que ses décisions de tactique politicienne contribuent à creuser le fossé entre les perspectives d’une République souveraine et démocratique (à laquelle aspire tout peuple qui se respecte) et le maintien dans un système politique oligarchique d’accaparement et de dépendance étrangère inefficace. Dans la même lancée, il adopte une attitude rétrograde, en menant une politique économique extravertie qui nous maintient dans la dépendance chronique de plus en plus accentuée, malgré nos innombrables opportunités et potentialités. Nonobstant tous les pouvoirs qui lui sont conférés par son peuple pour impulser une dynamique plus audacieuse. Il s’agit là de limites objectives. Reste à savoir si c’est par égoïsme et attachement au pouvoir absolu ou par incurie et ignorance du chemin des possibles.

Théoriquement le président semble informé de certaines problématiques sans vraiment en circonscrire les enjeux, car ses réactions sont très souvent en écart, voire en contradiction avec les pistes de solutions appropriées.
Sur les questions économiques, par exemple, il est difficile de comprendre sa position de principal défenseur pour la signature des APE, alors que les études sérieuses sur la question révèlent un diagnostic qui dicterait une position contraire, de l’avis de presque tous les économistes et institutions de recherche et de prospectives (aussi bien la CEA, les centres de recherches sénégalais, ouest africains et panafricains, même l’Union Européenne ont tous produits des rapports démontrant les conséquences désastreuses de ces accords pour les Etats de la CDEAO, avec des recommandations alternatives à l’appui). En juillet 2015, à Addis Abbeba, j’avais croisé le président au Forum pour le financement du développement international, lors duquel il a pris la parole et vigoureusement dénoncé les inégalités et les iniquités qui caractérisent les contrats d’exploitation des ressources minières en Afrique. J’avais applaudi et félicité le Président juste après son discours. Mais j’ai vite déchanté quelques temps après constatant qu’il continuait de rabâcher ses doléances dans plusieurs autres réunions, sans prendre des initiatives majeures. Malheureusement, au lieu d’être conséquent en usant de sa position stratégique de chef d’Etat, président en instance de la CEDEAO (jusque récemment) et coordonnateur du NEPAD pour mobiliser ses pairs et diligenter des politiques économiques concertées et favorables aux intérêts des peuples africains, il a préféré aller faire son plaidoyer au G7 et à l’OCDE... Comment peut-on dénoncer un problème et ensuite se retourner pour chercher les solutions auprès de ceux qui l’ont sciemment instauré pour défendre leurs propres intérêts ? C’est l’allégorie de l’esclave, qui une fois conscient de sa liberté, retourne vers son maitre, au lieu de suivre sa voie.
La récente sortie lors de la dernière conférence des chefs d’Etat de la CDEAO a été aussi décevante sur la question des flux financiers illicites. Dans sa déclaration, le président s’est réduit à encore quémander la coopération de l’OCDE et l’assistance des pays riches pour faire le travail qui incombe aux gouvernements africains qui doivent renforcer leurs administrations fiscales pour arrêter ce vol orchestré de connivence entre les grandes entreprises multinationales et les autorités gouvernementales et judiciaires internationales. C’est sans avoir une lecture perspicace du nouveau paradigme du financement international du développement qui est axé sur la mobilisation des ressources domestiques (donc accélération de l’’exploitation de nos ressources naturelles et la progressivité fiscale dont la forte pression est supportée par les ménages les plus pauvres), tout en réduisant l’aide publique au développement (ce qui est en congruence avec notre demande de plus de souveraineté). Mais dans tout celà, aussi bien l’OCDE, les grandes puissances, la banque mondiale et le FMI et l’ONU n’envisagent pas de solutions radicales contre les fuites fiscales et les stratégies d’optimisation des multinationales qui provoquent une saignée financière dont le montant triplerait toute l’aide publique au développement. Ce qui veut finalement dire que nous sommes les principaux pourvoyeurs des ressources mondiales, mais les règles sont faites de sortes que les plus forts en bénéficient contre nos intérêts. Quel devrait donc être l’attitude d’un chef d’Etat responsable ? Son prédécesseur aurait été plus incisif et entreprenant. Malheureusement de lui, il n’a pas gardé le bon coté du legs!
Finalement, on peut penser que le président Macky Sall travaille contre les intérêts de son peuple pour préserver ses propres intérêts, certainement liés à ceux des prédateurs de nos ressources domestiques. Il faut d’ailleurs comprendre pourquoi sur des questions importantes de stratégie internationale et parfois de souveraineté nationale, le Président et son gouvernement sont toujours conseillés par des experts étrangers et parrainés par des institutions internationales comme l’OIF et le PNUD. Ce complexe institutionnel au détriment des compétences nationales, souvent snobées par leur propre Etat et adoubés par d’autres, est très visible dans la participation des délégations officielles sénégalaises aux différentes rencontres internationales.
L’Affaire de l’exploitation du pétrole n’a pas encore d’épilogue, alors qu’il s’agit là d’un des gisements les plus importants en Afrique de l’ouest. Les dernières sorties du premier ministre et du ministre de l’Energie ne rassurent pas d’une maitrise pointue des enjeux. Au lieu d’anticiper sur une stratégie de maitrise souveraine de l’exploitation de ces ressources, le gouvernement passe son temps à défendre une portion congrue que lui octroi le cadre réglementaire en vigueur qui organise le secteur au lieu de travailler à le renforcer au profit des intérêts nationaux. Au même moment, nos compatriotes étudiants en Russie (pour la plupart, ils suivent des études en géologie, hydrocarbures,…) ont des problèmes de bourses et vivent dans une misère glaciale, alors qu’il faille préparer une masse de compétences scientifiques et technologiques dans ce domaine pour bien négocier les contrats et ne plus dépendre de l’expertise étrangère sur un secteur aussi stratégique.
Notre crainte est donc grande et quand on constate que nos acquis construits à partir d’âpre luttes sont en train d’être remis en cause pour des intérêts partisans, il est de notre responsabilité de nous dresser et de dire NON, disait l’Álmamy résistant Samory : quand on refuse, on dit non ! Sauf que cette fois si, dire NON c’est aussi encourager d’autres perspectives pour une Transformation profonde et durable qui nous sort définitivement de ‘’la grande nuit ‘’ des loups prédateurs. Quand la locomotive politique va à la dérive, la neutralité devient un grave crime de non assistance à un peuple en danger !
Elimane KANE Dialagui






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