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Après sa conférence à Bordeaux, Tariq Ramadan décrié en France


Rédigé par leral.net le Dimanche 27 Mars 2016 à 23:12 | | 8 commentaire(s)|

Après sa conférence à Bordeaux, Tariq Ramadan décrié en France
 
Très décrié en France pour ses propos ambiguës sur les juifs, les homosexuels ou sur ses positions concernant la laïcité, le théologien et idéologue Tariq Ramadan donnait une conférence à Bordeaux samedi 26 mars, malgré les protestations du maire Alain Juppé. Il en a une nouvelle fois profité pour se plaindre d’être « diabolisé ».
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On va finir par croire qu’il adore ça, jouer le rôle de la victime. Devant 600 personnes réunies au Palais des Congrès de Bordeaux, Tariq Ramadan s’est offusqué du traitement que les politiques et les médias ont l’habitude de lui réserver en France : Chaque fois qu’une élection approche, on mène une campagne de diabolisation contre moi“, a-t-il estimé, alors même que de nombreux médias français continuent à lui offrir des tribunes. “C’est le seul pays au monde où je suis interdit dans les salles publiques ou certaines universités. Pourtant, en 25 ans de conférences, il n’y a jamais eu de trouble à l’ordre public. C’est un signe du mal-être français.“

Tariq Ramadan s’est attaqué à Alain Juppé, coupable selon lui d’avoir commis“une faute politique“ en expliquant qu’il n’était « pas le bienvenu » dans sa ville. Le maire de Bordeaux s’était simplement opposé à sa venue, expliquant qu’il se situait « aux antipodes des idées que véhicule“ Tariq Ramadan, tout en déplorant que ce dernier n’ait pas prononcé de “condamnation claire, nette et forte des auteurs des attentats qui se succèdent, hélas ».

Durant sa conférence, Tariq Ramadan a bien évoqué les attentats mais en regrettant que “le pays mobilise ses énergies après et pas suffisamment en amont. On est en guerre contre le terrorisme que quand les nôtres en meurent“

« L’art du ‘juste milieu' »

L’autre grief évoqué par Alain Juppé avant sa conférence de Bordeaux concernait la laïcité, point sur lequel il jugeait Tariq Ramadan “extrêmement ambigu“ : Il faut que nos compatriotes musulmans aient un discours clair. Nous respectons la pratique de leur foi, nous leur demandons qu’ils respectent notamment nos principes, notamment celui de l’égalité hommes-femmes“, jugeait Alain Juppé.

De son côté, Tariq Ramadan tient un positionnement alambiqué sur le “communautarisme“, comme le racontait Marianne dans un article de janvier 2015, à l’occasion d’une conférence de l’intellectuel avec Edwy Plenel, fondateur de Mediapart. Un positionnement qui lui permet de modérer son discours en fonction de son public. Nous écrivions alors :

“En l’espèce, Tariq Ramadan est un virtuose, formé aux meilleures écoles, petit-fils du fondateur des Frères musulmans et surtout adepte de Youssef Qaradawi, l’un des prédicateurs les plus influents parmi l’organisation islamiste des Frères musulmans. Un égyptien exilé au Qatar qui doit faire avec un mandat d’arrêt lancé contre lui par Interpol par l’Egypte pour incitation au meurtre. (…) Le chercheur Gilles Kepel avait cherché à situer le positionnement de Tariq Ramadan: la «wassatiya» ou l’art du «juste milieu». Une sorte de centrisme islamiste qui nécessite forcément une modération de son discours en fonction du public d’où ses livres avec Edgar Morin, preuve éclatante de cette pratique de l’entrisme.“

Preuve encore samedi soir, à Bordeaux, où Ramadan a évoqué l’islam en des termes nuancés: “L’islam a besoin d’être institutionnalisé. La nouvelle génération trouvera plus de repères et vivra sa religion avec moins d’humiliations. Il n’y a pas que les jeunes des milieux défavorisés qui se tournent vers l’Islam violent – terme plus approprié que «radicalisation» –, mais aussi des jeunes éduqués. La bascule se fait de plus en plus rapidement, parfois en deux mois.“ 

À propos du livre qu’elle lui avait consacré en 2004 – Frère Tariq, chez Grasset – Caroline Fourest mettait également en garde contre ce double-discours : 

Ce livre, je le dédie à tous ceux que Tariq Ramadan touche ou trouble mais qui sont encore capables d’écouter ceux qui souhaitent sincèrement les mettre en garde contre l’idéologie stérile que masque son habileté rhétorique. (…) Déjà, nous étions au moins sûres d’une chose: Tariq Ramadan n’avait rien d’un musulman moderniste ou rationaliste, bien que certains observateurs s’acharnent à voir en lui un formidable espoir pour moderniser l’islam. Cette impression n’a fait que s’accroître dans les semaines qui ont suivi la parution du livre, en plein débat sur la laïcité, nous laissant un goût d’inachevé.“

D’un côté, Tariq Ramadan prétend disserter avec nuance. De l’autre, il s’en prend aux “intellectuels juifs français“, comme en 2003, quand il reproche à BHL ou Pierre-André Taguieff un positionnement politique (qui) répond à des logiques communautaires, en tant que juifs, ou nationalistes, en tant que défenseurs d’Israël“. Ou quand il propose un “moratoire“ sur la lapidation des femmes. (Une liste encore longue que l’on peut retrouver par ici). Prétendre après cela qu’on est « diabolisé » ? A d’autres !

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