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Attaque contre la mairie de Mermoz Sacré-Coeur: Le vrai visage du commanditaire et des seconds couteaux

Barthélémy Dias s’est planté. Baye Moussé Ba dit Bro n’est pas le commanditaire de l’attaque qui a visé la mairie de Mermoz/Sacré-Coeur et lors de laquelle un des nervis, Ndiaga Diouf, a été abattu. N’empêche l’ordre est venu de la Présidence avec comme exécutant principal A. D, ancien membre de la sécurité présidentielle qui a été formellement confondu par l’enquête de la Sûreté urbaine (Su). Libération revient sur les minutes de l’enquête.


Rédigé par leral.net le Samedi 12 Novembre 2016 à 10:46 | | 15 commentaire(s)|

Attaque contre la mairie de Mermoz Sacré-Coeur: Le vrai visage du commanditaire et des seconds couteaux
«Ins ». Au début, les autorités judiciaires et policières n’avaient que cette appellation pour identifier le donneur de l’ordre de l’attaque contre la mairie de Mermoz qui a viré au drame. Dans un premier temps, les enquêteurs ont pensé qu’il s’agissait de l’inspecteur Baye Moussé Bâ dit « Bro », un des hommes de confiance de Wade. Mais ce dernier sera formellement déchargé tout comme un autre membre de la sécurité présidentielle, Sémou Diouf en l’occurrence.

Des preuves scientifiques glanées par les enquêteurs ont pu attester que «Ins » était inspecteur Abdoulaye Diène qui était lui aussi un proche collaborateur de Wade à la Présidence de la République.

D’ailleurs, Abdoulaye Diène est renvoyé devant les tribunaux en même temps que Barthélémy Dias et tous les acteurs de cette affaire. Il convient d’ores et déjà de rendre hommage à deux magistrats : Ousmane Diagne et Mahwa Sémou Diouf, respectivement ancien Procureur de la République et ancien doyen des juges.

N’eut été leur ténacité, on ne connaîtrait jamais la vérité sur cette affaire qu’on a tenté d’étouffer en vain lorsque l’instruction a commencé à s’orienter vers la Présidence de la République. Comment les enquêteurs de la Sûreté urbaine (Su) qui travaillaient sous l’autorité du doyen des juges, chargé de l’instruction, ont-ils pu arriver à cette conclusion ?

Deux valeureux magistrats et des flics de choc

Tout commence par une délégation judiciaire transmise par le magistrat, le 3 janvier 2012, à la Su alors dirigée par Djibril Camara qui coordonnait l’enquête grâce à une équipe d’enquêteurs chevronnés chapeauté par le commissaire Sankharé alias «Cobra ».

Deux jours après réception de cette délégation, Matar S., pompiste dans une station à essence de Rufisque, débarque à la Sûreté urbaine. Il déclare aux enquêteurs avoir croisé un individu au niveau de la gare maritime de Rufisque prenant la direction de la mer. On était, le 27 décembre 2011.

Le témoin ajoute, qu’intrigué par l’attitude de cette personne qui détenait un sachet où était enveloppé un objet ressemblant à un pistolet, il a pris l’initiative de le suivre après en avoir informé ses amis.

Arrivé au niveau de la passerelle, il ajoute avoir vu cette personne se diriger vers les rochers où il s’est assis. Une minute plus tard, le mystérieux individu s’est levé pour jeter son sachet à la mer. C’est ainsi que Matar S. dit avoir demandé à son ami du nom de D. de relever la plaque d’immatriculation du véhicule dans lequel l’individu est monté. Mais, le lendemain, en voyant la «Une» des journaux, il affirme avoir identifié l’individu qui, selon lui, serait un proche de Dias : S. D.

Auditionné à son tour, M.S., gardien à la gare maritime de Rufisque, a confirmé que, ce jour, M. S. est effectivement venu lui désigner du doigt un individu de teint clair qu’il a vu jeter un colis qui contiendrait un objet ressemblant effectivement à un pistolet.

Sur les traces de «Ins», le donneur d’ordres

Le 17 janvier 2012, une perquisition est effectuée au domicile de Sylvain, à la Sicap Baobab, de 13 heures à 14 heures 15 minutes. Mais aucun élément capable de faire avancer l’enquête n’a été découvert par les enquêteurs.

Interrogé sur procès-verbal, Sylvain rejette catégoriquement ces accusations et nie même s’être déplacé vers Rufisque. Par contre, il confie aux enquêteurs avoir vu l’un des nervis tenir une arme sans en user, tout en se disant incapable de l’identifier.

Détail intriguant : les enquêteurs, qui usent de la géo localisation pour être sûr de ses dires, butent, car ce fameux jour, comme par hasard, S.D avait éteint son portable durant toute la journée.

Toutefois, présenté à M. S. avec d’autres personnes pour identification, son accusateur n’a pas pu le reconnaître. Cette piste, à la suite d’une plongée dans la mer de Rufisque lors de laquelle les enquêteurs étaient à la recherche de l’arme du crime, se ferme. Une autre s’ouvrait.

Abdoulaye Faye, la première audition qui touchait le Pds

Le 10 janvier 2012, l’Administrateur général du Parti démocratique sénégalais (Pds), Abdoulaye Faye, passe devant les enquêteurs. Même s’il assume être chargé de veiller sur le patrimoine du parti dont les véhicules, il précise qu’il est assisté dans cette tâche par l’adjudant-chef de la gendarmerie à la retraite Assane Diop.

S’expliquant sur la mise à disposition des véhicules ce jour du 22 décembre 2011, jour de l’attaque, il affirme que tous les véhicules du parti ont été remis aux responsables pour la bonne tenue du congrès d’investiture du candidat Abdoulaye Wade et ce par Assane Diop.
Entre-temps, le 11 janvier, M. C. alias «M. Kane» et B. D, trois autres nervis qui étaient interceptés, tombent. Qui les a balancés ? C.D écroué quelques semaines auparavant.

Assane Diop, ancien gendarme, invite A. D dans l’enquête

Quarante-huit heures après le déferrement de M.. S. C et B. Diaw, les enquêteurs enchaînent et auditionnent Assane Diop. C’est là qu’apparaît, pour la première fois, le nom d’A. D. En effet, Diop déclare que, le jour des faits, c’est un garde du corps du président de la République, A. D, qui s’est présenté à lui pour demander de mettre à sa disposition cinq (5) véhicules pour convoyer la sécurité privée du Pds au Méridien.

C’est ainsi qu’il lui a remis trois véhicules Mitsubishi Pick-up immatriculés DK 9471 AB, DK 0296 AC, et deux véhicules 4X4 Tata non immatriculés ainsi que les chauffeurs A. F., A. M. T., Birane Lô F., A. D., et O. K.

Le 16 janvier, A. D passe devant les enquêteurs.

Il jure que c’est dans le cadre des déplacements politiques du Président, à l’époque Wade, qu’il aurait été désigné pour coordonner les missions des services de sécurité officielle et privée, c’est-à-dire ceux des hommes politiques car, ils seraient souvent confrontés à des problèmes du fait qu’il est difficile d’identifier tous les éléments de sécurité.

Pour éviter ces problèmes, il affirme qu’il se rend à tous les déplacements du Chef de l’Etat. Et, c’est ce qui serait passé, selon lui, le jour des faits. Car, il n’a fait que remettre les clés des véhicules à S. Diouf dit Ndiol- qui dirigeait l’attaque sur le terrain.

Les réquisitions téléphoniques qui ont démasqué le commando

Le 17 janvier, Ndiol confirme la version servie par A.D. Interpellé sur les images de la Tfm sur lesquelles on le voit tenir ce qui ressemblerait à une arme, Samba Diouf nie et explique ce geste par le fait qu’il demandait seulement à ses troupes de quitter les lieux.

Mais voilà, un témoin inattendu enfonce Ndiol : le Commissaire de Dieuppeul. L’Officier de police confirmera aux enquêteurs que c’est bien Ndiol qu’il a vu appeler au téléphone un nommé «Ins».

Cependant, il reconnaît qu’il n’était pas armé au moment des faits. Le lendemain, le Commissaire Djibril Camara adresse une réquisition à la Sonatel sur les numéros 7792701…, 7790590… et 7763102… appartenant respectivement à Cheikh Makiyou Siby- un autre membre du commando-, Samba Diouf et A. D.

 Surprise : la Sonatel révèle que, le 22 décembre, jour des faits, ce trio était en liaison téléphonique. Soumis aux résultats des réquisitions, Ndiol craque et soupire : «J’ai menti».
Que s’est-il passé alors ? Samba Diouf déclare avoir bel et bien eu l’autorisation de A.D avant de se rendre à la mairie de Mermoz, alors que Sa Américain- autre mis en cause- et B. G- un nervi- conduisaient les opérations chez Bathily et à la Raddho.

Il avoue, qu’arrivé sur les lieux, il a été sommé par le Commissaire de Dieuppeul de dégager et c’est en ce moment qu’il a joint au téléphone A.D, en le surnommant «Ins», afin de ne pas divulguer son nom et de savoir la conduite à tenir.

A la suite de son compte rendu, «Ins» l’a instruit de quitter les lieux. Face à ces aveux qui l’accablent, A.D change de ligne de défense. Il reconnaît que Ndiol l’a informé de sa volonté de se rendre à la mairie de Mermoz pour…y faire de la sensibilisation.

Lâchant Samba Diouf, il jure qu’il ne lui a pas donné son aval, mais que lorsqu’il a été mis devant le fait accompli, il lui a demandé de quitter les lieux. Quid de ses multiples communications téléphoniques avec C. S, Sa Américain, Ndiol et B. G, tous visés dans l’ordonnance du juge tout comme lui ? «Ins» réfute qu’il «coordonnait» l’opération mais, soutient plutôt qu’il voulait mettre seulement fin à leur «initiative personnelle» !

Les membres du commando et le donneur d’ordres se tirent dessus

Le 10 février, B. G, un des chefs des nervis, est pris. Il sert une version surréaliste aux enquêteurs. Selon ses dires, tout ce que Ndiol déclare serait faux et qu’il ne se serait jamais rendu à la mairie de Mermoz. Tout au plus, il reconnaît avoir instruit son… frère de recruter des gros bras à la demande de A.D et que, c’est arrivé à la permanence, qu’il a été informé de l’attaque. Manque de pot, sa version est réduite à néant par la géo-localisation de son téléphone portable, le jour et l’heure des faits. Pire, ses communications avec A.D sortent. Fin de partie.

Source: Libération






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