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Attaque de Jean Christophe Ruffin contre le Sénégal et ses dirigeants: Un fiel fécond, une insignifiance politique et diplomatique


Rédigé par leral.net le Mardi 15 Septembre 2015 à 09:33 | | 3 commentaire(s)|

Attaque de Jean Christophe Ruffin contre le Sénégal et ses dirigeants: Un fiel fécond, une insignifiance politique et diplomatique


Dans une interview donnée au site d'informations MONDAFRIQUE en date du 26 Août 2015, Mr jean Christophe Rufin, ancien ambassadeur de France au Sénégal, mais aussi académicien sort totalement de la tempérance et la réserve que ces statuts pourraient bénéfiquement lui imposer pour, encore une fois, livrer des points de vue fort discutables sur le Sénégal et ses dirigeants.
Si un romancier peut à la rigueur prendre le risque (pas toujours payant au plan littéraire) de s'écouter parler, dans l'analyse politique, quel que par ailleurs puisse être le background de l'auteur, cela ne peut détonner que de l'arrogance et du narcissisme quand Mr Rufin se distingue ainsi et sans raison apparente, par une série d’attaques en règle contre le Sénégal et ses dirigeants.
Il évoque pèle mêle, « l’immobilisme » du régime sénégalais et décrit le Sénégal comme un «pays vulnérable » qui a « complètement disparu des écrans radars français… dans cette nouvelle configuration régionale centrée sur la dimension sécuritaire » où « Dakar ne s’est pas rendu indispensable».
Vis-à-vis du Sénégal, M Rufin est un coutumier des faits, un récidiviste en la matière. Déjà en décembre2008, il déclarait ceci lors d'une conférence de presse : « Au Sénégal, il est très difficile de garder des secrets. Tout le monde sait tout, ou tout le monde croit tout savoir, donc dit n’importe quoi, et donc nous préférions dire les choses comme elles sont, le dire de façon transparente ».
Il a fallu alors lui retourner ses salves en pleine figure pour qu’il publia, tout penaud et peu convaincant, un communiqué dans lequel il insista sur « le caractère ironique et affectueux » de ces paroles « tenues sur le ton de la plaisanterie ».
Quelles de la part d’un académicien, quel manque d’élégance, de retenue et de courtoisie pour un Ambassadeur à l’endroit d'un pays d’accueil dont il bénéficia si goulument de la Téranga.
.Au défaut de bienséance, s’ajoute la légèreté du verbe facile et généreux en jugements de valeur. Tout cela semble renvoyer, dans notre contexte, à des postures de paternalisme très connoté "Françafrique".Sauf que nous n’avons aucune leçon à recevoir de M Rufin !
Pour un pays comme le nôtre, le comportement de M Rufin ne peut ni faire rire ni se tolérer. Cela indigne sans qu'il y ait à la base aucune susceptibilité et parce qu'on attend autre chose même en matière de critique, qui soit à la hauteur des enjeux politiques, diplomatiques et sécuritaires.
La parole de Mr Rufin n’est ni académique ni scientifique. Elle est politique, tout en occultant le lieu et le camp d'où il parle et l'intérêt qu'il défend contre le Sénégal actuel et ses dirigeants.
Dans ces conditions, ses remarques et les leçons qu'il semble vouloir si facilement donner restent irrecevables. La marchandise n'est pas réellement déclarée. Le Sénégal n’est ni une République bananière ni un conglomérat de béni oui-oui. Il n’y a aucune frilosité à avoir face à ce discours passéiste sur l'Afrique. La parole est libre à l'échelle nationale chez nous où nous vivons effectivement la démocratie et la tolérance, mais aussi à l'échelle internationale où chemine une citoyenneté globale. Pour autant, il reste et restera toujours posée la double question de la légitimité et de la pertinence de tout discours livré de l'extérieur sur un champ politique national donné. Quand donc Mr Rufin ancien ambassadeur de France chez nous se livre à des caractérisations non fondées sur un prétendu immobilisme du nouveau régime issu de l'alternance de 2012, sur la vulnérabilité du Sénégal et sur notre invisibilité de ses radars, la double question est d'actualité.
Si l’on devait suivre M. Rufin dans ses élucubrations, on lui aurait rétorqué sans ambages que face aux puissances anciennes et émergentes, les Etats Unis, l’Allemagne, le Japon, la Russie la Chine, le Brésil, et l’Inde et j’en passe, la France pourrait ,sous certains rapports, tout à fait être considérée comme avoir aussi complètement disparu des écrans radars sénégalais. Pour chaque pays, développé ou non, seul son peuple lui reste vraiment indispensable pour exister et se développer dans la durée. Il est donc extrêmement significatif que Mr Rufin puisse juger et jauger les performances de la diplomatie politique et militaire sénégalaise à l'aune des "écrans de radar français". C'est de l'égocentrisme et de la courte vue.
Parmi les sortes de « fautes » que le Sénégal paierait par sa disparition " des écrans de radar français" figure, en bonne place, chez Mr Rufin, la réduction des troupes françaises dans notre pays attribuée à la politique de l'ancien régime et que paierait diplomatiquement le nouveau issu de l'alternance de 2012. Ce point de vue est fort surprenant et rend compte des types de manipulation possible dont un Etat et/ou son opinion peuvent être victimes. En effet la réduction des troupes françaises s'inscrivait déjà dans la politique de la France induite par le Livre Blanc de la défense sous la présidence de Mr Sarkozy. Il est tout à fait surprenant de voir Mr Ruffin développer une lecture d'incrimination faisant penser à une désaffection militaro diplomatique du Sénégal par les français avec comme indicateurs et corrélats une nouvelle présence française dans d’autres pays africains. Dans les faits, la nouvelle configuration des forces militaires françaises, entre autres, dans les diverses aires géopolitiques africaines et singulièrement au Sahel Sahara, ressortit d'un redispositionnement stratégiques des forces militaires par suite d'une nouvelle donne sécuritaire régionale et internationale qui a elle-même entraîné de profonds réajustements stratégiques. Les menaces, les acteurs comme les enjeux sont devenus clairement transnationaux et régionaux.
Le Sénégal lui-même participe de cette dynamique et a renforcé sa présence, sa visibilité et son implication dans la gouvernance régionale (CEDEAO) et prochainement dans la gouvernance globale avec son entrée préparée au Conseil de Sécurité.
Cette dynamique d'affirmation politique et diplomatique se fait concomitamment au renforcement effectif des liens économiques, politiques et stratégiques avec des partenaires privilégiés parmi lesquels figure la France, dont Mr Rufin ne porte pas la parole diplomatique.
.Qui plus est, en interrogeant les faits sur le terrain choisi par Mr l'ancien ambassadeur de France, la vérité est fort différente de ce qu'il insinue.
La vérité en effet est que la France et le Sénégal continuent d’entretenir des relations cordiales, confiantes et de respect mutuel. Le Président Hollande a réservé au Sénégal sa toute première visite officielle en Afrique en octobre 2012. Le Président Macky SALL s’est aussi rendu en visite officielle en France. Les Gouvernements des deux pays se concertent régulièrement sur des questions d’intérêt commun, et ce dans tous les domaines possibles. Conformément aux conclusions du Sommet de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique en décembre 2013, Dakar s’apprête à abriter, pour la deuxième fois, le Forum portant sur le même objet avec la participation de hauts dirigeants africains et de plusieurs autres dignitaires étrangers dont ceux de la France. Tout récemment à Paris, nos deux Premiers Ministres, entourés de plusieurs membres de leurs Gouvernements, ont tenu –une première dans l’histoire de nos relations- un important Séminaire sur des projets stratégiques de coopération bilatérale.
On pourrait multiplier à souhait les exemples de l’entente cordiale franco-sénégalaise. Il reste que Paris c’est Paris et que Dakar c’est Dakar. Chacun de nos pays est souverain et seul maître de son destin. Dans tous les domaines, doit s'appliquer pour le Sénégal l'adage wolof " sama boppa ma gënël du baan naa la"; (" Je me préfère moi-même ne signifie pas que je te déteste"). Nos intérêts bien compris et nos choix souverains doivent guider et orienter nos choix, décisions et options y compris en matière diplomatique et stratégique. L’écran-radar de Mr Rufin ne saurait constituer l’instrument de mesure de nos politiques dans ce domaine. Tout le monde doit le comprendre nonobstant les logiques françafricaines instillées dans les doctrines, mentalités et postures destinées à reproduire en toute finesse des liens désuets de dépendance.
En remettant la décoration d’officier de la légion d’honneur française au Président Macky SALL, à l’époque Président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Mr Rufin lui-même, affirmait, sans ambages, que« Les temps ont changé. Par-delà les personnes, une vraie rupture s’est opérée ….. La France respecte le Sénégal comme un Etat souverain et n’entend interférer en rien, ni avec ses institutions, ni avec sa vie politique qui ne regarde que son peuple ».
Venons-en au prétendu « immobilisme » que M. Rufin remâche sans fin. C’est une pure vision de son imagination, fertilement orgueilleuse et stupide ,qui n’emballe que les néophytes.
Dès après son élection triomphale en mars 2012, le Président a été accueilli avec égards et considération par tous ses homologues d’Afrique et d’ailleurs. Il reçoit dans la foulée plusieurs visites dont celles, nous l’avons dit, du Président Hollande, du Premier Ministre canadien, de Chefs d’Etat africains, du Président Obama, (après une visite officielle à Washington quelques mois auparavant), se rend en visite d’Etat en Chine et dans bien d’autres pays d’Afrique et d’ailleurs, y compris le monde arabe. Toutes ces activités témoignent d’une diplomatie dynamique, ouverte sur le monde et féconde en partenariats. De même, dès janvier 2013, avant même d’avoir bouclé l’an I de son magistère, le Président Macky SALL est élu à l’unanimité de ses pairs au poste tant convoité de Président du Comité d’orientation du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (le NEPAD, stratégie de développement économique et sociale de l’Afrique). Ces responsabilités font de lui le porte-parole de l’Afrique aux sommets du G7, du G20, des BRICS et d’autres instances décisionnelles mondiales. Le mandat du Président SALL à la tête du NEPAD a été renouvelé à l’unanimité en janvier 2015. Preuve que le premier a été une belle réussite. C’est aussi Dakar qui accueillit en novembre 2014 le 25e sommet de la Francophonie, à l’occasion duquel, marque d’estime et de confiance, le Président Hollande remit à son homologue sénégalais une copie des fameuses archives jusque-là classifiées des tristes évènements de Thiaroye de décembre 1944, quand des tirailleurs sénégalais, revenus de la 2e guerre mondiale, furent froidement exécutés par l’armée coloniale parce qu’ils réclamaient leur dû après avoir combattu sur tous les fronts au nom de la France.
Rappelons également que c’est au Président SALL que ses homologues de la CEDEAO avaient confié, en octobre 2013, la délicate mission de superviser les négociations Afrique de l’ouest-Union Européenne pour la conclusion de l’Accord de Partenariat pour le Développement (APE) qui étaient dans l’impasse depuis plus une décennie. Sans la conclusion de cet APE régional incluant tous les Etats membres de la CEDEAO plus la Mauritanie, nos pays seraient forcés et contrains de signer des APE séparés, chacun seul face à l’Europe, avec des conséquences catastrophiques pour l’intégration sous régionale. Pour tout dire, la CEDEAO risquait purement et simplement de voler en éclats. Il est heureux de constater, là aussi, sans forfanterie mais sans fausse modestie, que le Président SALL s’est admirablement acquitté de sa mission. En outre, lorsque le Burkina Faso a failli sombrer dans le chaos après le soulèvement populaire qui emporta le régime du Président Blaise Compaoré en octobre 2014, c’est encore au Président SALL que la CEDEAO confia la tâche de facilitateur pour arrondir les angles entre les acteurs du magma « militaro-politique et société civile » burkinabe pour convenir d’une solution apaisée afin d’aider ce pays frère à sortir de l’impasse et organiser une transition pacifique devant conduire à l’élection présidentielle d’octobre prochain. Plus près de nous en République sœur de Guinée Bissau, on ne peut compter le nombre d’initiatives et de consultations menées en toute discrétion par le Président Sénégalais envers les parties prenantes de la classe politique bissau guinéenne pour aider à pacifier leurs relations et maintenir l’armée hors du champ de jeu politique et institutionnel.
C’est en vertu de cette confiance à son endroit que les autorités bissau guinéennes ont tenu à sa participation personnelle à la conférence des bailleurs de la Guinée Bissau le 24 mars 2015 à Bruxelles pour soutenir le programme présenté à l’occasion.
C’est donc tout naturellement que le Président SALL, investi de l’estime et de la confiance de ses homologues, préside aujourd’hui aux destinées de la CEDEAO qui vient de tenir à Dakar un Sommet d’urgence sur la situation politique et sécuritaire en Afrique de l’ouest.
Faut-il ajouter, n’en déplaise à M. Rufin, que le Sénégal, fort de l’appui unanime de l’Afrique et de plusieurs pays à travers le monde, s’apprête à occuper un poste de membre non permanent du Conseil de Sécurité lors des élections prévues à cet effet en octobre prochain aux Nations Unies ? Je ne parle même pas de la présence sénégalaise aux quatre coins du monde, dans des missions de maintien de la paix et de la sécurité internationale.
Sur le plan économique Mr Ruffin sait-il que le Sénégal est actuellement au TOP 5 des cinq pays les plus réformateurs du monde?
Où est l’immobilisme dont nous tympanise tant M. Rufin ? Arrêtons de persifler !
Il reste que toute l’action diplomatique du Président SALL, soutenue par la vitalité de la diplomatie sénégalaise, est à son image. Elle est menée de manière digne, discrète et sereine, sans tambours ni trompettes, dans une démarche faite d'engagement, de courtoisie mais aussi franche et respectueuse du partenaire, quel qu’il soit. Comme toute diplomatie qui se respecte, elle ne peut s’accommoder du vacarme et du m’as-tu vu, m’as-tu entendu.
Le Président SALL inspire confiance. C’est l’essence même de la diplomatie. Et cette diplomatie qu’il incarne ne peut emboucher le ton du vacarme, de la provocation inutile et du vuvuzela. Sans y avoir nécessairement été Mr Ruffin doit savoir que dans toute école de diplomatie l'enseignement le plus élémentaire édicte que cet art ne s’accommode guère du m’as-tu vu, m’as-tu entendu, du fantasme et de la clameur. Cela ne sert à rien et c’est contre-productif.
Enfin, de manière péremptoire et fort pernicieuse, M Rufin nous parle de la « vulnérabilité » du Sénégal. Là également, notre prédicateur de mauvais aloi a tout faux, tellement son analyse est dépourvue d’éléments factuels, réels ou potentiels.
Les considérations de Mr Ruffin sur les vulnérabilités du Sénégal sont plus proches de la prédication et du fantasme que d’une analyse objective des faits. Nous vivons certes dans un monde globalisé où aucun pays, fut-il le plus puissant au monde, n’est à l’abri d’un mauvais coup de la nébuleuse terroriste sans frontières. De ce point de vue, notre pays reste sur ses gardes. Mais touchons du bois, jusqu’à preuve du contraire, rien ne peut justifier cette affirmation farfelue et cynique de M. Rufin concernant le Sénégal. Là également, si l’on devait le suivre dans sa logique bidon, on lui aurait renvoyé le cas de son propre pays, en faisant le décompte macabre des attentats terroristes et prises d’otages dont la France et les Français ont été victimes, puisque c’est à l’aune de ces actes inhumains, qu’on ne peut souhaiter à son pire ennemi, qu’on peut évaluer l'éventuelle vulnérabilité d’un pays donné. Mais nous ne sommes ni haineux ni rancuniers. Nous ne souhaitons à la France et aux français que la paix, la sécurité et le meilleur. Alors, que M. Rufin arrête d’invoquer insidieusement le malheur sur notre pays.
Par son obstination à donner des leçons et prédire le pire pour le Sénégal (logé par son diagnostic superficiel dans une zone de turbulences) M. Rufin risque de donner raison à cette partie de l'opinion qui met sa posture et ses sorties au compte des frustrations provoquées par sa défenestration de son poste diplomatique de Dakar. On a du mal à comprendre en effet la récurrence de propos dénotant une si grande inimitié pour le Sénégal et ses dirigeants. Cela porte un sacré coup à l'image qu'on est en droit d'avoir de l'académicien et de l'intellectuel.
Du reste la persistance du fiel déversé sur le Sénégal et ses dirigeants actuels nous amène, comme beaucoup d'autres, à nous poser la question de savoir de qui Mr Rufin est-il donc le porte-voix.
En définitive, je veux juste dire vous dire, M. Rufin, que si ce le Sénégal dont vous portez la décoration par la volonté du Président Macky SALL, vous rebute tant, alors, passez votre chemin; mais de grâce, Mr Rufin, épargnez-nous une inutile inimitié accoucheuse de tensions et d'incongruités, qui brisent la plume dans un fiel infécond, politiquement risqué et intellectuellement dévalorisant.

Massaer DIALLO Politologue






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