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Au Sénégal, la croissance est dans les champs

Dans le nord du pays, la production bat son plein. Alors que les exploitants de fruits et légumes se font une place sur les marchés européens, le gouvernement promeut le riz local à coups de subventions et d'investissements, pour atteindre l'autosuffisance en 2017.


Rédigé par leral.net le Jeudi 20 Avril 2017 à 12:44 | | 0 commentaire(s)|

En 2009, en voyant ses oignons doux bio vendus à 1 livre (1,1 euro) l’unité dans un supermarché Waitrose, en Grande-Bretagne, Jean-Marie Goudiaby songeait que son rêve venait de se concrétiser: celui de devenir exportateur de légumes de niche de haute qualité depuis son Sénégal natal. « 1 livre, c’est le prix d’un kilo de ces mêmes oignons dans mon pays », affirme-t-il. « Lorsque vous exportez vers l’Union européenne, le produit doit être innovant et avoir une valeur ajoutée. Ici, ils l’ont vraiment aimé, dit-il, faisant référence à la société qui distribue ses oignons. C’était nouveau et original. »

Jean-Marie Goudiaby, qui a lancé sa ferme en 2009, fait alors partie d’un mouvement qui grandit au Sénégal. Les entreprises se positionnent afin de devenir fournisseurs de fruits et légumes pour les marchés européens. Terres fertiles, climat favorable, réserves d’eau abondantes, proximité avec l’Europe…

Pour les petites fermes d’une cinquantaine d’hectares comme pour les grosses sociétés telles que le français Grands Domaines du Sénégal, qui exploite plus de 300 hectares, la Téranga représente une alternative économique plus attractive que d’autres pays exportateurs comme l’Égypte, le Kenya ou encore l’Afrique du Sud. Sa stabilité politique est également un élément important pour les investisseurs, explique Juan Carlos Leon, directeur de l’approvisionnement et du développement chez Barfoots of Botley, compagnie basée au Royaume-Uni et active au Sénégal.

La ferme de Jean-Marie Goudiaby est installée dans la vallée du fleuve Sénégal, près de la ville de Saint-Louis. Si le nord du pays est sableux et aride, son climat est favorable à l’agriculture, explique-t-il. Sa famille est originaire de la Casamance, au sud, mais investir au sein de cette zone tropicale plongée dans une longue guerre civile, n’aurait pas eu de sens. Avec ses frères et sœurs, il souhaiterait aujourd’hui étendre ses cultures sur la totalité des 50 hectares dont ils sont propriétaires.

Sous un soleil de plomb, alors que les vents chauds soulèvent le sable, Yolande, la sœur de Jean-Marie, travaille sur une partie de leur parcelle. Elle tente de creuser des tranchées afin que l’eau pompée dans un affluent du fleuve Sénégal vienne nourrir les lits de culture.

Plus abordables

La ferme produit principalement des oignons rouges, aliment de base de la cuisine sénégalaise, très apprécié sur le marché local, mais aussi des oignons doux, des courges delicata, de la laitue, des herbes et des piments rouges. Pour ses haricots noirs frais, Jean-Marie Goudiaby a un acheteur en Italie. Et il expérimente actuellement, la culture du raisin, dans l’espoir de pouvoir approvisionner le marché local, qui importe ce fruit d’Afrique du Sud. « Nos raisins seront plus abordables, affirme le producteur, qui ambitionne de concurrencer les négociants de fruits libanais et guinéens. Nous, les Sénégalais, nous sommes nouveaux sur ce terrain. »

Jean-Marie Goudiaby souhaiterait surtout que les petits exploitants agricoles du nord du Sénégal puissent s’organiser. Ils pourraient créer un collectif pour approvisionner le marché européen et gagner des parts de marché dans un secteur actuellement dominé par des entreprises à capitaux étrangers. « Notre idée, c’est de stimuler les affaires des petits exploitants », explique-t-il.

Dans la vallée du fleuve Sénégal sont disséminées d’énormes fermes appartenant à des sociétés telles que Barfoots of Botley. En partenariat avec l’entreprise sénégalaise Société de cultures légumières, celui-ci produit du maïs doux, de la patate douce, des asperges, des piments et des haricots sur 2 000 hectares. « Le climat chaud et sec du Sénégal, indique Juan Carlos Leon, de Barfoots of Botley, nous permet de produire à des moments-clé de l’année. Lorsque la récolte de l’hémisphère Nord touche à sa fin, quand la nouvelle récolte de l’hémisphère Sud n’est pas tout à fait prête, et vice versa. »

Grâce à cet avantage, les exportations de légumes du Sénégal ont augmenté en valeur de 24,9 millions de dollars (18,8 millions d’euros) en 2010 à 59,1 millions de dollars en 2014, selon les chiffres de la base de données de Comtrade (ONU).

Jeune Afrique