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Au Soudan, les prémices d'un printemps arabe

le 9 Juillet 2012 à 14:55 | Lu 642 fois

La crise économique favorise la contestation du régime de Khartoum.


Au Soudan, les prémices d'un printemps arabe
Elles avaient commencé toutes petites autour des universités de Khartoum. Elles se sont étendues progressivement à tout le pays et à toutes les strates de la population. Elles sont désormais organisées le vendredi à partir des mosquées. Étape par étape, les manifestations de rue contre le régime du président Omar el-Béchir, qui durent depuis bientôt quatre semaines, ont tous les symptômes des printemps arabes. Si elles n'ont pas encore atteint les chiffres des mouvements égyptiens ou tunisiens au même stade de développement, c'est que les autorités soudanaises répondent par une forte répression pour écraser dans l'œuf la contestation. Un an après l'indépendance du Soudan du Sud, le régime de Khartoum doit faire face à une banqueroute économique, à une guerre désormais ouverte avec son voisin du Soudan du Sud et à l'une des contestations internes les plus importantes en 23 ans de pouvoir.



«C'est la révolution. Il n'y a aucun doute. Jamais le régime n'avait fait face à des manifestants aussi persévérants. La colère remplace progressivement la peur», assure Myriam el-Sadiq el-Mahdi. La fille de l'imam Sadiq el-Mahdi, ex-premier ministre aujourd'hui patron de l'UMMA (nationaliste), est une leader respectée à l'université de Khartoum. Le 4 juillet dernier, elle signait avec son père et 17 autres organisations (dont le Congrès populaire de l'islamiste Hassan el-Tourabi) un pacte nommé Democratic Alternative Charter (DAC) et visant à conduire une «lutte pacifique sous toutes ses formes afin de renverser le régime». Grèves, manifestations pacifiques, sit-in et formes de désobéissance civile ont pour but d'aboutir à un gouvernement intérimaire de coalition chargé de gouverner le Soudan pour trois ans jusqu'à la promulgation d'une nouvelle Constitution et à l'organisation de nouvelles élections.

Les opposants réprimés
Si les milieux diplomatiques sont sceptiques sur cette alliance de l'opposition encore très fragile, force est de constater que nous sommes loin des manifestations spontanées du 16 juin contre le doublement des prix de l'essence et du sucre. La coalition de l'opposition (National Consensus Forces, NCF) avait proclamé sa première vague de manifestations pour le 6 juillet. Des centaines de personnes s'étaient donné rendez-vous à la mosquée de Wad Nubawi (Omdurman, ville jumelle de Khartoum), fief du parti UMMA ainsi qu'à celle de Sayyid Ali, à Bahri, dans la banlieue nord de Khartoum. Mais les forces de l'ordre ont «attaqué» les manifestants à coups de matraques, de balles en caoutchouc et de grenades lacrymogènes avant même que ceux qui appelaient à la chute du régime n'aient pu se regrouper.

Les organisations de militants assurent qu'au moins 2000 personnes ont été arrêtées depuis le début de la contestation. Certaines sont relâchées sous 24 heures, d'autres disparaissent dans des lieux inconnus. Rudwan Dawod, militant de Girifna (mouvement de protestation étudiant qui signifie «ras le bol»), a été appréhendé avec une trentaine d'activistes le 3 juillet alors qu'il participait à une manifestation de quartier. Le même soir, tous les adultes de sa famille (père, frère et sœurs) étaient enlevés dans leur maison d'Aij Youssif par des agents de sécurité.

«Nous sommes très inquiets car nous savons que Rudwan sera torturé et que les femmes seront violées. C'est ce que les services de Béchir infligent aux révolutionnaires», assure une militante du mouvement qui se cache depuis les arrestations. Le cas de Rudwan est d'autant plus sérieux qu'il a été présenté par les journaux locaux comme un étudiant originaire du Darfour ayant des liens avec les États-Unis. Dans un pays ou le complot américano-sioniste est une obsession, la paranoïa est à son comble.

Économie de guerre
Martelant que son pays ne connaîtra jamais de printemps arabe, le président Omar el-Béchir, recherché par la justice internationale pour génocide contre son peuple, durcit ses positions. Pour que le monde ne voie aucune image des contestataires, ses services arrêtent les journalistes locaux et expulsent les journalistes internationaux. Prive des trois quarts de ses revenus en pétrole depuis l'indépendance du Soudan du Sud, le régime se replie sur une économie de guerre. Pour conserver ses régions frontalières riches en pétrole, plus des deux tiers des dépenses publiques sont désormais consacrées à l'armée. Les discussions, qui s'étaient recouvertes le 5 juillet à Addis-Abeba (Éthiopie), n'ont abouti à aucune signature. Les points d'achoppement sont nombreux. Au-delà des revenus du pétrole que les deux pays n'arrivent pas à se partager, il faut aussi régler les questions de la délimitation des frontières, du Code de la nationalité ou du partage des eaux du Nil.


Par Service infographie du Figaro