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Au secours, Me Ousmane Ngom arrive !, par Momar Dieng


Rédigé par leral.net le Dimanche 27 Mars 2016 à 14:35 | | 14 commentaire(s)|

Au secours, Me Ousmane Ngom arrive !, par Momar Dieng
La démocratie sénégalaise est déprimante ! Globalement considérée comme un «modèle» en Afrique, elle accumule les alternances dites pacifiques depuis seize ans, avec le moins de dégâts possibles. Néanmoins, elle porte et entretient dans la profondeur de ses entrailles des tares congénitales qui expriment le mieux sa véritable nature. Celle d’une grande arnaque à partir de laquelle des élites politiques professionnalisées se coalisent, le temps de capter les parts de ressources qu’elles pensent devoir mettre dans leur escarcelle. Cela explique d’une certaine façon la persistance de la transhumance et la tentative de «sophistication» dont elle est l’objet aux fins de dissimulation.

Sall et Ngom, presque main dans la main

Quand Me Ousmane Ngom dit, par exemple, qu’il démissionne de l’assemblée nationale pour avoir fait la campagne du «Oui» au référendum, à contre-courant de son parti d’origine, il cherche en réalité à masquer son nouveau statut de transhumant politicien. Les Sénégalais ne sont plus dupes : le mouvement dénommé «Libéral ca kanam» ne sera qu’un machin transitoire apprêté pour être dissolu dans le parti du président de la république. Et même s’il reste en vie, il ne le serait que par pure forme, la substance étant ailleurs.
Me Ngom n’est pas seul certes dans cette arnaque à l’emballage décati qu’il vend au président de la république. D’autres figures l’ont précédé qui ont déjà fait leur deal avec le chef de l’Etat à travers le recours au dit machin. Ils viennent souvent du Parti démocratique sénégalais (Pds) ou ont été très proches de Me Abdoulaye Wade durant ses douze ans de règne. Ils ont déserté l’espace d’opposition qui devait être le leur après la chute de Me Wade. Mais ils ne supportent pas de vivre hors du pouvoir parce que, justement, la Politique au sens noble du terme ne les intéresse pas. Leurs ambitions se limitent aux avantages qu’ils espèrent tirer de leur compagnonnage avec le prince. Qui sont-ils ? Ils savent se reconnaître, point n’est besoin de citer des noms.

La particularité de Me Ousmane Ngom, c’est d’avoir été le ministre de l’Intérieur le plus violemment répressif de l’histoire politique du Sénégal. Celui qui réprimait toutes les manifestations de l’opposition et de la société civile lors de la période pré-électorale de 2011. Celui qui, avec arrogance et intolérance, théorisait l’impossibilité légale pour les opposants d’alors d’accéder à la place de l’indépendance. Celui qui faisait pourchasser les militants politiques et associatifs entre les rues du centre ville à coup de grenades lacrymogènes, de matraques, de coups de crosse. Celui qui, enfin, assurait la tutelle sur cet engin dont l’évocation renvoyait à la civilisation chinoise et qui attisait la curiosité des badauds et même des manifestants : le dragon…

Des mots doux pour Sall !

Au plus fort de la crise entre le pouvoir et le Pds, il y a à peu près deux ans, Ousmane Ngom ne se gênait pas contre le président de la république. «Aujourd’hui en matière d’enrichissement illicite ou de délinquance financière, Macky Sall et son gouvernement sont au premier rang. Ce n’est même pas de la délinquance financière, c’est du grand banditisme financier… » A cette époque, Me Ngom était interdit de sortie du territoire national pour cause de soupçon d’enrichissement illicite et son immunité parlementaire avait été levée par la mécanique parlementaire de Benno Bokk Yaakaar à l’assemblée nationale. Quel citoyen ordinaire a osé dire des propos plus ou moins similaires contre le président de la république sans que l’article 80 du code pénal ne s’abatte sur sa tête ?
Alors, le retour de cet homme dans un pouvoir d’où il avait été brutalement chassé par les urnes en 2012 serait une véritable insulte à la mémoire de toutes les victimes de sa répression. Ce come-back d’un des membres éminents de la fameuse liste des «25» clients potentiels de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) – au fait, la Crei vit-elle encore ? - est un signe que le président de la république est véritablement un adepte des chemins scabreux et tortueux. Après le désastre d’un référendum clivant qui a contribué à fracturer davantage l’opinion publique, que peut-il espérer de Me Ousmane Ngom sinon ses compétences en matière de répression ? C’est une grosse couleuvre, une de plus d’ailleurs, que Macky Sall va faire avaler de force à des alliés devenus serviteurs impénitents…
En attendant, la démission provoquée de Me Ngom de son mandat de député donne au pouvoir l'occasion au chef de l'Etat de réduire encore le Pds à sa plus simple expression si le poste vacant était offert à un "dissident libéral".

momardieng.blogspot.sn






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