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Au sujet de ces mamans modernes qui recherchent absolument la perfection... De la mauvaise manière.

le 16 Février 2015 à 06:30 | Lu 351 fois

Au sujet de ces mamans modernes qui recherchent absolument la perfection... De la mauvaise manière.
Vous avez peut-être remarqué sur les réseaux sociaux, au cours des dernières années, une prolifération de photographies mettant en scène  des mamans et leurs enfants en train de faire des gâteaux, des travaux manuels, des collages, tout cela photographié à la perfection avec une lumière parfaite, avec une maison parfaite (et bien propre !) en arrière-plan.
 
Oui, pour les jeunes parents, la mode est à la perfection, et les premières sur la ligne de tir, ce sont les mamans.
 
C'est comme ça : plus possible d’abandonner les gosses devant la télé avec une assiette de nuggets de poulet décongelé pendant que Maman et ses copines s’enfilent des margharitas dans la cuisine. Le dîner des enfants aujourd’hui doit être sain, sans gluten, et surtout être parfaitement photogénique, tout comme la maman d’ailleurs.
 
Plus de fête d’anniversaire avec une grosse pizza coupée en carrés et un gâteau au chocolat pris chez le premier pâtissier venu, non : La mode, c’est de faire des gâteaux savamment élaborés, en rapport avec l’identité visuelle, le dress-code et le thème de la fête. Parce que oui, il faut obligatoirement un thème pour les anniversaires des enfants.
Grâce aux phénomènes de masse des réseaux sociaux, non seulement ces parfaites petites fées du logis inondent votre fil d’actualité avec les photos du goûter d’anniversaire parfait de la petite Pénélope sur le thème de « La reine des neiges », mais elles vous font bien culpabiliser si vous ne faites pas rentrer vos enfants dans cet idéal instagramique édulcoré , parents indignes que vous êtes. (Oui, « instagramique », j’ose en plus inventer ce mot.)
 
 
Avant, les Dupont se pavanaient devant leurs voisins en exhibant la grosse BMW flambant neuve bien à l’abri dans leur garage. Maintenant, ils sont sur Instagram et ils vous montrent fièrement la mangeoire pour oiseaux qu’ils ont construit en famille, avec du bois recyclé et du fil de fer de récup’. Ils sont parfaitement dans l’air du temps : ils réussissent à nous faire culpabiliser, ils essayent de nous rendre jaloux d’une manière radicalement nouvelle.
 
Pourtant, nous rentrons dans le jeu des Dupont. Nous rentrons dans ce jeu de l’image et du paraître, parfois malgré nous, sans bien nous en rendre compte. Après tout, nous voulons faire mieux que nos parents. Nous voulons donner à nos enfants encore plus que ce qu’on a pu nous donner à leur âge.
 
Et c’est normal.
 
Tous les parents ont cet instinct (en tout cas je l’espère,) de souhaiter de tout cœur que leurs enfants soient le plus heureux possible. Qu’ils vivent leur enfance de la meilleure manière possible. Qu’ils aient tout et qu’ils ne manquent de rien.
Seulement voilà : « avoir tout », cela ne veut pas dire forcément « s’aligner sur un idéal photogénique et superficiel que vous avez pu voir sur le Web ».
 
L’autre jour, j’ai traîné mes enfants récalcitrants pour les ramener au « parfait » endroit, pour faire des photos avec un arrière-plan « parfait » pour faire une carte de vœux « parfaite ». Après une après-midi éprouvante à faire semblant de s’amuser devant l’objectif de l’appareil, la meilleure photo de la journée, ce fut quand nous sommes rentrés à la maison et que nous sommes passés chez un voisin pour prendre un chocolat et nous reposer un peu.
 
Les enfants jouaient dans une sorte de mélange de neige et de boue. La lumière des derniers rayons du soleil couchant tombait pile poil comme il faut. Ils avaient tous les deux des sourires heureux, détendus, de vrais sourires, pas l’un de ces rictus forcés. Enfin ! C’était la photo parfaite, idéale.

Et pourtant, je n’ai pas appuyé sur le bouton du déclencheur.
 
A la place, je les ai simplement regardés jouer. J’ai profité du moment, j’ai respiré. Et j’étais heureuse.
 
Peut-être que nous voulons trop en faire, que nous réfléchissons trop, que nous accordons bien trop d’importance au regard des autres quand il s’agit de l’éducation des enfants.
 
Il est probable que ce qui marquera la mémoire de vos enfants, quand ils se remémoreront leur enfance, n’aura strictement rien à voir avec la qualité des photos que leurs parents auront posté sur Instagram. Et pas besoin d’être un grand prédicateur pour s’en convaincre : il nous suffit de nous remémorer notre propre enfance. Quels étaient vraiment nos meilleurs moments ?
 
Assurons-nous de rendre la vie de nos enfants amusante, pleine de sens, riche en apprentissages… Plutôt que de tenter à tout prix de la rendre « jolie » et « photogénique ».  C'est dans leurs souvenirs qu'il y aura cette petite lumière de pur bonheur que l’on essaye à tout prix de capturer, d’archiver, de réaliser avec les photos hypocrites et la surenchère des réseaux sociaux.