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Aung San Suu Kyi menacée d'expulsion de sa maison

le 27 Juin 2012 à 10:21 | Lu 685 fois

Le frère aîné de la Dame de Rangoun intente un procès à sa sœur pour obtenir la moitié de la maison où l'opposante birmane est restée confinée pendant quinze ans.


Aung San Suu Kyi menacée d'expulsion de sa maison
Aung San Suu Kyi risque d'être expulsée de sa vieille bâtisse des quartiers nord de Rangoun. L'affaire est d'autant plus étonnante que l'homme qui a intenté un procès pour obtenir la moitié de la maison n'est autre que son frère aîné, qui vit aux États-Unis depuis 1973.

Au 54 avenue de l'Université, où elle a vécu confinée pendant quinze ans, Aung San Suu Kyi a tout connu: la solitude, la frustration, le chagrin. En observant un bout de plafond écaillé, elle a médité sur «la nature de la décrépitude et de la décadence». Les mois de mousson, elle y a joué «une difficile partie d'échecs»en déplaçant son lit, ses bols, ses cuvettes et ses seaux «pour échapper aux fuites et empêcher le matelas de prendre l'eau». Dans les moments de détresse, elle s'est allongée sur le carrelage pour épier des bribes de conversations.

Le «mauvais frère»
Un tribunal administratif de Rangoun a estimé lundi qu'Aung San U, le frère du Prix Nobel de la paix, devait lui aussi hériter de la propriété familiale. Théoriquement, la loi birmane interdit à cet ingénieur en informatique, qui a pris la nationalité américaine, de posséder des biens immobiliers. Aung San Suu Kyi devrait faire appel.

Cette bagarre juridique incongrue déterre un secret de famille: la mésentente entre les héritiers d'Aung San, le héros de l'indépendance. À l'été 1988, les Birmans espéraient qu'Aung San U, le fils aîné, deviendrait la figure de proue du soulèvement populaire pour la démocratie. Mais il n'avait ni sagacité poli­tique ni charisme. Pis, son comportement était franchement ambigu. En décembre 1989, alors qu'Aung San Suu Kyi est assignée à résidence, il s'autoproclame directeur d'une obscure organisation, le Front de la Birmanie libre. Et s'il ne fait pas directement référence à sa sœur, il met en garde contre «les prophètes bidons et irresponsables qui jouent sur les émotions des foules indisciplinées».

Pour les Birmans, qui le surnomment «le mauvais frère», Aung San U est manipulé par le régime birman, qui lui aurait soufflé l'idée, dès 2000, d'intenter un procès à sa sœur. En contrepartie, il aurait bénéficié de privilèges, dont celui de se faire construire une belle maison au pied des temples de Pagan.



Par Florence Compain