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Aurions-nous voté pour presque rien, le 25 mars 2012 ?

Le 25 mars 2012, nous avons infligé sans ambages une défaite cuisante aux Wade et à leur système caractérisé par des plaies parfois béantes et puantes. On peut en retenir celles-ci :


Rédigé par leral.net le Jeudi 10 Juillet 2014 à 09:53 | | 8 commentaire(s)|

Aurions-nous voté pour presque rien, le 25 mars 2012 ?
• l’hypertrophie de la fonction présidentielle,

• l’inféodation de l’Assemblée nationale et de la Justice à la volonté du Président de la République,

• des gouvernements pléthoriques et instables, composés pour l’essentiel d’hommes et de femmes venus de nulle part,

• une administration alourdie par une poussière de directions éclatées, d’agences nationales, de hautes autorités, de conseils de surveillance souvent taillés sur mesure,

• des nominations politiciennes, clientélistes et népotistes à des fonctions parfois stratégiques,

• une République soumise aux lobbies religieux,

• une impunité insupportable et même décriée de l’extérieur,

• la détestable transhumance érigée pratiquement en méthode de gouvernement,

• l’irruption de la famille dans la gestion des affaires publiques,

• des passeports diplomatiques distribués à-tout-va,

• une vie publique folklorique et politicienne,

• des déplacements couteux et folkloriques du Président de la République,

• une corruption nourrie et entretenue au sommet le plus élevé de l’État,

• l’attribution de marchés publics à la tête du client avec, à la clé, d’énormes surfacturations,

• des conflits d’intérêts insoutenables,

• l’utilisation massive des moyens de l’État, surtout pour l’achat de consciences lors des différents scrutins, etc.

Donc, le 25 mars 2012, à cause de cette gouvernance nauséabonde, les électeurs ont chassé sans ménagement les Wade du pouvoir et porté leur choix sur le candidat Macky Sall, qui s’engageait déjà à rompre définitivement avec ce système en mettant en œuvre, une fois élu, « une gouvernance transparente, efficiente, sobre et vertueuse ». Vingt-sept mois après, les odeurs fétides des plaies du wadisme nous incommodent toujours. Rien de vraiment consistant n’a fondamentalement pas encore changé. Point n’est besoin de s’attarder à donner des exemples : ils crèvent les yeux. On en rencontre dans tous les coins de rue de la « nouvelle » gouvernance.

Un seul exemple suffit pour administrer la preuve que les toxines de la gouvernance des Wade ont encore de beaux jours devant elles. La presse révèle que Mansour Faye, le beau-frère du Président de la République nommé ministre dans le tout nouveau gouvernement a proposé, pour être remplacé à la tête de la Délégation générale à la Protection sociale et à la Solidarité nationale, la dame Awa Ndiaye. C’était déjà trop qu’elle fût la tête de la liste majoritaire, à côté de celle, proportionnelle, qui portait la candidature de Mansour Faye à la Mairie de Saint-Louis. Awa Ndiaye, celle qui a acheté les cuillères, les couteux et les clés Usb les plus chers du monde ! Awa Ndiaye qui fut très proche des Wade ! Awa Ndiaye qui s’engageait à New York, devant des militants surexcités, à faire réélire Me Wade pour mettre finalement son fils à sa place ! Nous faire revenir cette dame sans foi ni loi et dont la place est, jusqu’à preuve du contraire à Rebeuss, pour lui confier encore des responsabilités étatiques ! Quand même ! Dans quel pays sommes-nous ? Où sont passées nos valeurs ?

Nous sommes loin d’ailleurs d’être au bout de notre surprise et de notre indignation. Une bonne partie de la presse révèle que le « Monsieur éthique » de Bennoo Bokk Yaakaar, le député Moustapha Diakhaté, se serait assigné pour mission de recomposer la famille libérale autour du Président de la République. Ce serait gravissime et vraiment décevant de la part de cet homme, si cette information était avérée. Nous recomposer la famille libérale, responsable de la nauséabonde gouvernance qui nous a empesté l’existence pendant douze longues années ! Y avait-il alors vraiment lieu de chasser les Wade du pouvoir ? Si Moustapha Diakhaté ne répugne pas à se lancer dans la réalisation d’un tel objectif, les Aïda Mbodj, Modou Diagne Fada, Abdoulaye Baldé, Mamadou Lamine Keita et consorts ne devraient pas accepter de transhumer car, c’est de transhumance, la détestable transhumance qu’il s’agit. Jusqu’ici, ils sont quand même restés fidèles à leur mentor Wade qui leur a tout donné. Depuis le 25 mars 2012, ils affichent leur opposition farouche et tirent à boulets rouges sur le président Macky Sall et sur son régime. Nit ku baax dafay am pèete, dafay am ngor te di doylu.

Ce serait bien dommage pour la démocratie, si Aïda Mbodj et ses camarades se jetaient poings et mains liés dans les bras du président Sall, pour des strapontins. L’opposition fait quand même partie des voies respiratoires de la démocratie. L’unanimité autour du Président de la République que Moustapha Diakhaté et d’autres compatriotes qui pensent comme lui s’emploieraient à construire, serait une catastrophe pour notre pays. En tout cas, d’ores et déjà, l’Aps a fait état d’un communiqué du Président de la République qui réfuterait toute idée de discussions entre le palais et certains responsables de l’opposition. Tant mieux pour la démocratie !

Au lendemain des élections locales du 29 juin 2014 dont les résultats sont peu encourageants malgré des apparences bavardes et trompeuses, le syndrome de celles du 22 mars 2009 semble avoir effarouché des membres de la mouvance présidentielle et expliquerait certaines agitations. Le Président de la République ne devrait pas prêter une oreille attentive aux activistes qui veulent le convaincre d’une victoire nette de Bennoo Bokk Yaakaar et de l’Apr. Il a plutôt intérêt à lire avec discernement les résultats des élections locales du 29 juin dernier, avant de prendre quelque décision que soit. En tous les cas, les premières réponses qu’il leur a apportées ne sont pas très rassurantes. En particulier, le gouvernement qu’il a mis en place rappelle trop ceux de son prédécesseur. Trente-trois ministres et six secrétaires d’État, c’est trop pour un petit pays pauvre et endetté comme le Sénégal ; c’est trop pour quelqu’un qui s’était engagé à nommer un gouvernement de 25 membres en cas d’élection à la magistrature suprême. Il y a, en outre, que ce n’est pas pertinent de sanctionner systématiquement les perdants à une élection et de promouvoir les vainqueurs. C’est faire peu cas de la compétence et privilégier ce qu’on appelle communément la politique à la base, la politique politicienne.

Il convient de signaler également des incohérences dans certaines décisions du Président de la République. Mme Aminata Mbengue Ndiaye battue reste en poste alors que d’autres perdants sont sanctionnés. Abdou Latif Coulibaly, lui aussi battu, serait nommé Secrétaire général du Gouvernement en remplacement de Seydou Guèye, un autre perdant. Cette station est au moins aussi prestigieuse que celle de ministre de la République. On n’y comprend donc rien du tout. On peut aussi avoir des réserves par rapport à cette nomination. Malgré des compétences académiques avérées, Abdou Latif Coulibaly n’est pas le meilleur profil, le profil idéal à cet emploi. Comme son prédécesseur, il n’a jamais fait l’administration publique. L’amicale des administrateurs civils ne devrait sûrement pas apprécier cette nomination et de nombreuses autres.

On annonce aussi que tous les vaincus qui feront l’objet de sanctions seront recasés. Recaser ! Le mot n’est vraiment pas très heureux. C’est malheureusement devenu une mauvaise habitude au Sénégal, qu’une fois nommé à un poste, on est sûr d’y rester le plus longtemps possible et même si on le quitte, c’est pour être recasé ailleurs. Il est vrai que, depuis le 19 mars 2000, les gens qui se relaient aux différentes stations de la République n’ont pas, pour la plupart, de métiers hors de la politique.

Finalement, au Sénégal, rien n’étonne plus, ne dérange plus, n’indigne plus. Un compatriote qui se réclame avec beaucoup de bruit de son seul statut de « griot du Président de la République » est élu député sur la liste proportionnelle à la 8ème place. Quand il participe à une manifestation politique dans sa région, il passe avant tous les ministres qui le cajolent. Voilà que la presse de sa région révèle qu’au cours d’une conférence de presse - oui, il en organise – il a déclaré avec fierté que le Président de la République l’a joint au téléphone pour lui demander de proposer une personne, pour représenter son département dans l’attelage gouvernemental. Occasion qu’il a saisie – c’est lui qui s’exprime – pour faire nommer un jeune ministre qui lui voue un respect considérable et dont il est sûr qu’il ne le combattra jamais. « Ce ministre va faire ce que je veux », conclut-il.

Voilà où nous en sommes au Sénégal, un pays que l’on présente comme une grande démocratie ! Voilà où nous en sommes avec l’alternance du 25 mars 2012 ! Elle mettait fin, du moins elle devrait mettre fin à douze longues années de mauvaise gouvernance Wade et ouvrir la voie à une autre, celle-là « transparente, sobre, efficiente et vertueuse ». Vingt-sept mois après, les fleurs sont loin, très loin de porter les fruits attendus.

Mody Niang






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