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Avec un civisme avitaminosé au Sénégal, que faire ?

Quand j’étais enfant au CE1, c’était l’époque où on montait chaque matin le drapeau national et le soir, on le descendait. Tout le monde savait qu’il était interdit de bouger lorsqu’on monte ou descend le drapeau national. Le respect du drapeau passait avant toute autre chose pendant ce temps là. Entre nous, mômes, on se conseillait en se chuchotant dans les oreilles que même si nous sommes appelés par nos parents pendant qu’on monte le drapeau ou le descend, on ne doit pas répondre tant que ce n’est pas fini. Tout enfant, on avait compris que la patrie était au dessus de tout. On l’avait compris par ce que on nous l’avait appris.


Rédigé par leral.net le Lundi 28 Janvier 2013 à 20:15 | | 0 commentaire(s)|

Avec un civisme avitaminosé au Sénégal, que faire ?
Un jour, un camarade de classe a commis l’imprudence de se déplacer quand on montait le drapeau. C’était le matin avant qu’on entre en classe. Notre maître lui a donné une gifle par le dos de sa main tellement forte qu’il tomba sous mes pieds en mordant la poussière. Le pauvre s’est aussitôt levé en bombant la poitrine comme un militaire sans piper un mot. On monta le drapeau. On forma deux rangs devant la classe. Le maître nous ordonna d’enter. En entrant en classe, il était coutume de saluer le maître .On devait obligatoirement saluer le maître. C’était un rituel au quel on était soumis tous les jours ouvrables. C’était « bonjour monsieur ou bonsoir monsieur selon le temps qu’il faisait ! »

A cette époque, on devenait enseignant par vocation et non par contrainte ou opportunité comme au jour d’hui. Le maître était craint .Il était respecté. Il enseignait .Il éduquait. Il était plus qu’un maître pour l’élève et les parents adhéraient au principe. De nos jours, on donne beaucoup plus d’enseignement que d’éducation à nos enfants. L’éducation civique et l’éducation morale sont devenues les parents pauvres des matières enseignées au primaire. Il y va de même pour l’instruction civique au niveau du collège avec un coefficient démotivant (01) et un quantum horaire très déficitaire. Ainsi, les différentes reformes pédagogiques successives que l’école sénégalaise a connues ont contribué à plomber le développement du civisme à travers l’école. En somme, ces reformes ont ôté au civisme sa vitamine de croissance dans le cœur des élèves.

Que reste-t-il lorsqu’on bouche le canal par lequel doit passer la dose de civisme pour aller dans le cœur des enfants ? Rien !

Dans ce cadre, les autorités ont une part de responsabilité énorme par rapport à ce que nous vivons au jour d’hui en termes de déficit de civisme dans nos actes quotidiens. Et pourtant, ce n’est pas parce qu’elles n’avaient pas la volonté. Au contraire, cette volonté de fabriquer un nouveau type de sénégalais à travers l’école ne date pas maintenant. La tenue des assises nationales de l’éducation en 1981 est une parfaite illustration de cette volonté exprimée. Mais pour l’avènement d’un nouveau type d’homo senegalensis à travers l’école, il faut revoir le contenu des enseignements et de la formation des enseignants aux fins de l’adapter à nos besoins en termes de valeurs, de qualité et de profil recherché pour notre pays.

Par ailleurs, en dehors des programmes scolaires pauvres en matière de promotion des valeurs civiques , il y a un manque de vision pour étayer cette volonté que tout le monde souhaite voir se métamorphoser en une réalité concrète sans pour autant savoir comment s’y prendre exactement .Un jeune sénégalais émigré rapatrié d’Espagne m’a dit un jour :

« Grand ! J’étais entré en Espagne par la voie terrestre. J’étais à la croix rouge. Un jour, les espagnols sont venus nous voir accompagnés de quelques africains. Ils nous ont dit qu’ils sont venus faire un recensement. Certains parmi nous devaient céder la place aux autres. Ils nous ont dit qu’ils devaient nous amener à Madrid. Ils vous saluent en wolof ou dans une autre langue du pays si vous répondez, on vous met à l’écart. C’était un piège. C’était un procédé pour identifier les sénégalais en vue de les rapatrier au Sénégal. On nous a fait croire qu’ils allaient nous amener à Madrid. On s’est rendu compte de la forfaiture que c’est quand nous sommes arrivés à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. On nous a donné un sandwich et dix milles FCFA pour notre billet. Alors que les autres nationalités étaient restées. Depuis ce jour, je déteste mon pays. »

Le Président Macky SALL en initiant cette journée de levée du drapeau national au palais chaque mois a voulu donné un signal fort à ses collaborateurs du gouvernement notamment le ministre de la culture, le ministre de l’éducation nationale et le ministre de la communication. Ce geste est hautement symbolique mais ne suffit pas.

Dans ce cadre, les ministres de la république précités doivent aider le Président Macky SALL à concrétiser sa volonté de développer le civisme et les reflexes civiques chez nos concitoyens en initiant des refixions visant à enraciner et à développer les valeurs civiques dans toutes les couches de la population. Chacun en ce qui le concerne doit se pencher sur la manière de procéder pour que cette volonté exprimée par le Président de la République soit une réalité au Sénégal.

Dans cette perspective, de profondes mutations doivent s’opérer dans la gestion traditionnelle de ces départements ministériels nommés ci-dessus pour prendre en charge cette question à bras le corps dans le sens de lui trouver une réponse idoine. En France, on a vu ce que le port du hijab à l’école a entrainé comme vague de protestation politique dans l’opinion publique. Ils ont légiférer pour interdire le port du hijab au nom de la laïcité. L’éducation nationale a pour mission de former le nouveau type de sénégalais. Ce NTS n’a pas seulement besoin que de savoirs mais il a besoin de valeurs. Il doit être formaté dans nos valeurs culturelles, religieuses et sociales positives qui doivent lui être transmise par l’intermédiaire de l’école.

Nos créations artistiques notamment l’audiovisuel et le cinéma doivent prendre en charge nos préoccupations de promotion de nos valeurs civiques. Cependant, ceci n’est possible que lorsqu’on aura une politique et une vision autour de la question. Pour le moment ce n’est pas le cas. Le Président veut que le civisme soit une réalité dans nos actes quotidiens, c’est à vous de l’aider à le concrétiser. Le PDG de SONY voulait pouvoir jouer au golf en écoutant de la musique. Il en a parlé à ses ingénieurs. Ils ont inventé le baladeur.

Avec un civisme avitaminosé au Sénégal : que faire ?

Il faut en collaboration avec le CNG interdire à Mouhamed NDAO tyson le port de la bannière américaine lors de ses combats. ; demander à tout Chef de service et Directeur du Service public de présenter le drapeau national dans son bureau ; aux artistes notamment aux réalisateurs de prendre en charge cette question dans leur projet à l’image des Etats Unis d’Amérique ; lutter contre l’exclusion sociale, promouvoir la diversité culturel dans les médias de service public, l’égalité de chance à l’accès à l’emploi, expliciter l’hymne national aux jeunes pour qu’ils puissent comprendre le message, produire et diffuser des spots sur des actes civiques ; stopper la fuite des cerveaux ; renforcer les cours d’éducation civique et morale dans le primaire comme dans le secondaire, doter l’instruction civique d’un coefficient honorable à la hauteur de l’importance que nous lui accordons maintenant et sanctionner positivement ceux et celles qui feront montre d’un acte civique en leur donnant à titre de reconnaissance de la nation le drapeau national. Etc.…

Le civisme ne peut pas se développer dans notre pays sans une politique d’éducation civique axée sur le profil du nouveau type de Sénégalais que l’on voudrait avoir.


Baba Gallé DIALLO / Réalisateur /
SNEIPS / bbgd70@yahoo.fr







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