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Ayrault ouvre l'épineux dossier des plans sociaux

le 28 Mai 2012 à 19:35 | Lu 823 fois

Il a fini par réussir à s'inviter à la table. Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif et autoproclamé "pompier" des plans sociaux, sera présent à côté de Jean-Marc Ayrault, mardi 29 mai, pour accueillir syndicats et patronat à l'Hôtel Matignon. Initialement, le premier ministre n'avait invité que les ministres de l'emploi, Michel Sapin, des affaires sociales, Marisol Touraine, et de la fonction publique, Marylise Lebranchu.


Ayrault ouvre l'épineux dossier des plans sociaux
La journée de mardi devait surtout consacrer la volonté du gouvernement de faire de la négociation la base de toute réforme économique ou sociale. Les leaders des cinq syndicats représentatifs (CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC) et des trois organisations patronales (Medef, CGPME et UPA) auront l'occasion d'exposer leur vision de la manière dont le dialogue social devrait s'organiser pendant le quinquennat.

"Contrairement à ce qui se faisait sous le précédent quinquennat, il n'y aura aucune annonce le soir même, assure-t-on à Matignon. Le but est d'écouter les partenaires sociaux sur les sujets qui doivent être discutés. La méthode sera tranchée lors d'une rencontre multilatérale qui doit se tenir début juin."

45 000 EMPLOIS MENACÉS

Mais l'inquiétude qui monte autour d'une multiplication des plans sociaux risque de bouleverser l'ordre du jour. Un document envoyé par la CGT au gouvernement évalue à près de 45 000 le nombre des emplois menacés dans 46 entreprises différentes. "Nos alertes ont vraisemblablement œuvré pour la présence de M. Montebourg", glisse d'ailleurs, pas mécontent, Mohamed Oussedik, chargé des questions industrielles à la CGT.

Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, devrait insister sur ce sujet. Les propos de membres du gouvernement affirmant que leurs prédécesseurs ont fait en sorte de retarder des plans sociaux ne sont pas non plus pour rassurer.

RETRAITE ET SMIC

Laurence Parisot, présidente du Medef, a pourtant rejeté fermement, dimanche sur RTL, toute explosion des plans de sauvegarde de l'emploi. Selon elle, "il n'y a pas plus de plans sociaux à l'heure actuelle qu'à la même époque l'année dernière".

Au Medef, on rappelle que les licenciements économiques représentent moins de 3 % des entrées à Pôle emploi. S'ils devaient se multiplier dans les prochains mois, ce serait davantage "en raison du déficit de compétitivité structurel de la France" que de la campagne électorale.

Mme Parisot compte insister sur le maintien, sous une forme ou sous une autre, de la TVA sociale votée par la majorité parlementaire sortante ou la non-augmentation des cotisations vieillesse, que le gouvernement compte relever pour financer le retour partiel de la retraite à 60 ans.

Elle devrait surtout répéter son opposition à tout renchérissement du coût des licenciements, alors que le gouvernement travaille à un projet de loi visant à dissuader les "licenciements boursiers". "Si les partenaires sociaux le demandent, nous sommes prêts à accélérer le calendrier sur ce projet de loi", avance-t-on au cabinet de Michel Sapin.

PROPOSITIONS SYNDICALES

Du côté syndical, on assure ne pas vouloir, non plus, que les rencontres de mardi se focalisent uniquement sur les plans sociaux. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, devrait arriver avec des "fiches contenant nos propositions sur tous les sujets", assure ainsi Laurent Berger, numéro deux du syndicat, même si la priorité de la centrale reste l'emploi.

La CFDT devrait proposer de "séparer les sujets entre ceux qui doivent être négociés entre syndicats et patronat, comme le marché du travail ou la qualité de vie au travail, et ceux qui doivent relever d'une concertation menée par l'Etat, comme les retraites, les politiques publiques de l'emploi ou le pouvoir d'achat".

"SUCCINCT"

De leur côté, FO et la CGT comptent mettre l'accent sur deux revendications plusieurs fois répétées : le retour complet de la retraite à 60 ans et la revalorisation du smic. "Nous allons aborder beaucoup d'autres sujets que les plans sociaux, même si, en une heure, ce sera forcément succinct", insiste Eric Aubin, secrétaire général de la fédération de la construction, qui devrait faire partie de la délégation.

La présence de Mme Lebranchu devrait permettre d'évoquer deux mesures réclamées par les syndicats de fonctionnaires : la suppression du non-paiement du jour de carence pour arrêt-maladie et la revalorisation du point d'indice, gelé depuis juillet 2011.

UN PIÈGE

A moyen terme, ces syndicats réclament une refonte de la grille indiciaire des rémunérations des fonctionnaires. "Aujourd'hui, de 25 % à 35 % des fonctionnaires des trois versants touchent un salaire brut sans prime égal - ou supérieur de 10 % - du smic", relève Jean-Marc Canon (CGT).

Mais les syndicats savent aussi que la partie s'annonce serrée et qu'ils vont devoir déjouer un piège : le gouvernement pourrait leur proposer le statu quo sur le pouvoir d'achat en échange de l'arrêt du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Jean-Baptiste Chastand et Béatrice Jérôme (lemonde.fr)