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BAISSE ANNONCÉE DES PRIX DES DENRÉES : LE POSSIBLE ET LE SOUHAITABLE

Rédigé par leral.net le Mardi 20 Mars 2012 à 17:30 | | 0 commentaire(s)|

Le Forum Civil


BAISSE ANNONCÉE DES PRIX DES DENRÉES :  LE POSSIBLE ET LE SOUHAITABLE
Au cours de la campagne électorale, un des candidats s'est engagé à procéder, dès son élection, à une baisse des prix des denrées de première nécessité. Si cette option paraît salutaire, elle pourrait, toutefois, pour sa mise en œuvre, se heurter à quelques difficultés d'ordre opérationnel. Du reste, le Gouvernement issu de l'alternance a, plusieurs fois, envisagé, sans succès, de baisser les prix de ces denrées. Les échecs répétés sont riches de leçons sur les errements de la politique budgétaire et sur certains acquis supposés de l'alternance en matière d'offre de produits alimentaires.

Il y a lieu de rappeler qu'au Sénégal, à la suite de l'adoption de la loi N°94-63 du 22 août 1994 instituant la libéralisation et la concurrence, l'orientation des prix résulte essentiellement de l'offre et de la demande. Sur cette base, faute d'une offre locale suffisante, l'inflation des biens de consommation courante est déterminée notamment par la répercussion des prix internationaux.
La difficulté d'appliquer une baisse des prix, à court terme, tient d'abord à l'inexistence de contrôle des prix. Elle s'expliquerait, ensuite, par la méconnaissance des couts d'achat des commerçants et des conditions entourant les approvisionnements (délais de livraison, gestion des stock, etc). Les crédits bancaires qui ont permis la constitution de ces stocks ont été établis sur la base d'un prix de sortie qu'il est difficile de remettre en question. Plus généralement, il est quasiment impossible de modifier les prix, sans toucher à leurs principaux déterminants en amont, notamment le transport, l'énergie,etc. De surcroît, dans les mesures initiées par l'Etat durant les 5 dernières années, aucun des facteurs à l'origine de l'inflation n'a fait l'objet d'ajustement ni de la part du gouvernement, ni des commerçants. Autrement dit, l'Etat n'a consenti aucune baisse de la fiscalité, tandis que les vendeurs n'ont pas souhaité renoncer à leurs marges. Dans ce contexte, la mesure a souvent été sans effet pour les consommateurs.

La flambée des prix internationaux sur les produits alimentaires s'explique par une série de facteurs, notamment les déréglements climatiques qui détruisent les récoltes (innondations, secheresse,..etc) et l'ajustement des coûts des intrans. Ces contraintes d'offre sont aggravées par la mise en place, au sein des principaux pays producteurs, notamment au Viêtnam, en Inde, (2èmeème et 3èmeème plus grands exportateurs de riz) et en Chine, de mesures de restriction des exportations pour satisfaire la consommation intérieure. L’Egypte, qui connait des incertitudes politiques, a décrété l’arrêt de ses exportations pour une période indeterminée. Du coté de la demande, la hausse de la consommation dans les économies émergentes, suscitée par la poussée démographique et l'amélioration du niveau de vie en Asie a exercé une pression supplémentaire sur les prix. Par ailleurs, des retentions de stocks de la part des négociants ont amplifié la pénurie. Cette situation refète les comportements spéculatifs sur les produits céréaliers devenus un refuge contre les fluctuations du dollar et les poussées inflationnistes. L'intensité de ces chocs est liée à la forte vulnérabilité du Sénégal, étayée par un degré d'ouverture de plus de 50% qui l'expose en permanence aux incertitudes du commerce international. Au plan interne, l'absence d'une veritable politique d'offre de produits vivriers a donné lieu à des incertitudes sur les recoltes et les prix.
Les perspectives apparaissent d'autant plus défavorables que les cours des principales denrées sont appelés à augmenter dans les 3 prochains mois, selon la FAO. Les risques que font peser la sécheresse annoncée en Chine, les inondations en Australie et les tensions en Ukraine laissent présager une situation inédite chez les importateurs nets comme le Sénégal. Au plan macroéconomique, le cercle vicieux qui pointe à l'horizon prendrait la forme d'une baisse des importations, liée aux restrictions opérées par les principaux fournisseurs, débouchant sur une contraction des recettes fiscales. Cette situation induirait une réduction de la marge de manœuvre budgétaire et un endettement accru qui entamerait la solvabilité de l'Etat. Le trésor public semble avoir épuisé ses moyens avec un déficit budgétaire à plus de 5% du PIB, largement au dessus des critères de convergence de l'UEMOA (3,%), tandis que le FMI n'est pas disposé à tolérer des excès. L'Etat, a jusqu'ici été incapable d'appliquer des aides et subventions ou d'autres mécanismes de relance efficaces, faute de marge budgétaire. Cette absence de marge peut toutefois être corrigée par le prochain Gouvernement, à travers la dissolution des agences et autres institutions jugées inutiles.
L'orientation des prix au Sénégal renseigne au moins que les formules telles que la GOANA et « Retour Vers l'Agriculture » (REVA) n'ont pas atteint leur objectif d'autosuffisance alimentaire pour constituer des remparts contre les chocs exogènes. Qui plus est, en décidant de limiter son action par une simple mesure administrative, le Gouvernement avoue son impuissance dans cette matière.
Dans le cadre de la mise en œuvre des promesses, la garantie durable d'une maîtrise des prix des céréales peut être fondée sur deux axes : la revue de la fiscalité et l'augmentation de l'offre.

Le premier mécanisme, de court terme, consiterait à diminuer la fiscalité de porte et la TVA sur les produits stratégiques, tout en supprimant les nombreuses agences et institutions jugées inutiles. Par le jeu de cette dépense fiscale, le Gouvernement allègerait ses besoins et, à due proportion, ses recettes, neutralisant ainsi les effets de la mesure sur les finances publiques. Plus spécifiquement, la diminution de l'impôt sur les hydrocarbures induirait mécaniquement une réduction des prix des autres produits de grande consommation, tant sa transversalité apparaît réelle au Sénégal. Toutefois, sa mis en oeuvre, serait difficile dès l'installation du nouveau Gouvernement, en raison d'une contrainte liée à la procédure de vote d'une nouvelle loi des finances. Le nouveau Gouvernement pourrait en effet, faire face à un besoin de cadrage institutionnel (installation du Parlement et Senat), les nouvelles elections étant prévues pour juin 2012. En outre, la mise en oeuvre de cette décision est rendue difficile par la lenteur que pourrait prendre la dissolution des agences, compte tenu des engagements à honorer, des programmes à achever et des autres contraintes juridiques afférentes à leur suppression.

La deuxième approche, inscrite à long terme, implique une attention plus soutenue aux producteurs de riz de la vallée du fleuve et du bassin de l'Anambé. L'Etat doit s'atteler à la définition d'une réelle politique de sécurité alimentaire, à partir d'incitations visant la fourniture de produits vivriers. Dans ce cadre, une réaffectation de dépenses non prioritaires pourrait être envisagée, en complément au soutien sous forme de protection transitoire, conformément aux clauses édictées par l'OMC. Bien entendu, ces initiatives seraient assorties d'une optimisation des approvisionnements et de l'emergence d'une veritable vocation agricole à construire dans le moyen terme.

Pour ce faire, les nouvelles autorités issues des elections doivent faire preuve d'une réelle volonté politique dans l'exploitation des atouts et potentialités, qui s'est ressentie malheureusement de l'opposition de forces privées soucieuses de préserver leurs rentes au détriment de l'intérêt collectif. Le lobby du riz, qui refuse de céder toute parcelle à la mise en valeur des terres de la vallée, dans le seul but de perpétuer ses profits, est illustratif de cet état de fait.


SOURCE:forumcivil@orange.sn