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BUSINESS, ARENE, FAMILLE, POLITIQUE… : Un Yékini lourd de vérites (Entretien exclusif)

Rédigé le Jeudi 7 Août 2008 à 16:24 | | 0 commentaire(s)

Il a toujours cette banane qui illumine sa bouche. Yakhya Diop, «Yékini», s'extirpe de sa rutilante et imposante Esculade noire pour s'offrir les portes du Groupe Avenir Communication au cœur de la cité Adama Diop, balayée par un vent chaud. Comme d'habitude, il offre son légendaire sourire avant d'enjamber les Marches du Quotidien. Et il est le premier lutteur invité de cette rubrique-phare du journal. D'ailleurs, il n'y a que le numéro 1 qui l'intéresse et qui mérite d'être convoité pour ce Sérère natif de Joal aux bords de la Petite-Côte. Il tire incontestablement sa force de cette particularité et de cette ambition. «Yékini» ne s'attarde jamais sur le passé, il regarde toujours vers l'avenir. Appliqué à l'échelle d'une carrière, son système de management exclut l'immobilisme pour atteindre les faîtes d'une gloire qu'il est parti rechercher et atteindre. Tee-shirt noir, jean levé, il arbore un bling-bling qui porte le N° 1 pour symboliser justement sa suprématie sur l'arène qu'il a mis sous son joug. Du haut de son invincibilité nourrie de 16 victoires sur 17 combats, «Yékini» sait qu'il est un monument dont les paroles ont toujours du poids dans le Sénégal de la lutte. Vendredi, en début d'après-midi, le roi «incontesté de l'arène» a accepté de passer par le siège du journal Le Quotidien pour évoquer son actualité, la situation de l'arène, les rapports avec le monde de la lutte, la suite de sa carrière, ses business et aussi son trône de Roi des arènes.



BUSINESS, ARENE, FAMILLE, POLITIQUE… : Un Yékini lourd de vérites (Entretien exclusif)
Pouvez-vous nous parler de votre enfance ?
Je suis né à Joal, où j'ai grandi. Mais, mes deux parents viennent des îles du Saloum. Plus exactement de Bassoul. Je peux, dès lors, dire que je suis de Bassoul, tout comme, je peux me réclamer de Joal.

Je suis passé par l'école coranique, l'école franco-arabe. Lorsque j'ai atteint un certain âge, j'ai quitté Joal pour me rendre à Kaolack, toujours pour les études avant de venir à Dakar, en 1991. Malheureusement, je n'ai pas pu continuer. Simplement parce que je n'avais pas les moyens de payer mes études. Financièrement, ce n'était plus possible. Je suis quand même allé jusqu'au niveau Bac en arabe. Je pense que c'est l'équivalent de la classe de Cm2 de l'école française (rires). Je n'aimais pas l'école française. Lorsque j'ai commencé la lutte, je suis quand même retourné à l'école pour connaître un peu la pédagogie. J'ai payé beaucoup d'argent pour cela. Parfois, j'étais obligé de payer 90 000 francs Cfa par mois juste pour que les choses aillent vite. Je n'avais que deux jours de cours dans la semaine à raison de deux heures par cours. Je me suis mis à la gestion, c'est la meilleure manière pour ne pas se faire arnaquer. En plus de cela, c'est pour mieux m'exprimer en français.

Signer des contrats aussi ?
C'est facile de signer un contrat. Par contre, le plus difficile, c'est de pouvoir le lire et de comprendre ce qu'il y a là dedans.

Quel a été le contrat que vous avez signé et qui a été d'une importance capitale dans votre carrière ?
C'est lors de mon deuxième combat avec Bombardier. On nous avait proposé 21 millions de francs Cfa chacun

Quel est le souvenir le plus douloureux et le plus heureux qui vous a marqué dans votre enfance ?
C'est le fait d'avoir perdu mon père très tôt. Je dois dire que je ne le connais même pas. Je ne pense pas que j'avais deux ans lorsqu'il a quitté ce monde. Par contre, ce qui me rend heureux aujourd'hui, c'est le jour où j'ai réussi à construire une maison pour ma mère, l'amener à la Mecque et subvenir, au tant que possible, à ses besoins. J'ai pu le faire lorsque j'ai commencé à disputer les grands combats. Entre 2005-2006.

Vous êtes un monument des mbapattes. Quel est le lutteur, parmi ceux qui ont marqué la lutte, que vous avez eu à croiser ?
C'est seulement Tyson et Zale Lô. D'ailleurs, ce dernier m'a terrassé en mbappattes. C'était la finale du drapeau du chef de l'Etat. Il était plus mûr que moi. Surtout que c'est mon aîné. J'ai perdu le combat avant de m'y rendre (Rires). C'est l'expérience. Vous savez, lorsque je rencontrais Zale Lô et autres, je n'avais pas pris au sérieux la lutte. Ce n'était pas un métier pour moi. On était à Joal. On ne s'entraînait pas. Je pratiquais plus le football que la lutte. A chaque fois qu'il y avait un combat de lutte, on y allait simplement pour disputer les combats et c'est tout. C'est au moment où je me suis rendu compte que je gagnais un peu d'argent que la lutte a occupé une place importante dans ma vie. D'ailleurs, j'ai été sélectionné pour le drapeau du chef de l'Etat, alors que je ne l'avais pas préparé. On est venu nous sélectionner et je suis parti comme ça. J'y suis allé et Zale Lô a pris le dessus sur moi. C'est ce jour-là que j'ai connu Katy (Amadou, son entraîneur). Il avait accompagné Zale Lô. Ce jour-là, je me souviens, il m'a dit de croire en ce que je fais, à la lutte. Que j'étais prédestiné à devenir un vrai champion. Pour cela, il m'a demandé de venir à Dakar. C'est ce jour que j'ai compris que mon avenir était dans la lutte.

Vous auriez pu défendre les couleurs sérères en faisant partie de cette écurie. Pourquoi n'avez-vous pas pris cette option ?

Je n'ai jamais cru à ces histoires d'écurie. Ce n'est pas parce que je suis Sérère que je dois être dans une écurie sérère. Je ne crois pas en cela. Je ne connaissais que Katy. J'ai cru en lui et depuis lors, on chemine ensemble. C'est vrai que beaucoup de mes parents sérères n'étaient pas de cet avis. Mais, aujourd'hui, je crois que j'ai eu raison de croire en lui. Une fois, je leur ai dit que si je devais seulement aller là-bas parce que c'est une règle, je préfère abandonner. Et aujourd'hui, je constate que la règle n'est pas respectée. On voit des lutteurs Walo-Walo qui sont dans les autres écuries. Beaucoup de lutteurs sérères auraient pu devenir de grands champions, s'ils avaient pris le même chemin que moi. Il y a Ismaël Diamniadio, Alioune Diouf, Ibou Ndaffa… Il n'y avait que Manga 2. Je n'étais pas venu pour être derrière quelqu'un. J'étais venu pour diriger. A l'époque, on venait juste de créer l'écurie Ndakaru et Katy (Diop) venait juste de quitter l'écurie Fass. Cheikh Mbaba était seul là-bas et il avait pris de l'âge, à l'époque. J'ai pris l'initiative d'y aller.

N'êtes-vous pas trop prétentieux ?
Mon père n'a jamais été à mes côtés. Je n'ai pas eu ce privilège. Tout ce que j'ai eu dans ce monde, je l'ai cherché tout seul. J'ai toujours cru en moi. Si vous pensez que c'est de la prétention, tant mieux. Une chose est sûre, c'est que je n'étais pas venu jusqu'à Dakar pour rester derrière quelqu'un.

Lors de votre dernier combat contre Balla Bèye 2, vous avez fait signe, donné à un moment, de votre désir d'aller vous coucher. C'était du show ou vous le pensiez réellement ?
C'est la réalité. Je n'avais jamais connu un combat aussi tardif. Je suis un couche-tôt. Même s'il y avait un peu de provocation là-dedans. Je me souviens, lors des mbappattes pour faire le show, on fait la même chose. J'ai pensé à cela et je l'ai refait.

Durant le combat, on vous a vu vous asseoir à plusieurs reprises. Ce que les lutteurs ne font jamais. A quoi cela est-il dû ?
Tout se prépare. Ce combat, je l'ai préparé juste à côté de vos locaux, sur la plage de Cambérène. Je savais qu'il y aurait beaucoup de combats ce jour-là. Je vais vous faire une confidence sur la manière dont je prépare mes combats : le jour du combat, je fais trois kilomètres de footing, dans la matinée, pour un réveil musculaire. Ensuite, je dois quitter Joal le jour même. Il y a le voyage. Je calcule tout cela. C'est pour cela qu'il m'arrive, lorsque je suis au stade, de marcher et de prendre le temps de me reposer aussi.

Il se raconte que lorsque vous regagnez Dakar, vous prenez la mer parce que tout simplement, il y a un djinn qui se trouve à hauteur de Bargny que votre protecteur vous interdit de croiser ?

Non, ce n'est pas le cas. Je prends la route comme tout le monde. A moins d'avoir un jet privé qui m'amène directement sur Dakar (rires). Vous savez, c'est une tradition de passer par la route pour se rendre à Dakar lors de chaque combat. C'est ce qu'on fait depuis toujours. Je vais faire une autre confidence : lorsque vous sortez ou rentrez de Dakar, il y a une prière à faire à hauteur de Bargny. C'est exactement entre Bargny et Rufisque. Lorsque vous la faites, cela peut vous protéger. Mais, il faut passer par la route d'abord avant de faire cette prière. Je ne vais pas dévoiler un secret (éclats de rire), mais c'est une prière qu'il faut réciter à onze reprises. C'est tout ce que je peux vous dire.

Vous avez dit avoir préparé pendant 4 mois votre combat contre Baboye, jusqu'à faire exprès de perdre du poids. Pourquoi toute cette préparation pour un adversaire que vous connaissiez déjà pour l'avoir battu à deux reprises ?
Non ! Toute cette préparation n'était pas destinée à Baboye. Si, par hasard, on se retrouvait dans une salle fermée, on n'aurait pas eu besoin de nous entraîner. Je m'excuse au passage, mais il y a de grands hypocrites dans ce pays. Surtout au sein de la lutte. Pour notre premier combat, je l'ai bien corrigé avant de le terrasser. Pour le deuxième, j'ai gagné sans même avoir eu besoin de le saisir au corps. Malheureusement, à chaque fois que j'écoutais les reporters, c'est le même discours qui revenait : Baboye Mbarodi, Gaïndé, l'Ouragan, etc., c'est comme s'il avait remporté ce combat. A partir de là, je me suis posé la question : et s'il m'avait terrassé ? Tout ce que j'ai eu à faire avant dans la lutte allait être réduit à néant. Ce n'est pas normal. Après mûre réflexion, je me suis dit que pour ce combat, il fallait que je mène une préparation exceptionnelle, et que la chute soit très spectaculaire. C'est la raison pour laquelle, j'avais dit que cela allait être notre dernière confrontation.

Ne pensez-vous pas que c'est de la jalousie envers votre ami, Baboye ?
Aucunement ! Au contraire, je respecte le lutteur. C'est juste que je ne suis pas d'accord qu'on change les rôles. Il y a un numéro 1 et après, ce sont les autres. Je suis le numéro 1. Qu'on me donne ce qui m'appartient. C'est tout ce que je demande. Vu que certaines personnes du milieu n'avaient pas compris cela, j'ai décidé de prendre très au sérieux le combat, parce qu'il y a des hypocrites dans ce milieu. Baboye n'était pas la vraie cible. Ce que j'ai eu à faire dans la lutte, Baboye n'a pas fait la moitié, et pourtant, c'est mon aîné. C'est vrai que c'est un ami. Le seul avec qui je discute au téléphone. Mais, il n'a pas connu le même parcours que moi. S'il était là, j'allais répéter la même chose. Il a battu simplement deux poids lourds. Et de quelle manière ! C'est «Bombardier» et «Gris Bordeauxï. Et cette chute n'a pas été très claire. Le premier qu'il a eu à battre, je l'ai battu à deux reprises. Tyson, je me suis amusé avec lui. Les Mor Fadam, Mouhamed Ali… Vous savez, tout ce que les gens disent, ne m'effleure aucunement. Ce qui m'intéresse, c'est de gagner mes combats. Favori ou pas, ce n'est pas mon problème. J'ai été distingué Lion d'Or. Un prix qui n'a jamais été décerné à un lutteur.

Oui, mais avant vous, des anciens ont quand même eu à imposer leurs marques dans l'arène ?
Oui, mais ce sont eux qui disent qu'il n'y a pas meilleur que moi. Je ne dis pas que je suis le meilleur lutteur de tous les temps, c'est vous, les journalistes qui l'avaient écrit. Par contre, parmi les anciens lutteurs, il y en a qui disent que je suis le meilleur. Et s'ils le disent, ils savent pourquoi ils le disent.

Tous ces commentaires qui vous sont défavorables, ne pensez-vous pas que c'est parce que vous êtes plus fort physiquement que Baboye ?
Je suis d'accord, mais que cela se fasse dans les règles de l'art. Mais, comme je viens de ledire, les gens font exprès d'oublier ce que j'ai fait dans la lutte. Je ne suis pas à ma première victoire. Ce que j'ai fait, aucun lutteur n'a eu à le faire. Qu'on le reconnaisse tout simplement.

Cette animosité dans l'arène, en avez-vous, après, discuté avec Baboye ?
Bien sûr ! Après notre deuxième combat, on a voyagé ensemble. On a passé une semaine ensemble. On était tout le temps ensemble. On discutait à longueur de journée. Un jour, je lui ai dit : Gaïndé, tu sais pourquoi les choses se compliquent dans ce pays, c'est parce que tout simplement, il y a pleins d'hypocrites dans le milieu.

Justement, on vous reproche d'avoir aidé mystiquement votre ami «Baboye» lors de son combat contre Gris Bordeaux. Est-ce le cas ?
Je n'aide aucun lutteur qui n'est pas de mon écurie sur le plan mystique. Les gens racontent ce qu'ils veulent. Ce n'est pas vrai. Il se trouve simplement que lors de notre voyage sur Paris, un jour, «Baboye» m'a interpellé, à la suite de la victoire de «Gris Bordeaux» sur «Bombardier» : «Comment vois-tu la situation de la lutte avec cette victoire de «Gris Bordeaux» ?» Je lui ai répondu de la façon la plus honnête en ces termes : «Tu vas lutter contre «Gris Bordeaux». C'est la condition sine qua non avant que je ne lutte contre l'un d'entre vous.» Ensuite, il m'a demandé : «Qu'est-ce que tu m'aurais conseillé, si je dois lutter contre lui.» Je lui ai répondu : «Fais-moi part de ton opinion d'abord.» C'est ainsi qu'il a soutenu que «Gris» avec son surplus de poids, il faut le bousculer vu que ses jambes ne supportent pas son poids. C'est alors que je lui ai serré la main en lui disant que c'était une bonne tactique. Par contre, il faut beaucoup travailler l'endurance. La suite, on la connaît.

Lors du combat, vous avez préféré reculer au lieu d'affronter votre adversaire. Pourquoi ?
C'est une stratégie. Je ne suis pas fou. Accepter un échange de coups de poings avec «Baboye», c'est tomber dans son piège. Il ne vient pas pour la bagarre. Car il sait que j'ai plus d'arguments que lui. J'ai plus de rallonge que lui et je suis plus fort que lui en boxe. Si j'avais opté pour cette tactique, il faudrait reconnaître qu'il n'y aurait pas eu de lutte. Ce que je ne voulais pas. Maintenant, n'oubliez pas que c'est deux chutes et non une. Mais bon, l'arbitre avait déjà sifflé. Je savais qu'il allait se ruer sur moi. La suite a été facile pour moi.

Avez-vous noté un changement dans le comportement de votre adversaire, au moment de l'échauffement ?
Pas vraiment. J'étais plutôt concentré sur ma stratégie. Je voulais le provoquer avec un direct et attendre sa réaction. Les gens disent souvent que je suis nerveux. Il suffit que je sois touché pour que je m'énerve. Non, les gens se trompent. Je suis quelqu'un de très calme. Il m'arrive de m'énerver, c'est vrai ; mais je garde toujours mon calme lorsque je suis dans l'arène. Il n'y a rien qui puisse me déstabiliser.

Mais contre Moustapha Guèye, cela n'a pas été le cas. Vous vous êtes quand même énervé.
J'aurais bien aimé ne pas en parler, mais comme vous avez abordé le sujet. Ce que je peux dire, c'est que ce jour-là tout le monde souhaitait ma chute. Tout le monde était contre moi : le Cng, les griots, le promoteur, même la presse. Seul le défunt Jacques Diène m'a fait part d'un complot contre moi. Il m'a dit, ce jour-là, qu'il suffisait juste que je mette un doigt au sol pour que je perde le combat. Je n'en revenais pas. J'ai eu, ce jour là, onze avertissements. C'était la première fois que je voyais autant d'avertissements dans un sport de combat. Cela n'existe nulle part dans le monde.

Il y avait une injustice. Moustapha Guèye a déjà fait son chemin. Je ne vois pas un lutteur qui sait lutter comme lui. C'est un champion. Il faut le reconnaître. Mais, il sait que j'ai autant de technique que lui. S'il avait accepté ce jour-là de lutter, il allait connaître une chute mémorable. Conscient de cela, avec son entourage, il a pris l'option de fuir durant tout le combat. Malgré tout, il est tombé à trois reprises. Ce que l'arbitre n'a jamais voulu admettre. Interpellé par rapport au jeu de Tapha qui fuyait le contact, l'arbitre m'a demandé tout simplement de gérer mon combat. Alors qu'il est là pour sanctionner les fautes, la passivité. Au contraire, j'ai eu droit à des sanctions.

Donc, c'est à partir de cet instant que vous avez décidé de beaucoup travailler, car convaincu que vous êtes seul contre tous ?
Justement. C'est à partir de ce moment-là que je me suis dit que je devais m'entraîner beaucoup plus, réclamer plus d'argent pour mes combats et être plus regardant. Sans cela, peut-être que j'aurais déjà essuyé ma première défaite. La lutte, c'est le Cng, les promoteurs, le comité d'organisation et les supporters. Ces derniers ne décident de rien. Ils ne sont là que pour le spectacle. Maintenant, s'il y avait une certaine irrégularité, le promoteur ne manquerait pas d'interpeller l'arbitrage. Ou encore, le Cng. Ce qui est désolant, c'est que le jour de mon combat contre Tapha Guèye, comme par hasard, cela ne les regardait même pas. Personne n'est venu intervenir. C'est comme si j'étais un Burkinabè venu de l'autre bout de l'Afrique pour rencontrer un Sénégalais qui faisait tout ce qu'il voulait et qui avait décidé, par des simulations, de ne pas combattre. Et tout cela, sous les yeux de l'arbitre. C'est à cet instant que je me suis énervé. Disons que lors de mon combat contre Tapha, j'ai échappé à un complot.

A la fin de votre combat contre «Baboye», vous avez interpellé Gaston Mbengue, le promoteur, en lui demandant ce qu'il avait encore à dire ?
C'est vrai ! C'est que j'avais juste lu une de ses déclarations, dans un journal de la place, où j'ai senti qu'il contestait un peu mon titre de Roi des arènes. Contrairement à la plupart des gens. Alors, lorsque j'ai battu «Baboye», occasion ne pouvait être plus belle pour avoir à nouveau son opinion. Et lorsque je lui ai posé la question, il a aussitôt soutenu que j'étais le Roi des arènes. Donc, il y avait plus rien à dire.

Et s'il avait maintenu sa position ?
Je me contenterais de la réponse qu'il me donnerait et j'essayerais de trouver une autre alternative pour le faire changer d'avis. Ce qui amènerait un autre combat qui sera plus difficile que celui-là.

Vous dites avoir une certaine affinité avec Balla Bèye 2. Est-ce la même chose avec Serigne Dia «Bombardier» ?
Non ! Il n'y a pas la même affinité entre nous. C'est juste que cela me rend triste de voir un lutteur dans une mauvaise passe. Ce que je souhaite réellement, c'est de voir les autres lutteurs avoir de belles bagnoles et être admirés à chaque fois qu'on les croise. Ce n'est pas la même chose lorsque tu rencontres un lutteur dans la rue et que les gens ont pitié de sa situation. Cela me dérange.

Justement, pour l'aider à se relancer, êtes-vous prêt à accorder une revanche à «Bombardier» qui vient de connaître une année blanche ?
Il y a une certaine logique et une réalité dans l'arène. Les promoteurs choisissent les lutteurs qui font l'événement. C'est pour rentrer dans leurs fonds. Le sponsor est dans cette même dynamique. Ce n'est pas à moi de choisir «Bombardier». Si je dois l'accepter, ce sera avec beaucoup d'argent. Mais, je ne donnerai pas de chiffres. Car pour l'avoir battu deux fois, je n'ai aucun intérêt à lutter à nouveau contre lui. Et avec ce qui lui est arrivé, il a du chemin à faire, dans les normes, avant de m'affronter, pour avoir perdu devant «Gris Bordeaux» et Balla Bèye 2.

Quelle est votre position sur les quatre appuis ? Le président du Cng, Alioune Sarr, serait favorable à sa suppression.
Les quatre appuis, c'est une vraie chute. Je n'ai pas le même avis que le président Alioune Sarr sur cette question. Je suis pour le maintien de cette forme de chute. A la lutte avec frappe, quand un lutteur se retrouve avec les quatre appuis à terre, alors qu'il était debout, les poings fermés, il doit être déclaré battu. Si les gens en font tout un débat, c'est simplement parce que ce sont les arbitres qui dorment toujours. Ces derniers ne sont pas à 100 mètres ou à 1 km des lutteurs. Ils sont juste à côté. Ils peuvent voir facilement s'il y a chute ou pas. Les gens parlent même d'un quatrième arbitre pour mieux voir les chutes. Donc, le problème ne devrait pas se poser. Maintenant, à la vitesse à laquelle, vont les choses, je crois qu'on risque de se tourner vers la vidéo. Ce qui est une bonne chose. On le voit à travers la lutte olympique. Par ailleurs, il faut qu'on se dise la vérité. Pour être arbitre, il faut avoir une bonne vision. Ce n'est pas le premier venu qui doit l'être ou celui qui n'a plus de réflexes. Je ne parle pas seulement d'âge. Il y a des gens qui n'ont pas une bonne vision.

Il y aussi le débat sur les protège-dents...
Je l'utilise. Je partage donc cette idée du port du protège-dents. Je ne vois pas dans cette salle quelqu'un qui souhaite perdre ses dents (rires).

Pourquoi vous portez une chaîne autour du cou avec le numéro 1 ?
Parce que tout simplement, je suis le numéro 1 (rires). La chaîne que je porte est en argent. Elle n'est pas mystique. Je suis devenu numéro 1 depuis que j'ai terrassé tout le monde. Et je m'en suis rendu compte juste après le combat contre Tyson (Mouhamed Ndao).

Est-ce d'ailleurs le combat qui vous a relancé ?
Ce n'est pas le combat qui m'a relancé. Mais avant de le rencontrer, j'ai constaté que je n'avais plus d'adversaire autre que lui. Il fallait que je passe par lui pour poursuivre mon chemin. C'était incontournable.

Qui dispose du meilleur profil pour être votre prochain adversaire ?
Il y en a plusieurs.

On parle surtout de Balla Gaye 2. Qu'est-ce que vous en dites ?
Il est plus fort que moi. Il est en mesure de me terrasser (rires). C'est vous qui parlez de Balla Gaye 2, mais il y a «Bombardier» et autres. Prenons le cas de Balla Gaye 2. Il n'a pas fait ce que j'ai eu à faire dans la lutte. Il n'a pas terrassé un vrai champion. Il n'a pas lutté contre Balla Bèye 2, «Gris Bordeaux», «Bombardier». Malheureusement, dans ce pays, les gens spéculent trop, ils veulent faire des raccourcis. On veut prendre ce gosse et on veut le hisser au sommet. Il y a beaucoup de lutteurs de sa génération contre qui il peut lutter. Des gosses comme Modou Lô, Tapha Tine... Ils sont nombreux. Ecoutez, je sais que ce que je vais dire ne va pas lui plaire, c'est un jeune frère, mais il n'a encore rien fait dans la lutte. Je ne veux pas polémiquer. Pourquoi, il ne cherche pas à lutter d'abord contre ceux que j'ai terrassés avant de penser à moi, ni contre «Gris Bordeaux», Balla Bèye 2, «Bombardier». Il n'a lutté avec aucun de ces lutteurs que j'ai déjà terrassés. Ce n'est pas logique. J'ai de très bons rapports avec les lutteurs. Surtout les jeunes. Je ne veux pas lui faire de la peine. Mais, c'est la réalité. N'oubliez pas qu'il y a, également, Lac de Guiers 2. Il ne faut pas l'oublier. Maintenant, si on juge normal que Balla Gaye 2 doit lutter contre moi, je ne dirai pas non. La même chose est valable pour tous les jeunes qui veulent se frotter à moi. J'exigerai juste un cachet particulier. Sinon, ce serait trop facile.

Gaston Mbengue a déclaré que vous avez signé un second contrat avec lui. Qu'en est-il exactement ?
Non ! Non ! Il ne s'agit pas de cela. J'avais signé un contrat avec Gaston Mbengue. C'était pour mon combat contre Balla Bèye 2. C'est du passé maintenant. Il n'y a plus rien qui nous lie. C'est vrai qu'il y avait cette possibilité d'un second combat sur la base d'un projet de contrat. Seulement, après réflexion, on s'est rendu compte que cela ne pouvait pas se faire dans la mesure où cela n'allait pas nous arranger. Ni lui, ni moi. Je ne voulais pas signer avec lui un contrat et avoir une meilleure offre demain. Je n'ai plus rien à prouver dans la lutte. Je ne cherche que de l'argent. Je ne veux pas garder l'argent d'un promoteur, alors qu'on ne sait pas quand est-ce qu'on aura une date, un adversaire. Donc, pour être plus précis : il n'y a plus de contrat qui me lie à Gaston Mbengue.

Quelles ont été les clauses de ce projet de contrat ?
Il avait ciblé cinq lutteurs : Balla Gaye 2, «Bombardier», «Gris Bordeaux», «Tyson» et aussi Balla Bèye 2. A l'époque, Baboye n'avait pas encore lutté contre «Gris». J'étais d'accord sur le principe. Malheureusement, on s'est rendu compte que cela ne nous arrangeait pas tous les deux. On a tout annulé.

Quel est votre regard sur l'absence de Mouhamed Ndao «Tyson» ?
Je n'ai rien à dire sur l'absence de «Tyson». J'aimerai qu'on parle des lutteurs en activité. C'est vrai que je suis le Roi. Mais ce n'est pas parce que je ne serai plus là demain, que tout va s'arrêter. Les amateurs iront chaque dimanche au stade. La lutte est un sport qui n'a pas besoin de locomotive. Mon idole qui est dans la boxe, a décidé de mettre un terme à sa carrière, à l'âge de 31 ans. Ce qui n'empêche pas les gens de continuer à suivre la boxe. Mouhamed Ali, n'est plus là, mais la boxe continue. Zidane n'est plus là. Est-ce que la balle s'est arrêtée de rouler ? Elle roule toujours. Aujourd'hui, il n'y a plus Robert (Diouf), Mbaye Guèye, Fallang, Doudou Baka (Sarr) dans l'arène, mais la lutte continue.

Vous avez réussi à gagner un peu d'argent dans la lutte. Dans quoi investissez-vous ?
Je ne vais pas vous dire tout ce que je fais. Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'investis dans le bâtiment. Je travaille également avec une entreprise de la place. Elle fait dans la publicité. Je fais partie, avec le directeur, des gens qui assurent le financement de la boîte. Je suis un pêcheur. J'investis beaucoup dans ce secteur. Ne vous imaginez pas que j'ai des bateaux de pêche. Je n'ai qu'une seule pirogue (rires). C'est mon grand frère qui s'en occupe. Ne vous attendez pas à ce que je vous dise combien je gagne par jour. C'est impossible à déterminer. C'est aléatoire. J'aimerais bien avoir beaucoup de maisons. Maintenant, on ne peut pas investir dans un seul créneau. Il faut savoir diversifier.

Seriez-vous prêt à investir dans la lutte au niveau des infrastructures, avec tous les problèmes que cette discipline rencontre surtout concernant l'arène nationale ?
Ce n'est pas aux lutteurs ou aux fédérations de construire des stades. La tâche incombe à l'Etat. Le football génère beaucoup plus d'argent que la lutte. Et vous n'avez jamais vu un footballeur construire un stade dans ce pays. On paye des impôts comme tout le monde. Cette tâche revient à l'Etat.

Faites-vous de la politique ?
Non ! Je n'aime pas la politique. La plupart des politiciens ne disent pas la vérité. Je n'aime pas le mensonge. Malheureusement, la politique rime avec mensonge. Je suis un citoyen sénégalais. Je vais voter comme tout le monde.

Comment analysez-vous la tension entre la presse et le régime actuel ?
Dans la vie, il faut savoir cohabiter. L'Etat a ses droits et ses devoirs. Les journalistes de même. C'est vrai qu'il arrive que l'Etat transgresse les règles. Mais, il arrive aussi que les journalistes en fassent de même. J'ai eu, à plusieurs reprises, des différends avec les journalistes. Aussi lorsque je vois ce qui ne me plaît pas dans la démarche de l'Etat, je ne me prive pas de le dire. Ce que j'ai aujourd'hui, j'ai sué pour l'avoir avec la grâce de Dieu. Maintenant, dans ce différend entre les journalistes et l'Etat, chacun pense qu'il est intouchable. Ce n'est pas comme ça que vous allez vous en sortir. J'ai entendu l'affaire des journalistes qui ont été agressés. Etant donné que je n'étais pas présent, je ne peux pas trop m'avancer là-dessus. Mais je ne suis pas d'accord sur ce qu'on a fait aux journalistes. On ne doit pas frapper de la sorte une personne. Même s'il n'est pas journaliste. Il arrive que les lutteurs prennent des coups de la part des policiers. Les politiciens subissent, des fois, le même sort. Il faut se retrouver autour d'une table et discuter.

Comment analysez-vous les difficultés que rencontrent quotidiennement les Sénégalais ?
Je vis cette situation comme tous les Sénégalais. J'ai des coupures d'eau, d'électricité, comme tout le monde. La vie est difficile. Il faut que l'Etat travaille davantage pour trouver des solutions aux problèmes que rencontrent quotidiennement les Sénégalais.

Quelle est votre situation matrimoniale ?
J'ai un enfant. Il est né de mon premier mariage. Il s'appelle El Hadji Malick Diop. Il a à peine 4 ans. C'est le seul que j'ai pour l'instant. Et je ne pense pas que j'en aurai plusieurs. Mais pour votre information, je me suis remarié.

Souhaiteriez-vous que votre fils devienne, demain, un lutteur comme vous ?
Non !

Pourquoi ?
Pour l'instant, je ne le souhaite pas. Il a à peine 4 ans. Il va à l'école maternelle toute la semaine. Le week-end, il va au daara (école coranique). J'essaye de l'encadrer au maximum. Maintenant, si demain, il souhaite faire de la lutte, je ne m'y opposerai pas. Je lui dirai simplement, voilà ce que j'ai fait pour toi. Voilà ce que je te conseille de faire. Libre à toi de choisir le chemin que tu veux. Mais comme je l'ai dit, je ne souhaiterais pas qu'il devienne un lutteur.

Qu'est-ce que vous souhaiteriez qu'il fasse demain ?
J'aimerais qu'il fasse du sport. Soit de la boxe, du football ou du basket. Surtout la boxe. C'est le sport que j'aime le plus. Si j'avais à choisir, j'allais faire de la boxe. Surtout quand j'avais 17 ans. Malheureusement, je n'avais pas la possibilité de voyager. Aujourd'hui, ce n'est plus possible. Mais j'aime beaucoup la boxe. Et mon idole est un boxeur : il s'appelle Floyd Mayweather Junior.

Mais vous auriez, dans ce cas, pu choisir un surnom de boxeur et non celui d'un footballeur ?
Attention, j'étais un grand footballeur aussi (rires). C'est en décembre 1992 que j'ai commencé la lutte avec les mbappattes. Cela avait coïncidé avec la Can 92 qui se déroulait ici même dans notre pays. Je peux dire que j'avais la même morphologie que Yékini (Rachid, ancien international nigérian). Mais par contre je n'étais pas un grand attaquant. J'étais plutôt un bon libéro.

Combien d'années vous reste-t-il encore dans l'arène ?
Seul Dieu sait. J'avais dit l'année dernière que je souhaiterais encore passer cinq ans dans l'arène. Depuis, cela fait deux ans. Il me reste donc trois ans dans l'arène. Combien de combats je vais devoir disputer ? Je ne le sais pas. Par contre, je ne veux pas dépasser ces trois années. Le sport de haut niveau est très difficile. A un moment donné, on ne peut plus continuer. C'est énormément de sacrifices. Vous savez, j'étais à la plage de Cambérène, durant ces quatre derniers mois, à chaque fois à 4 h du matin. Je terminais à 5 h du matin pour retourner chez moi. A 10 h, j'étais en salle pour une séance de musculation. Et à 17 h, c'est de la boxe ou des contacts. On ne peut pas éternellement vivre le même rythme. Mentalement, on ne tient plus, à partir d'un certain moment. La motivation n'est plus là.

Malheureusement, la relève pose problème au sein de votre écurie. Derrière vous, les jeunes éprouvent du mal à s'imposer. Pourquoi ?
«Yékini Junior» est toujours là. Il a connu des difficultés, mais il est de retour. Le fils de Robert, Mame Mbagnick est là. Youssou Ndour, «Criss Cross». Il y a beaucoup de jeunes qui peuvent assurer la relève.

Malheureusement, on ne les voit exceller que dans la lutte olympique.
C'est vrai ! Au grand malheur de la lutte avec frappe. Vous savez, ces jeunes décrochent des médailles et des fois, ne voient même pas le ministre des Sports. C'est toujours le même constat. J'ai ramené sept médailles d'Or, deux médailles d'argent, j'ai été deux fois meilleur lutteur africain. Je n'ai pas été récompensé au retour. On avait que des per diem avec la journée à 3 000 francs Cfa. On dit qu'ils ont augmenté le montant. Vous savez à combien ? A seulement 5 000 francs. Les gosses se défoncent pour le pays et au finish, ils n'ont rien.

Et pourquoi ne dénoncez-vous pas une telle pratique ?
C'est ce qu'on fait depuis toujours. Mais, cela ne change pas. Ce n'est pas parce qu'on dénonce que les choses vont forcément évoluer. Prenez votre exemple. Vous revendiquez des droits tous les jours, est-ce que vous avez eu gain de cause ? (éclats de rire). Donc, ne nous demandez pas de dénoncer ces pratiques. Cela ne changera rien.

Ne pensez-vous pas qu'il s'agit d'un problème d'organisation au sein des lutteurs ?
Les anciens lutteurs ont une bonne association. Malheureusement, pour ce qui est de la génération actuelle, ce n'est pas possible. Tout simplement parce qu'on ne met pas en pratique ce qu'on se dit en réunion. J'ai assisté à deux réunions. Tout ce qu'on s'est dit, on ne l'a pas respecté. Alors que dans une association, on doit tous tendre vers la même direction. Ce qui n'est pas le cas. J'ai pris mes propres dispositions et responsabilités pour mener ma propre politique.

Vous semblez être un solitaire ?
Je ne le suis pas. Je respecte les lutteurs. Je respecte surtout les jeunes. Je n'arrête pas de leur prodiguer des conseils. Par contre, je refuse de perdre mon temps à des choses qui n'aboutissent à rien. Je n'ai plus le temps.

Quels sont les conseils que vous prodiguez à celui qui devra vous succéder au trône ?
Il doit apprendre à se coucher très tôt. On dit que la meilleure récupération se fait entre 21h et 3h du matin. C'est ce que j'essaie de respecter au maximum. Ensuite, il doit éviter la cigarette, l'alcool. Ce n'est pas bien pour la santé d'un sportif. Je ne dis pas qu'il ne doit pas faire la cour aux filles. Mais, il doit s'y prendre avec beaucoup de discipline. Par contre, vouloir courir derrière toutes les filles (rires), ce n'est pas possible.

Quelles sont vos relations avec les filles ?
Beaucoup de respect. Il m'arrive de croiser une fille et elle flippe facilement avec ces termes : (Ndégua thiofé). Il arrive aussi que je croise une fille et elle dit de manière directe, que t'es vilain (rires).

Que ferez-vous après la lutte ?
Je deviendrai journaliste comme vous (éclats de rire).

Source: Le Quotidien



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