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Babacar Gaye : "Aucun sujet n'est tabou si nous voulons promouvoir des solutions durables"

Le porte-parole du Parti démocratique sénégalais (Pds), Babacar Gaye, estime que le dialogue doit porter sur tous les sujets, y compris les dossiers judiciaires.


Rédigé par leral.net le Mercredi 4 Février 2015 à 09:59 | | 5 commentaire(s)|

Babacar Gaye : "Aucun sujet n'est tabou si nous voulons promouvoir des solutions durables"
Quelle appréciation faites de l’appel au dialogue lancé par Me Wade au président Sall?

Au Pds et pour tous les démocrates, le dialogue politique est consubstantiel à une démocratie. Il est indispensable à une cohabitation harmonieuse, entre une majorité électorale qui gouverne et une minorité qui s'oppose en préparant son retour démocratique aux affaires. Entre deux séquences électorales, seul un dialogue politique inclusif, permanent et non contingenté, sur la gouvernance politique peut créer les conditions d'une paix civile et par conséquent les bases d'un développement économique et social. L'appel au dialogue du président Wade est à apprécier à l'aune de ses convictions politiques et de son parcours exceptionnel, ponctué par des cycles de crises-décrispations avec Senghor d'abord, ensuite avec Diouf et enfin avec son opposition quand il a pris le pouvoir. Il a fait son devoir en toute responsabilité et en toute humilité. C'est ce que notre histoire politique dicte à Macky Sall qui devrait être l'initiateur d'un tel appel. Cependant, il ne faudrait pas que l'autre camp y perçoit un acte de faiblesse ou une volonté de nouer systématiquement une coopération politique avec l'Apr. Tendre la perche à Macky Sall est la seule motivation qui guide le choix de Me Wade qui a théorisé dans un "Destin pour l'Afrique", l'absolue nécessité du dialogue entre la majorité et l'opposition dans les pays africains qui sont à l'apprentissage de la démocratie. Ce n'est pas aujourd'hui qu'il va renier ses convictions alors que celui qui est au pouvoir actuellement est un produit "made by Wade".

Sur quoi l'opposition et le pouvoir pourraient dialoguer?

De tout avec un grand T, pour parler comme Me Wade quand il sortait d'une rencontre avec Diouf qui venait de lancer un appel à un dialogue politique. La "Table ronde" qui s'en est suivie a abouti à un Code électoral consensuel de 1992. A chaque époque, ses contradictions. Aujourd'hui, les divergences portent sur la gouvernance démocratique, sur l'état des libertés et des droits de l'homme, sur la gouvernance judiciaire et sur les dossiers de corruption qui font la une des journaux et à propos desquels, majorité, opposition et société civile ne par lent pas le même langage. Pourqu'il ait une volonté de briser cette chienlit, le dialogue dont il s'agit doit être inclusif, permanent et non contingenté. Aucun sujet n'est tabou si nous voulons promouvoir des solutions durables.

Que pensez-vous de la réponse du président Sall?

J'ai l'impression que le président Macky Sall a répondu à la main tendue par Me Wade qui parle au nom du Front patriotique pour la défense de la République par convenance démocratique et non par conviction. Sinon, il est incompréhensible de noter dans son discours des réserves comme s'il voulait répondre à l'offre de dialogue avec un poignard entre les dents. Le Pds n'est pas dans cet état d'esprit. Le président de la République est la clé de voûte des institutions; il est garant de la paix civile et de la stabilité du pays. Et sous ce rapport, la recherche du consensus le plus large est de sa responsabilité et de son intérêt. S'il ne prend pas le dessus sur les faucons de son camp, un dialogue sincère et fructueux ne pourrait être envisagé.

Me Wade demande la libération des responsables détenus alors que le président Sall évoque le principe de la séparation des pouvoirs. Ces positions ne risquent-elles pas de plomber le dialogue?

La libération des responsables du Pds, arbitrairement détenus, n'est pas une demande exclusive de Me Wade. Mêmes les organisations des droits de l'homme ont demandé que les détenus politiques soient élargis. Qui plus est, l'offre de dialogue de Me Wade répond à un constat de blocage consécutivement au bâillonnement des libertés publiques, à la négation des droits des personnes, aux interdictions systématiques des manifestations pacifiques de l'opposition et à une mauvaise administration de la justice dans le procès de Karim Wade et consorts. Si le président invoque le principe de la séparation des pouvoirs (législatif et judiciaire) c'est parce qu'il a quelque chose à se reprocher. Macky Sall ne croit pas au principe de la séparation des pouvoirs ou du moins il n'en fait pas bon usage. D'abord c'est lui qui a demandé aux députés membres de « Bennoo Bokk Yaakaar » de voter pour Moustapha Niasse comme président de l'Assemblée nationale. Ensuite c'est toujours lui qui a avoué avoir mis sous le coude des dossiers qui concernent des mis en cause pour enrichissement illicite en tant que chef indirect des poursuites. Monsieur Macky Sall gagnerait à assumer son statut de chef de l'Etat et clé de voûte de nos institutions et se comporter en arbitre. Mais c'est une posture impossible pour un président qui pense à sa réélection, à quatre ans de la fin de son mandat. Si l'offre de dialogue politique est plombée, le président de la République qui aurait dû en être l'initiateur, en serait le seul responsable

Le Soleil






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