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Baldé pas encore à Rebeuss: L’Etat s’évite un front au sud

En n’emprisonnant pas le maire de Ziguinchor comme il l’a fait pour son “jumeau” de l’Anoci, le pouvoir se laisse une marge de manœuvre pour prendre en compte une situation politique et sociale tendue qu’il urge d’apaiser.


Rédigé par leral.net le Mercredi 27 Août 2014 à 11:58 | | 3 commentaire(s)|

Baldé pas encore à Rebeuss: L’Etat s’évite un front au sud
Le scénario que pouvaient craindre Abdoulaye Baldé, ancien ministre de l’Industrie, et ses partisans, soit un mandat de dépôt suivi d’une détention préventive dans le cadre de la traque supposée aux biens mal acquis, n’aura pas lieu. Du moins pour l’instant.

Le maire de Ziguinchor s’en est sorti hier, de manière provisoire, après son face-à-face très attendu avec le Procureur spécial de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), Alioune Ndao.

Plus chanceux ou veinard que Karim Wade, Baldé, déjà déchu de son immunité parlementaire, interdit de sortie du territoire, s’est vu attribuer un autre “statut” : la mise sous contrôle judiciaire.

A dire vrai, c’était la “peine maximale” que l’on attendait du Procureur eu égard au contexte et à un faisceau de facteurs politiques, sociaux, émotionnels qu’il eût été inquiétant d’ignorer.

Une certaine lucidité a donc prévalu dans le traitement d’un cas aussi difficile que celui représenté par l’ex-flic devenu Inspecteur général d’Etat (IGE).

Où l’on s’aperçoit que des considérations politiques de premier ordre ne sont jamais loin de certaines affaires judiciaires, quoi qu’en disent les archiducs du principe de la séparation des pouvoirs.

Qu’aurait gagné le régime du Président Macky Sall à emprisonner Abdoulaye Baldé, un opposant fraîchement réélu à la mairie de Ziguinchor en juin dernier, au nez et à la barbe de candidats dotés de tous les moyens financiers et institutionnels dont on peut rêver en temps de conquête politique ?

Sans doute pas grand-chose, si ce n‘est renforcer le spectre de défiance qui se forme peu à peu à partir de certaines franges de la société en perspective d’un double projet aux finalités antinomiques : faire table rase de l’existant actuel en remettant les compteurs à zéro, ce qui est le souhait des “Libéraux” confrontés à la traque des biens mal acquis ; redonner un souffle novateur au plan alternatif populaire qui avait provoqué la chute du régime des Wade et associés, un dessein encouragé par tous les déçus de Macky Sall.

Abdoulaye Baldé appartient au premier courant, celui de la restauration, mais il s’est aussi attiré la sympathie de leaders du courant de la rectification dont Idrissa Seck et Khalifa Sall, entre autres.

Sans être un poids lourd en politique, contraint de faire avec un déficit fondamental de charisme qui le prédisposerait à être traqué, le maire de Ziguinchor a tout de même démontré qu’il reste un grand seigneur chez lui, au Sud.

Sa capacité de mise en synergie des forces qui lui sont favorables dans un contexte difficile à travers une projection tactique sur le reste du pays avant et au cours de la campagne électorale des Locales, et sa victoire retentissante ont préparé le sursis que le Procureur Alioune Ndao lui a octroyé hier après la fin de sa période de mise en demeure.

Comment mettre en prison un adversaire politique qui vient de vous administrer une défaite imparable dans un scrutin universel et de fait dépositaire d’une légitimité incontestable ?

Ce pourrait avoir été la première équation face à laquelle le pouvoir a dû s’incliner, bien malgré lui.

Deuxième équation. Autant Karim Wade a été le symbole arrogant de la gouvernance du régime précédent, enfant gâté et prince tout-puissant d’une République qu’il a rejointe sur le tard et qu’il voulait à son image, Abdoulaye Baldé se présente autrement à l’opinion.

C’est le ressortissant, “le fils” d’une Casamance ensanglantée par un séparatisme vieux de plusieurs décennies, parvenu au sommet des pouvoirs par divers moyens, peut-être aveuglé un moment par l’illusion de la puissance et de l’éternité, puis ramené sur terre un certain soir de 25 mars 2012.

Ce n’est pas un hasard si certains de ses partisans, opportunistes et vicieux, ont tiré sur la fibre ethnique pour prévenir contre toute arrestation de leur leader par la Cour de répression de l’enrichissement illicite, avant que Jean-Marie François Biagui du parti MFDC ne rétablisse avec pertinence la vérité des faits.

Il n’empêche que cet argument de bas de ceinture a dû lourdement peser sur la décision de la CREI (et de l’Etat) de préférer pour Baldé le contrôle judiciaire à l’emprisonnement, en dépit du scandale économique et financier qu’a été l’Anoci dont il a été le directeur exécutif.

Troisième équation. Harcelé et malmené par des forces d’opposition disparates et déstructurées, le pouvoir du Président Sall est déjà sur la sellette à propos de plusieurs affaires.

Celle de l’étudiant Bassirou Faye, loin d’être close, a de fait bloqué l’université Cheikh Anta Diop, en attendant les résultats de l’enquête, les sanctions projetées, et le sort qui pourrait être réservé aux ministres politiquement responsables du drame.

Par ailleurs, le talent et la perspicacité des avocats de Karim Wade donnent des urticaires à la CREI et ont terriblement écorné l’image d’équité et de justice dont s’est toujours prévalu le pouvoir dans le traitement du dossier du fils Wade jusqu’à provoquer un certain retournement dans une portion de l’opinion publique.

Alors, pourquoi s’encombrer d’un autre “otage politique” comme Abdoulaye Baldé dont l’arrestation ouvrirait un autre “front” au Sud qui fonctionnerait au rythme des amalgames politiciens et ethnicistes ?

Quatrième équation. Baldé sous contrôle judiciaire et donc une épée de Damoclès par-dessus la tête, le pouvoir se donne une marge de manœuvre politique face à un adversaire potentiel dont le poids électoral dans la région de Ziguinchor se révèle non négligeable.

Marge de manœuvre en prévision de la présidentielle de 2017 ? L’ex co-patron de l’Anoci n’ignore pas que sa cogestion du sommet islamique de 2008 est une source potentielle de fragilités pour sa carrière politique.

Un pragmatisme bien pensé le rendrait ainsi disponible pour un “compromis” politique, judiciaire ou même juridique qui arrangerait tout le monde sauf la gouvernance vertueuse et le principe de la reddition des comptes.

A moins qu’il la joue radical jusqu’au bout... Ce qui n’est pas une habitude chez nos politiciens.

EnQuete






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