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Barack Obama au chevet des victimes d'Aurora

le 23 Juillet 2012 à 13:21 | Lu 591 fois

Le président américain a écouté et pleuré avec les familles des victimes et les blessés. Le suspect doit comparaître lundi après-midi devant la justice. Les motivations de James Holmes restent un mystère.


Barack Obama au chevet des victimes d'Aurora

«Tout le pays pense à vous». C'est très ému que Barack Obama s'est rendu dimanche à Aurora dans le Colorado au chevet des survivants de la fusillade et des familles des 12 victimes. Le président a embrassé, à l'abri des caméras, les proches de ceux tombés sous les balles de James Holmes et «pleuré avec elles». «Je leur ai dit que les mots sont toujours trop faibles mais que ma mission principale était de représenter le pays», a déclaré le démocrate qui a passé plus de deux heures à l'hôpital et était au courant de l'histoire de chacune des victimes.

Après avoir rencontré les blessés hospitalisés en soins intensifs, Barack Obama a salué «ces jeunes qui, il y a deux jours, n'étaient pas certains de s'en sortir, et maintenant ils parlent». «Même dans les jours les plus sombres, la vie continue». Un des moments les plus émouvants est venu lorsque le démocrate a partagé les souvenirs de deux jeunes filles, Allie Young et Stephanie Davies. «Dès que Holmes a balancé sa bombe fumigène, Allie s'est levée pour alerter les spectateurs et elle a reçu une balle dans le cou. Stéphanie a eu la présence d'esprit de la mettre à l'abri et de placer ses doigts sur la blessure pour maîtriser le saignement pendant toute la fusillade. Toutes les deux représentent ce qu'il y a de mieux en chacun de nous».

Un suspect peu loquace
Venu «plus en tant que mari et père qu'en tant que président», Barack Obama, qui a comme son adversaire républicain Mitt Romney suspendu sa campagne électorale, a insisté sur la nécessité de parler des victimes et non du tireur présumé, James Holmes. «Après que l'auteur de cet acte maléfique aura ressenti la pleine puissance de notre système judiciaire, ce dont on se souviendra, ce sont les gens qui ont été touchés par cette tragédie», a promis le président. Sans directement évoquer la question du contrôle de la circulation des armes aux États-Unis, Barack Obama a dit espérer que «dans prochains mois, nous réfléchirons tous à ce que nous pouvons faire face à la violence insensée dont ce pays souffre».

Trois jours après avoir ouvert le feu en pleine projection de The Dark Knight Rises, les motivations de James Holmes restent mystérieuses. Emmuré dans son silence, le suspect ne coopère pas, a révélé la police. Il doit comparaître pour la première fois devant la justice lundi après-midi. Les enquêteurs comptent sur l'ordinateur du jeune homme pour en savoir plus. Son appartement déminé, la police a aussi découvert chez lui un masque et un poster de Batman. Au moment de son arrestation, Holmes s'est présenté comme le «Joker», l'ennemi emblématique du justicier chauve-souris.

James Holmes semble avoir préparé la fusillade depuis plusieurs mois, stockant un arsenal d'envergure. L'étudiant en neuroscience, qui a quitté subitement son programme doctoral, a reçu ses quatre derniers mois une cinquantaine de colis à son domicile et au laboratoire de l'université où il travaillait et s'est procuré quatre armes à feu et 6000 munitions en toute légalité. Il a aussi cherché à s'inscrire dans un club de tir mais n'a jamais recontacté le propriétaire des lieux qui voulait le rencontrer avant de valider son inscription. Lorsque ce gérant lui a téléphoné, il est tombé sur le répondeur du suspect dont l'annonce était «étrange et bizarre». James Holmes y parlait avec une voix «gutturale et forcée».

Le contrôle des armes demeure un sujet tabou
Malgré l'émotion soulevée par la tuerie d'Aurora, après celles de Columbine en 1999 (13 morts) et de Virginia Tech en 2007 (32 morts), le débat sur le contrôle des armes à feu ne devrait pas rebondir, faute d'un réel soutien populaire en faveur de lois plus sévères. Depuis le vote du restrictif «Brady Act» en 1994, ce soutien est passé de 78% en 1990 à 45% en 2012. Pour beaucoup d'Américains, ces faits divers n'ont rien à voir avec le sacro-saint «deuxième amendement» de la Constitution garantissant à tout citoyen le droit de porter une arme. Il y aurait aujourd'hui plus de 250 millions d'armes en circulation dans la gun nation.

La loi concealed carry («port dissimulé»), en vigueur dans quarante-neuf États sur cinquante, à l'exception de l'Illinois, autorise tout citoyen à porter une arme «de manière discrète». Le Colorado y a ajouté sa touche personnelle, en autorisant les étudiants à jouir de ce droit sur les campus universitaires.

Plus enclins que les républicains à restreindre le port d'armes, les démocrates évitent le sujet en cette année d'élection présidentielle. Et pour cause: en 2000, le candidat Al Gore avait misé sur ce thème et perdu la bataille dans les swing states («États-bascule»)» (Ohio, Floride, Nevada, Missouri, Tennessee), hostiles à toute législation plus stricte.


Par Constance Jamet