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Barack Obama établit une «ligne rouge» en Syrie

le 22 Août 2012 à 15:10 | Lu 483 fois

Pour la seconde fois depuis le début de l'été, les États-Unis ont évoqué une possible opération militaire en Syrie pour sécuriser et neutraliser, en cas de besoin, les stocks d'armes chimiques détenus par le régime. En campagne électorale, Barack Obama veut à tout prix éviter une intervention armée. Mais «si nous commencions à voir des quantités d'armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon équation», a affirmé le président américain. Avant d'ajouter qu'il s'agirait là d'une «ligne rouge» qui aurait des «conséquences énormes».


Barack Obama établit une «ligne rouge» en Syrie
Selon le très sérieux International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres, «la Syrie possède sans doute le plus gros arsenal chimique du Moyen-Orient». Gaz moutarde, gaz sarin et peut-être même l'agent ultratoxique VX, le programme syrien a été développé dans les années 1980, avec l'aide de l'Égypte, de l'URSS, de l'Iran et de la Corée du Nord, pour tenter d'obtenir une parité stratégique avec Israël, contre qui les pays arabes venaient de connaître plusieurs défaites militaires. Les stocks seraient aujourd'hui dispersés sur plusieurs sites dans le pays. Et, contrairement à la Libye, la Syrie aurait toujours continué à moderniser son arsenal.

Risque terroriste
En juillet dernier, le régime syrien a affirmé, reconnaissant ainsi qu'il possédait ce type d'armes non conventionnelles, que les stocks d'armes chimiques ne seraient «jamais» dirigés contre les populations civiles et qu'ils ne seraient utilisés qu'en cas «d'agression étrangère». Le danger lié à la présence d'armes chimiques dans la Syrie en guerre ne se limite pas à la possibilité que des missiles Scud équipés de têtes chimiques soient un jour tirés contre des cibles étrangères, contre les rebelles de l'Armée syrienne libre ou contre Israël.

Washington et Tel-Aviv redoutent surtout qu'à la faveur du chaos né de la guerre et d'un effondrement du pouvoir, les stocks se retrouvent dans des mains peu recommandables, qu'il s'agisse du Hezbollah libanais, de groupes extrémistes sunnites ou d'al-Qaida. Ce risque terroriste est celui qui préoccupe le plus les Américains. Ayman al-Zawahiri, le leader d'al-Qaida, n'a-t-il pas encouragé ses sympathisants à rejoindre l'opposition syrienne?

En juillet, le régime syrien a assuré que ces armes non conventionnelles étaient entièrement sous le contrôle des forces armées, et même sous la supervision directe des unités d'élite loyales au régime. Mais qu'adviendrait-il si celui-ci, miné par les défections, s'écroulait brusquement?

Israël et Washington travaillent depuis plusieurs mois à différents scénarios militaires destinés à neutraliser les stocks d'armes chimiques. Mais aucune solution n'est satisfaisante. Des raids aériens buteraient contre la défense antiaérienne syrienne. Ils risqueraient par ailleurs de provoquer une dissémination des agents toxiques dans l'atmosphère. Quant à une opération terrestre destinée à sécuriser les stocks, elle exigerait 75.000 hommes sur le terrain, estime l'IISS. À Washington et Tel-Aviv, cette dernière solution est considérée comme le scénario catastrophe, destiné à éviter que les stocks d'armes chimiques ne soient pillés, comme le furent l'an dernier les entrepôts du régime libyen, à la faveur de l'intervention occidentale. Mais à ne déclencher qu'en dernier recours, en cas de désintégration totale des forces de sécurité syriennes et d'incapacité à mener des raids aériens.

Pour l'heure, les efforts diplomatiques visent donc essentiellement à dissuader le clan el-Assad d'utiliser ses armes chimiques. De gros moyens de renseignements et aussi des forces spéciales ont été déployés aux frontières de la Syrie.

La Russie, qui ne décolère pas depuis qu'elle estime que les Occidentaux ont surinterprété la résolution de l'ONU en Libye en menant des frappes militaires qui ont entraîné la chute du régime de Kadhafi, a vivement réagi mardi contre une intervention unilatérale en Syrie. Ensemble, Moscou et Pékin ont réaffirmé mardi qu'ils n'accepteraient aucune «violation» du droit international et de la charte des Nations unies.

Par Isabelle Lasserre