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Barack Obama traverse une mauvaise passe

le 13 Juin 2012 à 09:55 | Lu 475 fois

Une gaffe du président et quelques signaux négatifs font monter l'inquiétude à la Maison-Blanche.


Barack Obama traverse une mauvaise passe
Au XXIe siècle, les «gaffes» ne sont pas conseillées en campagne électorale. Surtout aux États-Unis, où le «cycle» d'information continue magnifie, dissèque et raille le plus petit dérapage, transformant le moindre «flocon» politique en avalanche médiatique. Ainsi le président Obama se retrouve-t-il depuis cinq jours sous le feu roulant des critiques de ses adversaires républicains et des médias, pour avoir lâché lors d'une conférence de presse vendredi que «le secteur privé se porte bien». «Bien?», a aussitôt attaqué une vidéo de l'équipe de son rival Mitt Romney, lancée sur les ondes dimanche. Elle montre des Américains ayant perdu leur emploi et insiste sur la persistance d'un chômage à 8,2 %.

«Non, Monsieur le président, le secteur privé ne se porte pas bien», conclut le clip républicain. Lundi, une autre vidéo cinglante était mise en ligne. «Y a-t-il jamais eu président plus déconnecté de la classe moyenne?», clame-t-elle.

Sur la défensive
L'épisode a mis Barack Obama sur la défensive, le forçant à revenir devant les caméras pour expliquer qu'il avait voulu dire que le maintien d'un fort taux de chômage était surtout dû à l'effondrement de l'embauche dans le secteur public, tandis que le secteur privé avait créé depuis 2008 près de 4,3 millions d'emplois. «Bien sûr que le secteur privé ne se porte pas bien», a-t-il rectifié, tout en dénonçant le blocage, par les républicains du Congrès, de son plan d'embauche de professeurs, de pompiers et de policiers. Mais Mitt Romney a profité de cette riposte pour fustiger l'approche d'Obama, centrée, selon lui, sur la création de postes de professeurs, de pompiers et de policiers. «Le président ne comprend-il pas le message? Il faut réduire la taille de l'État et aider la nation à créer des emplois», s'est-il écrié lors d'un meeting. Longtemps sur la défensive, sous les coups d'une Administration Obama qui le dépeint en candidat des riches, Romney a brusquement repris un léger avantage.

Déstabilisée, l'équipe de campagne du président cherche la parade. Elle a lancé lundi une nouvelle campagne de clips, dépeignant Romney comme un politique sans scrupules, prêt à limoger massivement.

Mais derrière ce matraquage simpliste de messages, on sent poindre une réelle inquiétude à la Maison-Blanche. Il est vrai qu'au-delà de la gaffe de vendredi, plusieurs signaux se mettent à l'orange dans le camp présidentiel. Le plus redoutable d'entre eux a été la victoire du gouverneur républicain Scott Walker, sorti mardi largement vainqueur d'une procédure électorale destinée à le révoquer. Les démocrates et leurs alliés des syndicats avaient espéré faire du Wisconsin, le premier domino d'une stratégie électorale, centrée sur l'argument de la «guerre des classes». Il s'agissait de présenter la brutale cure d'austérité imposée par Walker à son État comme inacceptable et de remettre à l'honneur une politique protectrice des acquis sociaux des couches défavorisées. Mais le résultat du Wisconsin suscite maintenant une vraie hésitation chez les démocrates, qui se demandent si la population, traditionnellement admiratrice du succès des plus riches et hostile aux rentes des syndicats, acceptera une campagne Obama basée sur l'opposition entre millionnaires et classes moyennes.

Ajuster le tir
Au fond, la population américaine reste profondément marquée par le slogan de Reagan, qui avait affirmé que «l'État n'est pas la solution, l'État est le problème». Hantée par les crises d'endettement en série de l'Europe, elle se méfie instinctivement des libéraux de gauche, qui, tel l'éditorialiste E. J. Dionne dans le Washington Post, affirment que «l'opposition à l'État n'est pas la solution».

Signe de la difficulté du débat, l'ancien président Bill Clinton a lancé lui aussi un pavé dans la mare, en vantant «l'impressionnant CV de Romney en matière de business», et en soutenant l'idée d'un maintien des exemptions d'impôts de l'ère Bush, qu'Obama veut abolir! Il est ensuite revenu sur ses propos, mais le «mal» était fait. Un vrai schisme se profile au sein du Parti démocrate, entre les libéraux qui appellent à défendre le rôle de l'État dans l'économie de manière plus décomplexée, invoquant par exemple la catastrophe de la dérégulation de Wall Street, et ceux, plus conservateurs, qui veulent revoir le scénario de campagne… Certes, les contradictions profondes qui déchirent le camp républicain n'ont rien à envier aux tensions de la planète démocrate. La vigoureuse sortie, ce lundi, de l'ancien gouverneur Jeb Bush contre les ultraconservateurs de son parti en témoigne. «Dans le parti actuel, il n'y aurait pas de place pour Ronald Reagan», a-t-il dénoncé. Mais Obama sait bien qu'il ne peut pas seulement tabler sur les insuffisances de son adversaire.

Il lui reste un été pour ajuster le tir. Les analystes expliquent en effet que les Américains se détermineront plus nettement après le premier week-end de septembre. Pour l'instant, les deux candidats restent collés l'un à l'autre dans un dangereux coude-à-coude, qui exprime la perplexité d'un électorat sans illusions.



Par Laure Mandeville


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