Le Président Wade a quitté le pouvoir. Il est déjà dans la légende des anciens, après douze années d’exercice du pouvoir au plus haut sommet de l’Etat. Le contexte de cette transmission du relais à son successeur, Macky Sall, est une marche au bord du gouffre. Entre manifestations, sang et larmes, le Sénégal offrait l’image d’un pays pouvant basculer, à chaque instant, dans le chaos. L’Opposition et la Société civile ont surfé sur la révolution citoyenne du 23 juin 2011 pour promouvoir l’idée d’un départ de Wade. C’était une question de stabilité tant les institutions étaient chahutées, l’économie déstructurée et la facture sociale lourde. Le projet de loi portant ticket Président/Vice-Président de la République et, surtout, l’élection du Chef de l’Etat avec le quart des suffrages exprimés (25%), a été le passeport vers la grande insubordination populaire.
Un peuple devant les grilles de l’Assemblée nationale, pour « retirer » sa confiance à ses représentants élus ! Frayeur à l’intérieur. Le texte est retiré. La rue crie victoire. Le chemin de la défaite a été déblayé ce jour-là. La campagne électorale a été mouvementée parce que les politiques restaient convaincus qu’il fallait capitaliser la victoire populaire du 23 juin, en sonnant, dans les cœurs, la fin de Wade. Symbole négatif : la Place de l’Indépendance devient un champ de batailles. L’épreuve des urnes ne devait ainsi devenir qu’une confirmation. Le vote populaire a été le principal enjeu et l’essentiel du réservoir de suffrages pour Macky Sall, élu avec 65% des suffrages après avoir été deuxième au premier tour avec un peu plus de 26%. Le 25 mars a sonné comme le temps de la délivrance.
DU CHAOS AU QUOTA, FONDS DE COMMERCE…
Le chaos promis et redouté était écarté du cheminement démocratique d’un pays qui vivait la deuxième alternance politique de son histoire. Bennoo Bokk Yakaar était attendue comme le label de la réhabilitation des valeurs républicaines. Des parrains annonce même leur engagement désintéressé. Une nouvelle pratique politique était annoncée, fondée sur l’éthique et une attention particulière pour les intérêts de la République. Tout devait converger vers une meilleure vie pour le citoyen : la vie des institutions, le fonctionnement de l’Administration, la création de richesses, la distribution des ressources publiques, l’action des formations politiques, etc. Le profil était plébiscité : Macky Sall, ancien ministre, Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale, anti-modèle de « dévolution monarchique du pouvoir », posé, incarnation d’une génération post-indépendance, etc.
Ce « gendre idéal » selon quelques relations de la presse avait un encadrement de prestige, forgés dans le lien commun de l’anti-Wadisme : Moustapha Niass, ancien Premier ministre (deux fois sous Diouf et Wade), Directeur de Cabinet du Président Senghor, ancien ministre des Affaires étrangères ; Ousmane Tanor Dieng, ancien ministre des Services et Affaires présidentiels de Diouf ; Idrissa Seck, ancien Directeur de cabinet, ancien Premier ministre de Wade ; Amath Dansokho et Abdoulaye Bathily, anciens ministres de Diouf et Wade… Puis, il y avait le « peuple des Assises nationales », sorte d’Académie d’Immortels qui disent la science de la fidélité aux règles de droit, us et coutumes de la République. Ils sont si représentatifs du Peuple, le vrai, que toute déviation de cette ligne est considérée comme une abomination. Même Macky Sall, qui a signé la Charte de la Bonne gouvernance avec des réserves, est soumis à la douce dictature de cette assemblée. Celle-ci a le meilleur des pouvoirs dans les aubes suivant les nuits de troubles : la caution morale ! Elle exerce une fine pression pour faire aboutir les réformes.
LE CREPUSCULE DE MARX, LENINE ET MAO
Pendant ce temps, Bennoo Bokk Yakaar largue le Mouvement du 23 juin pour devenir une officine d’équilibrisme institutionnelle : « A moi ce poste, à toi l’autre ». Des processus de nomination sont annoncés avant même que le Chef de l’Etat n’indique la voie. Pourquoi Tanor devrait-il dire, avant le Président élu, le mode de désignation du Président du Sénat ? Pourquoi Ibrahima Sène serait-il en droit de confirmer l’option « concertation » pour les emplois civils ? Une réponse : dans le propos des uns et des autres, le compagnonnage tiendra aussi longtemps que la gestion concertée sera érigée en mode de gouvernance. Le Sénégal est comme une carte à déplier et à dépecer en autant de zones d’influence que de responsabilités. Le signal est effrayant ! Au dictat supposé d’un homme sur un pays (Wade), succède celui d’un groupement d’intérêts politique (Bennoo Bokk Yakaar). C’est la stabilité ça ?
Dieu, qu’il est poisseux ce citoyen sénégalais qui avait sauté de joie, empli d’espoir, pensant avoir quitté les chemins rugueux d’un chaos menaçant ! Il ne faut pas l’oublier : c’est Macky Sall qui a été élu. Même avec 26% au premier tour. Aucun de ses « partenaires » politiques n’a franchi le cap des 17% dans une élection ces douze dernières années. Pire, certains partis de la Gauche plafonnent leur score électoral à mois de 4% depuis qu’ils tentent de réinventer le monde des autres avec Marx, Lénine et Mao. D’ailleurs, depuis que ces boussoles politiques et intellectuelles sont mortes, leurs émules des tropiques ne sont pas arrivés à ressusciter leur pensée. Comme une révision sénégalaise du texte « le crépuscule des idoles » de Nietzsche ! Le choix porté sur un président jeune est le meilleur certificat de faillite affective pour les dinosaures de la scène politique. L’élan populaire qui a porté le leader de l’APR au pouvoir est l’assemblée de validation de son action politique. La plus sûre…
Amadou Lamine NDIAYE
Lesenegalais
Un peuple devant les grilles de l’Assemblée nationale, pour « retirer » sa confiance à ses représentants élus ! Frayeur à l’intérieur. Le texte est retiré. La rue crie victoire. Le chemin de la défaite a été déblayé ce jour-là. La campagne électorale a été mouvementée parce que les politiques restaient convaincus qu’il fallait capitaliser la victoire populaire du 23 juin, en sonnant, dans les cœurs, la fin de Wade. Symbole négatif : la Place de l’Indépendance devient un champ de batailles. L’épreuve des urnes ne devait ainsi devenir qu’une confirmation. Le vote populaire a été le principal enjeu et l’essentiel du réservoir de suffrages pour Macky Sall, élu avec 65% des suffrages après avoir été deuxième au premier tour avec un peu plus de 26%. Le 25 mars a sonné comme le temps de la délivrance.
DU CHAOS AU QUOTA, FONDS DE COMMERCE…
Le chaos promis et redouté était écarté du cheminement démocratique d’un pays qui vivait la deuxième alternance politique de son histoire. Bennoo Bokk Yakaar était attendue comme le label de la réhabilitation des valeurs républicaines. Des parrains annonce même leur engagement désintéressé. Une nouvelle pratique politique était annoncée, fondée sur l’éthique et une attention particulière pour les intérêts de la République. Tout devait converger vers une meilleure vie pour le citoyen : la vie des institutions, le fonctionnement de l’Administration, la création de richesses, la distribution des ressources publiques, l’action des formations politiques, etc. Le profil était plébiscité : Macky Sall, ancien ministre, Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale, anti-modèle de « dévolution monarchique du pouvoir », posé, incarnation d’une génération post-indépendance, etc.
Ce « gendre idéal » selon quelques relations de la presse avait un encadrement de prestige, forgés dans le lien commun de l’anti-Wadisme : Moustapha Niass, ancien Premier ministre (deux fois sous Diouf et Wade), Directeur de Cabinet du Président Senghor, ancien ministre des Affaires étrangères ; Ousmane Tanor Dieng, ancien ministre des Services et Affaires présidentiels de Diouf ; Idrissa Seck, ancien Directeur de cabinet, ancien Premier ministre de Wade ; Amath Dansokho et Abdoulaye Bathily, anciens ministres de Diouf et Wade… Puis, il y avait le « peuple des Assises nationales », sorte d’Académie d’Immortels qui disent la science de la fidélité aux règles de droit, us et coutumes de la République. Ils sont si représentatifs du Peuple, le vrai, que toute déviation de cette ligne est considérée comme une abomination. Même Macky Sall, qui a signé la Charte de la Bonne gouvernance avec des réserves, est soumis à la douce dictature de cette assemblée. Celle-ci a le meilleur des pouvoirs dans les aubes suivant les nuits de troubles : la caution morale ! Elle exerce une fine pression pour faire aboutir les réformes.
LE CREPUSCULE DE MARX, LENINE ET MAO
Pendant ce temps, Bennoo Bokk Yakaar largue le Mouvement du 23 juin pour devenir une officine d’équilibrisme institutionnelle : « A moi ce poste, à toi l’autre ». Des processus de nomination sont annoncés avant même que le Chef de l’Etat n’indique la voie. Pourquoi Tanor devrait-il dire, avant le Président élu, le mode de désignation du Président du Sénat ? Pourquoi Ibrahima Sène serait-il en droit de confirmer l’option « concertation » pour les emplois civils ? Une réponse : dans le propos des uns et des autres, le compagnonnage tiendra aussi longtemps que la gestion concertée sera érigée en mode de gouvernance. Le Sénégal est comme une carte à déplier et à dépecer en autant de zones d’influence que de responsabilités. Le signal est effrayant ! Au dictat supposé d’un homme sur un pays (Wade), succède celui d’un groupement d’intérêts politique (Bennoo Bokk Yakaar). C’est la stabilité ça ?
Dieu, qu’il est poisseux ce citoyen sénégalais qui avait sauté de joie, empli d’espoir, pensant avoir quitté les chemins rugueux d’un chaos menaçant ! Il ne faut pas l’oublier : c’est Macky Sall qui a été élu. Même avec 26% au premier tour. Aucun de ses « partenaires » politiques n’a franchi le cap des 17% dans une élection ces douze dernières années. Pire, certains partis de la Gauche plafonnent leur score électoral à mois de 4% depuis qu’ils tentent de réinventer le monde des autres avec Marx, Lénine et Mao. D’ailleurs, depuis que ces boussoles politiques et intellectuelles sont mortes, leurs émules des tropiques ne sont pas arrivés à ressusciter leur pensée. Comme une révision sénégalaise du texte « le crépuscule des idoles » de Nietzsche ! Le choix porté sur un président jeune est le meilleur certificat de faillite affective pour les dinosaures de la scène politique. L’élan populaire qui a porté le leader de l’APR au pouvoir est l’assemblée de validation de son action politique. La plus sûre…
Amadou Lamine NDIAYE
Lesenegalais





