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Benoît Hamon, un «Boy Dakar» à l’Elysée ? par Ken Bugul

Parfois, les actualités politiques sénégalaises et françaises se croisent. Ainsi, le Parti socialiste sénégalais implose, mais Benoît Hamon ne manque pas de fans.


Rédigé par leral.net le Vendredi 14 Avril 2017 à 00:35 | | 0 commentaire(s)|

Au Sénégal, nous sommes des experts en matière d’absorption de tout ce qui se passe partout dans le monde, et nous nous l’approprions jusqu’à l’os. Pourtant, nous avons de quoi nous occuper, avec les menaces d’implosion du Parti socialiste, qui continuent de faire couler encre et salive, et des membres du parti mis en prison sur plainte déposée par leurs propres camarades.

Et le super-adulé maire socialiste de Dakar qui vient d’être mis en examen pour détournement de deniers (pour avoir osé afficher des ambitions plutôt, dit «radio cancan») et écroué. Certains observateurs et analystes trouvent que la France est un petit Sénégal ou c’est le Sénégal qui est une petite France. Nous vivons les mêmes soubresauts politiques.

Cependant ce qui est le plus incroyable, c’est que des Sénégalais aient applaudi à la victoire de Benoît Hamon au premier et au second tour de la primaire de la gauche. Pourquoi ? Parce que monsieur Hamon est un «Boy Dakar». Il a fait une partie de son cycle d’études primaire et secondaire au Sénégal. Il a fréquenté le lycée Sainte-Marie de Dakar, qui, bien qu’établissement privé et catholique, réunit les enfants issus de toutes les couches de la société, et cela a suffi pour en déduire que de cette expérience, Benoît Hamon est ainsi le plus sensible à la diversité culturelle, entre autres atouts. Et aussitôt, les fans prient les ancêtres, les esprits, l’unique Dieu, en passant par les noms des illustres saints vénérés du pays, pour lui.

Benoît Hamon, un «Boy Dakar», titrait-on dans une certaine presse et aussitôt, les réactions fusèrent de toutes parts. Les uns et les autres se sentirent liés par le vécu, avec ce candidat à la prochaine élection présidentielle en France. Certains, assurés de sa victoire, ébauchaient déjà une liste de la future équipe gouvernementale. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, ce n’est plus la compétence qui fait le profil du futur membre du futur gouvernement, c’est le vécu, le droit du sol. Ainsi, dans ce gouvernement, il devrait y avoir Ségolène Royal, car elle est née au Sénégal. Elle est sénégalaise par le sol, et française par le sang. Certains ici se demandent encore pourquoi elle n’a pas été élue en 2007. De quel gris-gris ivoirien, ou magie slave, Sarko a-t-il usé pour la battre ? Enfin, c’est le passé !

Ah, à propos de la liste des membres de la devenue hypothétique composition du gouvernement de Boy Dakar, en dehors de Ségolène, il y aurait aussi Olivier, Olivier Rolin, oui, l’écrivain. Il a fréquenté le lycée «Van Vo (1)» à Dakar. Avec Hamon, un Boy Dakar à l’Elysée ! Entre arachide grillée salée ou sucrée, aux heures de pause, un fondé, bouillie de mil au lait caillé bien frais, au petit déjeuner, un verre de ataya, thé vert, après un bol de thiepp dieun, riz au poisson, plat nationalisé, pour le déjeuner !

Au Conseil des ministres, il y aurait des beignets de mil parfumés à la noix de muscade, avec du café de Touba ! Pour le super-fan sénégalais, la France allait enfin bouger avec Benoît. L’encens appelé «Ne bouge pas d’ici» allait brûler à l’Elysée les soirs d’hiver, et au lieu de se casser la tête à chercher des solutions à des faux problèmes insolubles, la France allait connaître la vie qui n’est que de la survie, avec des gorgoolu (2) zen.

Ils saisiraient l’instant. Ils ouvriraient leurs portes pour que tout passant soit le bienvenu, pour partager ce qu’il y a. L’essentiel est que le cœur y soit. Tout le reste n’étant que vanité et politique politicienne, mais les fans avaient trop parlé ! Un reproche souvent fait aussi bien aux Français qu’aux Sénégalais, est qu’ils parlent trop, crient victoire trop vite. Le «sort de la langue» était jeté ! Vous avez vu ce qui est arrivé à Fillon le «favori» ? Tout d’un coup, entres autres révélations abracadabrantesques, une histoire de costumes sur mesure offerts par un Franco-Sénégalais sort d’une armoire !

Encore du Sénégalais ! Décidément avec la France, ce n’est pas fini, au moment même où nous fêtons les cinquante-sept ans de notre accession à l’indépendance.

Et pendant que les jeunes socialistes de Dakar subissent l’ire des caciques, les fans de Boy Dakar constatent, avec amertume, que leur candidat est en difficulté, lâché par les uns et trahi par les autres. N’y croyant plus, ils en veulent à tonton Mélenchon et à certains socialistes, qu’ils comparent à leurs briseurs de rêves.

(1) «Van Vo» : lycée Van Vollenhoven de Dakar.
(2) «Gorgoolu» : qui cherche à s’en sortir, un débrouillard, d’où le système D.

Libération








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