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Berlin passe à l'offensive contre les salafistes

le 15 Juin 2012 à 10:31 | Lu 620 fois

Après des mois de provocation, une vaste opération de police a été lancée dans sept Länder.


Berlin passe à l'offensive contre les salafistes
Le gouvernement allemand est finalement passé à l'offensive contre les salafistes outre-Rhin. Après des mois de provocations durant lesquels le mouvement intégriste s'est affirmé et a étendu son influence, la police allemande a lancé, jeudi matin, une vaste opération contre les membres de la mouvance islamiste extrémiste dans sept Länder. Trois organisations sont visées par les autorités allemandes. Berlin espère ainsi déjouer la montée en puissance de la mouvance salafiste.

Le ministre de l'Intérieur, le conservateur bavarois Hans-Peter Friedrich, a annoncé l'interdiction de l'association salafiste la plus virulente et aussi la plus influente, baptisée «Millatu Ibrahim». Le ministre affirme qu'elle appelait les musulmans d'Allemagne «à la lutte contre l'ordre constitutionnel». Deux autres organisations, La Vraie Religion, qui a lancé une vaste campagne de distribution de corans dans les rues d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, et Dawa FFM, font l'objet d'une enquête, en vue d'une potentielle interdiction.

Quelque 850 membres des forces de l'ordre ont perquisitionné environ 70 bâtiments: appartements privés, mosquées, écoles et locaux associatifs. Les opérations les plus importantes se sont déroulées dans les États régionaux de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW) et de Hesse, dans l'ouest du pays, berceau de la mouvance islamiste intégriste. «Des ordinateurs, des téléphones portables et des enregistrements vidéo ont été saisis, a expliqué Hans-Peter Friedrich. Par cette opération, nous montrons clairement que l'État de droit est capable de répondre aux ennemis qui veulent détruire la liberté et la démocratie en Allemagne. Nous sommes prêts à défendre la liberté et les droits fondamentaux de ce pays, et j'espère que ce signal a été entendu par tous ceux qui ont un avis différent.»

S'appuyant sur un réseau de mosquées extrémistes et sur des prêches diffusés sur son site Internet, Milatu Ibrahim a été fondé par le prêcheur Mohammed Mahmoud, un salafiste autrichien d'origine égyptienne. Plus connu sous son nom de guerre, Abou Oussama al-Gharib, il s'était imposé à la tête de la mouvance radicale outre-Rhin jusqu'à ce que les autorités prononcent son expulsion du territoire. Appelant au djihad et se disant prêt à mourir pour ses convictions, celui qui s'était baptisé «l'émir de Solingen», une ville de Rhénanie, où il a promis d'instaurer un califat, conteste son expulsion devant les tribunaux au nom de la libre circulation des citoyens en Europe.

Calmer le jeu
Dans ses prêches enflammés, prononcés dans un allemand chevrotant et frôlant la caricature tragi-comique, Abou Oussama al-Gharib appelle les Européens à se convertir à l'islam et au djihad contre les «infidèles». Incitant les Musulmans à porter «fièrement» des armes pour défendre leurs convictions, il a promis de conquérir Rome et de transformer la place Saint-Pierre en «lieu d'exécution pour les sentences d'Allah». Début mai, la police allemande avait annoncé avoir ouvert une enquête après que des salafistes ont grièvement poignardé deux policiers, en marge d'une manifestation d'extrême droite à Solingen (Ouest).

Le débat sur l'influence du salafisme, courant de l'islam sunnite fondé sur une interprétation rigoriste du Coran, a aussi été attisé par le groupe La Vraie Religion, issu de cette mouvance. Son fondateur, le prédicateur de Bonn Ibrahim Abou Nagie, avait entrepris de distribuer gratuitement 25 millions de traductions allemandes du Coran. La situation est devenue explosive lorsque le mouvement néo-nazi Pro NRW a lancé un concours de caricatures de Mahomet, appelant à les exposer devant les mosquées du Land le plus peuplé du pays pour contrer cette initiative. En condamnant les réseaux salafistes à la clandestinité, le gouvernement fédéral espère au moins les empêcher d'étendre encore leur influence et calmer le jeu.


Par Patrick Saint-Paul