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Berlin sceptique sur la mue de Hollande en réformateur

le 25 Septembre 2012 à 12:18 | Lu 275 fois

L'Allemagne espère que le président français va suivre la trajectoire qu'avait adoptée en son temps le chancelier Gerhard Schröder.


Berlin sceptique sur la mue de Hollande en réformateur
Les contacts ont été nombreux depuis son élection, mais l'Allemagne attend toujours de voir quel président sera François Hollande. Son action laisse sceptiques, voire incrédules la plupart des commentateurs outre-Rhin. Berlin continue d'espérer que les réalités économiques de la France placeront le président français au pied du mur, l'aidant à se muer en un social-démocrate réformateur à la Gerhard Schröder. Cependant, dans les couloirs des ministères, on juge qu'il est parti du mauvais pied pour être celui qui modernisera la France.

François Hollande a réussi une sorte d'exploit: il a fait passer aux ténors politiques allemands le goût des petits sarcasmes affectueux dont ils gratifiaient jadis la France. Demander un commentaire officiel sur l'action du chef de l'État français à la Chancellerie, au ministère des Finances ou au ministère des Affaires étrangères, c'est s'exposer à un petit rictus systématique et embarrassé accompagné d'un long silence. On n'ose même plus s'y étonner que le président n'ait retenu aucune des recettes appliquées par le réformateur de l'État social allemand, Gerhard Schröder, et par l'actuelle chancelière conservatrice, Angela Merkel, qui ont forgé l'actuelle réussite économique de l'Allemagne.

«Hollande ne fait que plonger la France plus profondément dans la récession», juge cruellement le quotidien conservateur Die Welt, ajoutant que le président «fait fausse route avec les hausses d'impôt», car elles vont entraîner la France dans un «cercle vicieux». «Ce dont la France a vraiment besoin, ce sont des réformes profondes du marché du travail et de son économie», juge Die Welt. Pour l'hebdomadaire de centre gauche Der Spiegel, «Paris est en train de tuer l'industrie française», alors que «le gouvernement français ignore les règles de survie à l'âge de la mondialisation».

En attendant «Gerhard II»
La France reste le partenaire historique et privilégié de l'Allemagne… Mais elle n'est plus un compétiteur respecté dont on s'inspire. Paris n'est déjà plus sur un pied d'égalité avec Berlin. Angela Merkel voit dans la crise de la dette une chance de moderniser l'Europe, pour la rendre plus compétitive et l'armer face à la montée des puissances émergentes. L'idée de la chancelière, qui fait consensus outre-Rhin, est que l'Allemagne et l'Europe doivent se remettre en ordre de bataille pour maintenir leur rang et leur prospérité dans le monde de demain.

À Berlin, le nom de François Hollande continue d'être associé à un point d'interrogation: a-t-il réellement compris les enjeux du nouveau monde, sera-t-il un partenaire dans la nécessaire mutation? «L'axe franco-allemand, fondé sur une vraie symétrie, est cassé, au moins du point de vue économique, sinon plus, estime Ulrike Guérot, directrice à Berlin du European Council on Foreign Relations (ECFR). La stratégie économique de François Hollande reste vague. Il n'est pas clair s'il est convaincu de la nécessité de mener à bien de profondes réformes. Et si oui, s'il sera vraiment capable de les mettre en œuvre.»

Le Financial Times Deutschland (FTD) garde espoir. La «bible» des affaires se félicite de la référence rhétorique à la Gerhard Schröder adoptée par François Hollande avec son «Agenda 2014», dont le nom rappelle le programme de réformes structurelles «Agenda 2010» de l'ex-chancelier social-démocrate. Cependant, pour se muer en «Gerhard II»,juge le FTD, «Hollande devra plonger les mains profondément dans le cambouis, comme Schröder avant lui».


Par Patrick Saint-Paul