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Brésil, Turquie, Egypte le réveil des luttes de classe et des peuples !


Rédigé par leral.net le Vendredi 26 Juillet 2013 à 12:20 | | 0 commentaire(s)|

Brésil, Turquie, Egypte le réveil des luttes de classe et des peuples !
Nous écrivions en 2002 lors de sa victoire électorale que « Lula devra choisir de satisfaire la bourgeoisie ou les travailleurs ». En effet les masses descendent dans la rue pour exiger une baisse des prix des transports et une prise en compte des revendications sociales encore non satisfaites. Entre temps le suicide du jeune Bouazizi en Tunisie a été le point de départ d’une série de soulèvements populaires qui ont fait chuter les pouvoirs dictatoriaux et pro-impérialistes en Tunisie, puis en Egypte, mais ont été écrasés temporairement en Arabie Saoudite, au Qatar, aux Emirats, etc. En Turquie, c’est la base arrière de l’agression armée des djihadistes pro-pétro-dollars et impérialistes qui est secouée d’une révolte populaire aussitôt suivie en Tunisie où Belaïd Chokri, dirigeant de gauche, a été assassiné puis en Egypte par une mobilisation populaire contre le pouvoir pro-sioniste des Frères Musulmans qui a culminé dans le coup d’état militaire. Peut-on établir un rapport entre ces évènements qui montrent un réveil des luttes des classes et des peuples contre les effets désastreux de la crise de la mondialisation capitaliste ? Quelles en sont les ressemblances et les différences ?

Le compromis national brésilien à l’épreuve de la lutte des classes

L’élection de Lula par deux fois suivie de celle de l’ex-guérillero de gauche Dilma Roussef résulte de l’alliance entre les secteurs nationalistes de la bourgeoisie, le mouvement syndical ouvrier et le Mouvement des paysans Sans Terre pour sortir le pays des griffes de la domination des multinationales US et mettre fin au cycle infernal des politiques libérales. Le Brésil tout comme l’Amérique du Sud ont subi la doctrine Monroe qui en a fait contre les impérialismes et le colonialisme européens l’arrière cour des firmes monopolistes US sous des dictatures militaires puis à partir de la fin des années 70 sous des pouvoirs civils libéraux obéissant aux diktats des institutions de Bretton Woods (FMI, BM). Jeté par force dans la mondialisation libérale pilotée par les USA, cet immense pays qu’est le Brésil de par sa superficie (8 514 876 km2) et sa population (194 millions d'habitants) a vu sa souveraineté nationale piétinée, a subi les affres de la pauvreté généralisée et le maintien dans le sous développement. Les représentants de la gauche anti-impérialiste et antilibérale que sont Lula puis Dilma ont été élus pour sortir le pays de cette domination US symbolisée par l’imposition de l’ALCA, cet accord de libre échange que la puissante fédération des industriels de l’Etat de Sao Paulo avait jugé dans un rapport de 2002 « contraire aux intérêts nationaux du Brésil ».
Face à cette menace le patronat nationaliste, le mouvement syndical (le CUT) dont est issu Lula et les mouvements paysans (MST) nids des expériences de guérillas se sont coalisés dans une alliance patriotique électorale pour porter la gauche antilibérale au pouvoir contre les libéraux compradores et serviles au service des intérêts impérialistes US.
Le compromis national a suscité l’intervention économique de l’Etat pour faire du Brésil un pays émergeant par des investissements dans l’industrie lourde, dans les technologies de pointes, la formation, par des appuies aux entreprises capitalistes nationales et par un transfert de revenus dans des projets sociaux de lutte contre la faim et l’extrême pauvreté qui avaient occasionné des fléaux comme le trafics d’organes pour les malades riches des USA et d’Europe. L’alliance entre patronat national, syndicats et mouvements paysans a déroulé un programme piloté par l’Etat visant à développer le marché intérieur, l’emploi, les hausses de salaires de certaines couches de travailleurs, les programmes sociaux comme Bolsa Familia dont 12,4 millions de pauvres ont bénéficié, la sortie de 19,4 millions de la pauvreté, la chute de la malnutrition infantile de 46%, la création de plus de 10 millions d’emplois, l’ajout de 20 millions de personnes à la ‘classe moyenne’ et la relance de la production nationale faisant reculer le poids dans l’économie nationale des multinationales étrangères, notamment US au profit des entreprises locales. Toutefois ces performances économiques et sociales n’ont pas empêché que « le coefficient Gini des revenus du travail n’a connu qu’un recul de 0,57 à 0,53 », c’est-à-dire que les inégalités sociales continuent de se creuser fortement, malgré l’effort fait pour les plus pauvres, entre les riches et les travailleurs et cela dans un pays fédéral où la gauche antilibérale ne gouverne que 3 Etats sur 27 et n’occupe que 91 sièges sur 513 à la Chambre des députés et 14 sièges sur 81 au Sénat.
Parallèlement le Brésil s’est lancé dans un projet d’intégration pan-sud-américain indépendant des USA dont Samuel Pinheiron Guimaraes, l’un des célèbres intellectuels brésiliens de gauche dit que « tous les processus de construction d’un camp socialiste en Amérique latine se sont heurtés à deux obstacles : le pouvoir de la bourgeoisie interne et celui de la Maison Blanche. Certes, l’intégration défendue par le Brésil n’élimine pas l’ingérence extérieure, mais elle en réduit l’impact, permettant ainsi à des dynamiques nationales de suivre leurs cours de façon plus autonome » (juin 2013, Monde Diplomatique). Arthur Henrique, ex-dirigeant de la CUT le syndicat avec Lula explique : « Je continue à croire qu’il faut lutter pour atteindre le socialisme. Mais je ne fais pas partie de ceux qui estiment que le socialisme arrivera dimanche prochain, après la messe du soir. Non, je veux changer les choses, mais j’ai conscience du contexte dans lequel je travaille. Sur le plan régional, ce que nous essayons de faire, c’est de quitter le néolibéralisme, mais sans croire que nous sommes en mesure de renverser le capitalisme. Nous essayons plutôt d’en promouvoir une version régionale, pas nationale. C’est-à-dire un capitalisme qui prenne en compte les besoins des autres pays d’Amérique du Sud » (idem). De ces deux citations on peut déduire que le capitalisme d’état antilibéral brésilien se fixe comme priorité : - réduire le plus possible, voire éliminer à terme l’oppression impérialiste US au Brésil en favorisant le capital national qui pour s’allier aux mouvements sociaux fait des concessions sociales et démocratiques – promouvoir une alliance des capitalismes d’états antilibéraux d’Amérique du Sud pour rogner puis supprimer à termes la domination US. Sur ces deux objectifs, il est fondamental de soutenir le Brésil sous direction de la gauche antilibérale et anti-impérialiste US.
Les luttes sociales actuelles des laissés pour compte des programmes sociaux, notamment contre les prix exorbitants des transports (37 millions de travailleurs marchent pour se rendre au travail) et les dépenses considérées de prestige et non prioritaires pour la coupe du monde 2014 sont aussi à soutenir parce qu’elles participent du passage du Brésil de « pays émergeant à pays émergé » contre l’hégémonie prédatrice US avec des conquêtes sociales à l’instar de celles obtenues par le mouvement ouvrier en Europe dans les années d’après guerre. Le fait que les progrès économiques engendrent des luttes sociales pour le progrès social et démocratique laisse voir que le compromis national n’a pas annihilé totalement toute velléité populaire d’obtenir la satisfaction de leurs légitimes revendications.
C’est en cela que les gauches en Amérique du Sud se distinguent des gauches aux USA, en Europe et en Afrique où l’aplatissement face aux politiques libérales appauvrit les travailleurs et les peuples alors qu’en Asie et en Amérique du Sud le capitalisme d’état antilibéral est contraint soit par des choix politiques des Etats, soit par les luttes sociales ou soit par la combinaison des deux à satisfaire les revendications ouvrières et populaires.

En Tunisie, en Egypte et en Turquie la révolution antilibérale et anti-impérialiste cherche sa voie

En Lybie et en Syrie les impérialistes US et de l’UE flanqués des théocraties intégristes des Emirats ont instrumentalisé le « printemps arabe » en Tunisie et en Egypte pour assassiner Kadhafi et mener la sale guerre colonialiste actuelle en Syrie par le biais des djihadistes frères musulmans wahabites et salafistes. En Tunisie et en Egypte, c’est sous le slogan de « révolutions facebook, internet, you tube » que les impérialistes ont dévoyé les révolutions populaires en hissant par les élections les mêmes forces fascistes islamistes compradores pro-sionistes au pouvoir. Mais c’est sans compter avec la détermination des masses populaires à trouver satisfaction aux revendications sociales, nationales et démocratiques pour lesquelles elles ont dégagé les régimes Ben Ali et Moubarack. Souveraineté nationale, emplois, salaires, réforme agraire, liberté et démocratie sont en effet les revendications fondamentales que la domination impérialiste entrave et que les politiques libérales empêchent. Il en est de même en Turquie, laquelle a été transformée en base arrière de l’agression djihadiste pro-impérialiste contre la Syrie. Telles sont les causes du nouvel embrasement social et politique de la Tunisie, de l’Egypte et de la Turquie.
Dans ces pays, la première étape du processus révolutionnaire a pu être détournée parce que les gauches ont été à la fois laminées par les répressions des dictatures bourgeoises libérales des Ben Ali et Moubarack mais aussi déstabilisées par le réformisme aggravé par la contre révolution anticommuniste des années 89/91. Les islamistes financés par les pétro-dollars des sous fifres qataris, saoudiens, souvent réfugiés à l’abri dans les pays occidentaux, ont comme en 1979 pour l’Iran de Khomeiny, été ramenés au pays pour y conquérir le pouvoir par la voie des urnes. Le projet US et de l’UE était que ces pouvoirs, à l’instar du Pakistan et de la Turquie, imposent une chape de plomb sur les peuples en tant qu’alliés serviles et dociles en entente avec l’Etat sioniste colonial d’Israël. C’est ce qu’explique le parti communiste d’Egypte : « Depuis le début de la révolution du 25 janvier 2011, le mouvement de protestation n’a pas fléchi, et on a continué à assister à des manifestations de plusieurs millions de personnes, autrement dit, l’état d’éveil révolutionnaire des masses a toujours été là, tantôt s’apaisant tantôt s’embrasant. Les manifestations et les grèves des travailleurs sont également montées en puissance. Après le succès de Morsi et avec les Frères musulmans au pouvoir, les masses ont découvert leur nature autoritaire, fasciste, leur parti-pris pour les intérêts des fractions les plus réactionnaires et parasitaires du capitalisme, et leur incapacité à gérer un État de la taille de l’Égypte. Par ailleurs, leur trahison des intérêts de la patrie et leur prédisposition à agir comme un grand intermédiaire voué à préserver les intérêts de l’Amérique et d’Israël dans la région est apparue au grand jour. Ils ont conclu la trêve à Gaza et donné à l’Amérique et à Israël ce que même le régime clientéliste de Moubarak n’avait osé donner. Leur projet communautaire et obscurantiste, hostile à la démocratie, à la science, à la culture et à la tolérance, est devenu manifeste. Plus important, les masses ont découvert le caractère fallacieux de leur usage de slogans religieux pour masquer leurs plans au service du projet du ‘Grand Moyen-Orient’ et du ‘chaos créateur’. Ainsi, le nombre de protestations sociales (grèves, sit-ins, manifestations et piquets) a atteint le chiffre de 7 400 – de l’aveu même de Morsi – l’an dernier. Le taux de chômage a atteint 32%, la plupart des chômeurs disposant pourtant de qualifications moyennes ou élevées. La dette extérieure a grimpé de 34 à 45 milliards de $. La dette intérieure a augmenté de 365 milliards de livres égyptiennes au cours du règne de Morsi. La part de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté dépasse les 50% de la population ».
La volonté populaire de paix en Turquie avec la Syrie et les revendications sociales se révèlent être les facteurs déterminants des mobilisations populaires et les obstacles au projet de « grand moyen orient » US. C’est aussi dans ce cadre qu’il faut intégrer la partition que joue l’impérialisme françafricain pour reprendre pied dans le sahel en Afrique de l’ouest et la méditerranée, notamment la guerre coloniale au Mali.
La seconde étape est marquée par le bras de fer entre les peuples Tunisien, Egyptien, Turc avec les régimes libéraux pro-impérialistes et sionistes, islamistes ou pas, que cherchent à imposer à ces peuples la mondialisation capitaliste sous commandement des USA et de l’UE.
C’est en cela que les gauches doivent soutenir les combats populaires en Tunisie, en Egypte et en Turquie pour que ces peuples frayent la voie à de véritables révolutions nationales et sociales à l’instar de celles réalisées au Venezuela, en Bolivie, en Equateur, au Nicaragua, voire au Brésil afin de contrecarrer les plans de subversion des impérialistes US et de l’UE pour préserver leur hégémonie séculaire sur les peuples, les Nations, les Etats du Sud.

Pour l’unité de la résistance au Nord et au Sud contre le « nouvel ordre libéral mondial » impérialiste

On ne peut confondre les enjeux posés par les mouvements sociaux et nationaux au Brésil, pays qui sort progressivement des griffes US et dans les pays comme la Tunisie, l’Egypte et la Turquie, pays qui sont dirigés par des régimes soumis à l’impérialisme.
Au Brésil, il s’agit de luttes sociales qui poussent à rééquilibrer le rapport des forces dans l’alliance entre bourgeoisie nationale et mouvements sociaux, à l’approfondissement et l’extension des mesures antilibérales du capitalisme d’état aux laissés pour compte jusqu’ici du projet de développement national.
En Tunisie, en Egypte, en Turquie, il s’agit de luttes sociales pour une rupture avec les diktats libéraux et la soumission à l’impérialisme prédateur. Ce processus conduit à mettre en échec le nouvel ordre libéral mondial dicté par les USA et l’UE et le projet funeste US du « grand-moyen-orient » tout en donnant une bouffée d’oxygène à la résistance Syrienne contre les « fous de dieu » amis de SarkoHollande, BushObama, BlairCameron, etc.
Au Brésil tout comme en Tunisie, en Egypte et en Turquie, les combats sociaux montre à l’instar de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne que le monde du travail, les peuples commencent à reprendre le chemin de la lutte des classes et de libération nationale qui, seules, permettent de stopper puis de renverser le système inique et barbare qu’est le capitalisme à son stade suprême.
Ces luttes de classe et de libération nationale doivent apprendre à se soutenir réciproquement pour refonder l’internationalisme dont les travailleurs et les peuples ont besoin pour vaincre et édifier une société sans exploitation de l’homme par l’homme.
Juillet 2013


Par Diagne Fodé Roland






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