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Burkina Faso: «Il n’est pas recommandé que l’armée arrive au pouvoir»

Le professeur Luc Ibriga, président du Forum des citoyens et citoyennes pour l’alternance et porte-parole du Front de résistance citoyenne qui regroupe 26 organisations de la société civile burkinabé est l'invité de RFI. Il revient sur l'insurrection en cours au Burkina, ainsi que sur ses espoirs et sur ses craintes.


Rédigé par leral.net le Jeudi 30 Octobre 2014 à 19:08 | | 0 commentaire(s)|

Burkina Faso: «Il n’est pas recommandé que l’armée arrive au pouvoir»
RFI : Depuis ce matin, tout est allé très vite au Burkina Faso, avec le Parlement qui a été pris d’assaut par les manifestants. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Professeur Ibriga : Oui, parce que quand on a vu la mobilisation de mardi, il était clair qu’il y avait un rejet massif de ce projet de loi. Et ce rejet massif a été amplifié par le fait qu’on a interné les députés pour qu’ils viennent voter les lois, en mettant en place un cordon sécuritaire avec des chars, des automitrailleuses, etc. qui ont exaspéré encore plus la population, pour montrer que ces députés-là n’étaient pas les députés du peuple.

Parce qu’on ne pouvait pas voter une loi démocratique sous des chars, des mitrailleuses et un cordon sécuritaire qui laissaient voir que nous sommes plus dans un Etat d’exception que dans un Etat de droit. Les citoyens ont, au risque de leur vie, bravé les militaires qui au bout d’un certain temps ont dû céder, compte tenu du fait qu’il y avait tellement de fronts que les forces de sécurité étaient débordées.

Est-ce que vous êtes étonné justement, que l’armée ne soit pas intervenue, que la police ne soit pas intervenue ?

Oui, mais parce que, avant cela nous avions au niveau du Front de résistance citoyen, fait une adresse aux forces de défense et de sécurité en leur disant : ne retournez pas les gens du peuple contre le peuple. Et que ce faisant, le maintien de l’article 37 c’est l’intérêt de tout le peuple burkinabè. La révision de l’article 37 ne profite qu’à Blaise Compaoré et à son clan.

Et aujourd’hui, on a bien vu et même au début des manifestations, que les forces de défense et de sécurité n’étaient pas à même, ou n’avaient pas la volonté de suivre Blaise Compaoré dans son aventure qui était de se succéder à lui-même et de rester au pouvoir à vie. Les forces de défense et de sécurité ont choisi, comme on pourrait dire...

Est-ce que vous ne craignez pas justement que l’armée décide de reprendre la main ?

Pour l’instant, la situation qui se présente aujourd’hui ne remet pas en cause fondamentalement le cadre constitutionnel qui existe. Le gouvernement a suspendu le projet de loi et maintenant il est certain que les jours à venir il y aura un certain nombre de revendications qui seront posées par les citoyens et l’opposition, qui vont peut-être être des revendications maximalistes pendant la démission du président Compaoré, pendant la mise en place d’un gouvernement d’union nationale qui va préparer des élections.

Mais pour l’instant en tout cas, nous sommes dans un vide, un vide du point de vue du pouvoir, mais pour l’instant personne n’a remis en cause le cadre constitutionnel qui existe actuellement au Burkina Faso. Donc pour l’heure le président Compaoré est toujours président du Burkina Faso et il lui appartient normalement de prendre les mesures nécessaires pour ramener l’ordre et la stabilité.

Et justement… Prendre quel type de mesures ?

Aujourd’hui c’est le président du Faso, c’est lui qui est garant de l’unité de la Nation. C’est le président du Faso qui doit prendre la mesure, dans la mesure où cela ne relève pas du chef du gouvernement. Et donc aujourd’hui il reste à savoir si le président Compaoré va s’adresser à la Nation pour dire qu’il a compris et qu’il retire son projet ou si véritablement il va s’entêter dans une fuite en avant. Et à ce moment, on ne sait pas sur quoi nous allons déboucher. Il n’est pas recommandé pour les Burkinabè que l’armée arrive au pouvoir parce que ça va nous amener encore un recul avec toutes les incertitudes que l’on peut connaître.

On a vu des manifestants se diriger vers le Parlement, prendre le contrôle du Parlement, le saccager… On a vu les manifestants aller vers la télévision nationale, aller vers le siège du parti au pouvoir… Est-ce que vous ne craignez pas que toutes les forces politiques et sociales du pays perdent la main sur ce qui se passe dans la rue ?

Il est possible que le mouvement échappe au chef de file de l’opposition et aux leaders, que ce soit des partis politiques ou de la société civile. Voilà pourquoi dans un mouvement insurrectionnel de ce genre, il y a le fait que l’on considère aujourd’hui que véritablement, la société est en avance, dans la mesure où aujourd’hui ce que beaucoup de ceux qui sont montés sur les barricades demandent, c’est la fin du régime de Blaise Compaoré.

Et à ce moment, la question du légalisme des organisations de la société civile ou des partis politiques risque fort d’être mise à rude épreuve par rapport à l’objectif que visent les manifestants. Et ça, c’est une question qui suppose que les différentes forces puissent réagir rapidement, afin qu’on ne tombe pas totalement dans le chaos et qu’on ait véritablement des situations dans lesquelles ce soit plus gouvernable et que véritablement l’armée tire prétexte de cette situation pour prendre le pouvoir






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